Qui, bordel, est Andrew Scheer?
Photo : Frank Gunn/La Presse Canadienne
politique

Qui, bordel, est Andrew Scheer?

Au 13e tour d’un vote interminable, le Saskatchewanais de 38 ans a remporté la course à la chefferie du Parti conservateur. Mais qui est-il vraiment?
30.5.17

Si vous connaissiez le nom d'Andrew Scheer avant le weekend dernier, c'est probablement parce qu'il a occupé le poste de président de la Chambre des communes pour les quatre dernières années du règne de Stephen Harper. Et si vous ne le connaissiez pas, c'est probablement parce que son CV politique ne contenait aucun autre élément d'importance avant samedi soir.

Qui est-il vraiment?

Le populisme rural de sa campagne se démarque du caractère cosmopolite des libéraux de Justin Trudeau. Un contraste que Scheer lui-même n'a pas hésité à évoquer après sa victoire.

« Les politiques des libéraux s'inspirent du circuit des cocktails. Nous baserons les nôtres sur ce qui se dit dans les minivans, sur les terrains de soccer, dans les salles de la Légion et au supermarché », a-t-il affirmé samedi soir.

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Ses prises de position ont aussi fait de Scheer un favori chez les agriculteurs désenchantés par la proposition de son plus proche rival pour la chefferie, le québécois Maxime Bernier. En promettant d'abolir le système de gestion de l'offre, qui permet, entre autres, de fixer le prix de plusieurs produits laitiers au Canada, Bernier s'est effectivement mis à dos de grands pans de l'électorat conservateur. Dans plusieurs circonscriptions québécoises où la production laitière est importante, Scheer a réussi à devancer Maxime Bernier, souvent de loin. La plus grande surprise était sans doute dans la circonscription de Beauce, que Bernier détient depuis 2006 et où il a souvent gagné avec des majorités écrasantes, mais qu'il a perdue au treizième et dernier tour du vote.

Ce n'est pas juste le vote agricole qui a poussé Scheer à la victoire. Ce dernier a aussi su profiter du vote des conservateurs sociaux qui s'étaient jusque-là ralliés aux candidatures de Brad Trost et Pierre Lemieux. Selon les données récoltées et publiées par Kevin O'Donnell, l'élimination de Pierre Lemieux au septième tour a d'abord fait bondir les appuis de Trost, qui est passé de 8,5 % à 12,8 %; mais lorsque Trost a finalement été éliminé au dixième tour, c'est Scheer qui a été le grand gagnant, passant de 30,3 % à 38,4 %. Une fois Trost et Lemieux éliminés, Scheer n'avait plus que deux points de retard sur Bernier, lui qui détenait une avance de sept points sur Scheer au premier tour.

Des positions inquiétantes

La victoire de Scheer en est sans doute une pour l'aile plus conservatrice du parti. Lui-même père de cinq enfants, Scheer a notamment pris position contre l'avortement, ce qui lui a valu le soutien de Campaign Life Coalition, une association antiavortement et anti-mariage homosexuel. Le nouveau chef du PCC a aussi voté contre des projets de loi qui auraient protégé les droits des personnes transgenres et permis la mort assistée. Il a également voté pour un projet de loi qui aurait criminalisé le travail du sexe et un autre qui aurait redéfini quand, durant la grossesse, un foetus devient un « être humain » au sens de la loi.

Lors de sa campagne, Scheer a promis que s'il était élu, il accorderait une déduction fiscale de 4 000 $ par enfant par an aux parents qui décident d'envoyer leurs enfants dans des écoles « indépendantes », et 5 000 $ par enfant par an à ceux qui voudraient les éduquer à la maison. Il voudrait aussi retirer le financement fédéral aux universités qui « ne favorisent pas une culture de liberté d'expression et d'enquête ». Sa politique viserait les écoles qui « instaurent des espaces refuges, des sujets inadmissibles, et l'interdiction de certains orateurs et associations étudiantes », ajoutant que « nos collèges et nos universités deviennent des endroits intolérants envers le dialogue ouvert ».

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Sur le plan de l'immigration, Andrew Scheer affirme vouloir donner priorité aux « vrais réfugiés », c'est-à-dire ceux qui font demande alors qu'ils sont encore dans leur pays d'origine (contrairement à ceux qui font la demande une fois ici). C'était un argument souvent utilisé par le gouvernement Harper afin d'accueillir des réfugiés (chrétiens) du Moyen-Orient tout en refusant la demande de personnes déjà établies ici.

Un candidat peu connu

Au Québec comme ailleurs, le nom d'Andrew Scheer reste tout de même relativement peu connu. Il est surtout populaire auprès des nerds de politique.

Son manque de popularité a d'ailleurs été sujet de moqueries, dans le reste du Canada, lui valant cette fin de semaine sur les réseaux sociaux le surnom de « Andrew Qui? », référence à Joe Clark qui était lui aussi relativement méconnu lorsqu'il fut élu chef du Parti conservateur, en 1976. En 1979, ce même Joe Clark a été élu premier ministre du Canada, défaisant du coup le gouvernement libéral d'un certain Pierre Elliott Trudeau.

Billy Eff est sur internet ici et .