En visite chez Roxanne et Pascal, fous de kitsch

En visite chez Roxanne et Pascal, fous de kitsch

Ils ont fait de leur maison un véritable musée.
19.7.18

Cet article fait partie de la série « Les vraies affaires ».

Vue de l’extérieur, la maison de Roxanne et Pascal, coincée entre deux duplex, ressemble à n’importe quel bungalow typique de ce coin historiquement italien du quartier Rosemont de Montréal. C’est pourquoi y entrer est d’autant plus surréel. Si ce genre de logement est habituellement rénové de fond en comble, celui-ci est plutôt une ode à l’époque des pantalons à pattes d’éléphant, des partys d’échangistes et du poil de chest sortant fièrement d’une chemise ouverte.

Ces deux fans finis du kitsch ont essentiellement transformé l’espace en une version palais des glaces du charme des années 1970. La cuisine recèle des comptoirs en Formica couleur crème, des dosserets en tons terreux et des armoires vert avocat ornées des boiseries. Le plafond est couvert de stucco tandis que le plancher arbore un revêtement de vinyle en faux marbre. On trouve même des pythons et un lapin exotique décorant le plancher en parquet dans une pièce avoisinante.

« La première chose que les gens font habituellement lorsqu’ils achètent une maison comme celle-ci, c’est de tout arracher et d’installer des meubles Ikea. Nous, on a fait exactement l’inverse », relate Roxanne, qui travaille comme coordonnatrice à la galerie Centre Clark de Montréal.

Le couple s’est plutôt tourné vers Kijiji, Etsy et le magasin d’électroménagers d’occasion du coin. « Pendant un an, tous les soirs, on sortait chacun notre ordinateur dans le lit et on se montrait des choses. On montait des sortes de moodboards, on faisait des montages sur Photoshop pour voir si tel objet allait bien avec tel autre. »

Ma dernière paye : Zach Zoya

Malgré le potentiel de chicane élevé que représente une année de travaux, Roxanne et Pascal se sont entendus sur tout. « Il n’y a pas une affaire où on a eu l’impression que c’était un compromis. »

La cour arrière est dotée d’un spa et d’une arche en bois sur laquelle poussent des vignes. Tout ce qui semble manquer, c’est un bocal à poissons pour y mettre leurs clés et celles du voisin. Dans le salon, sans doute la pièce de résistance de la maison, on trouve un divan en cuir Roche Bobois de 1973, une étagère en verre et en métal doré ainsi qu’un meuble de chaîne stéréo en bois. Le couple s’est procuré le divan chez Showroom Montréal, un incontournable des meubles rétro, tandis que les deux autres pièces ont été trouvées à la rue. Et bien sûr, il y a un tapis à longs poils.

Mais il y a également une immense photo de l’artiste québécois Nicolas Baier, une pièce centrale qui n’est décidément pas kitsch dans cette pièce qui aurait sinon des airs de décor de film porno chic. En fait, on trouve partout des œuvres d’art qui ne semblent pas à leur place, du vase de Karen Tam derrière le mur de pierre à l’image d’une incision au ventre par l’artiste montréalaise Michelle Lacombe qu’on trouve au-dessus de l’escalier du sous-sol.

La chambre du couple au sous-sol est couleur lilas et le plancher est recouvert de moquette. Mais elle a été conçue autour d’une image de montagnes enneigées d’Alex McLeod. Il y a aussi des sculptures volontairement laides de Kim Dorland qui auraient fait sauter l’aiguille d’un tourne-disque dans un party disco des années 1970.

Roxanne s’est inspirée des nombreux restaurants « exotiques » qu’elle fréquentait dans sa jeune vingtaine, et dont les propriétaires mettaient le paquet pour évoquer l’ambiance de leurs pays d’origine. Dans le cas de restaurants comme Arahova, ça signifiait des murs blancs en stuc, d’énormes photos de scènes méditerranéennes et des images d’hommes en fustanelle.

Le couple a dépensé beaucoup trop d’argent sur du papier peint et des cadres de fenêtres d’époque, mais a économisé dans la salle de bains. Cette dernière comprend un spa, une toilette, une douche et un évier, le tout vert écume de mer, qu’ils ont achetés pour un total de 325 $. « Ça peut coûter cher comme ça peut ne rien coûter », explique Pascal, mixeur de son de profession qui porte une cravate ornée de bijoux vaguement tsaristes. « Il y a des choses qu’on a littéralement trouvées dans les vidanges. »

Bien qu’ils aiment le kitsch, Roxanne et Pascal combinent leurs éléments plus kitsch à des objets modernes. Ils trouvent les intérieurs d’aujourd’hui trop génériques. Avec leur esthétique, ils veulent s’y opposer et vous transporter, vous immerger dans un monde plus divertissant. Cette démarche fascine Roxanne. À tel point qu’elle en a fait son sujet de maîtrise et un début de doctorat. « On ne cherche pas à être ironiques avec cet espace. Ce n’est pas un pastiche » explique-t-elle.

Roxanne et Pascal ne sont pas des nostalgiques. Ils ont le nez dans leur ordinateurs et leurs téléphones portables comme tout le monde, et sont heureux de vivre avec les valeurs et les opportunités de notre époque. Ils ne sont pas non plus puristes. Choisir tous ces objets et élargir cette collection est un processus naturel pour eux. Ce qu’ils veulent, c’est vous faire voyager dès que vous passez la porte de leur maison. C’est réussi.

Cet article a été publié grâce au soutien de la Banque Nationale.