À quoi sert d’intégrer le trafic de drogue dans le PIB de la France ?

À prouver que l’État perd chaque année la taxation de 2, 7 milliards d’euros

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04 juin 2018, 4:42pm

Image : Thomas Samson / AFP 

L’harmonisation européenne a parfois du bon. En 2013, L’Institut européen des statistiques avait demandé à tous les États membres de l’UE d’intégrer dans leur PIB les résultats des « transactions commerciales » (c’est leur mot) générées par le business de la drogue. Cette année, la France s’y est (enfin) pliée. Et le résultat est sans surprise : selon l’INSEE, le trafic de came pèse lourd dans l’économie française : 2, 7 milliards d’euros, soit 0, 1 % du PIB. Un milliard d’euros proviendrait du cannabis et 800 millions de la cocaïne. Et au-delà de la manne financière qu’elle représente, la drogue génère des emplois. Nourrices, gérants, chouffeurs, charbonneurs, livreurs… Ils seraient plus de 200 000 à travailler pour cette économie parallèle.

À ce stade, une question s’impose : à quoi sert d’inclure le business de la came dans le PIB ? Quantifier la manne financière que l’état pourrai taxer si ces transactions étaient légales est, peut-être, un premier pas vers une légalisation – au moins du cannabis. Pour le savoir, on a posé la question à Gaspard Koening, philosophe, président du think tank « Génération libre » et fervent défenseur de la légalisation du cannabis. Mais il a refroidi nos ardeurs : « bien sûr, cela montre la reconnaissance académique du sujet. Mais connaissant les résistances politiques en France, je ne me prononcerais pas sur l’avenir de la légalisation… ».

D’ailleurs, il tient à rappeler que les chiffres de l’INSEE peuvent aussi être bien utilisés par les opposants à la légalisation : « cela leur permet de dire qu’elle priverait les quartiers d’une source de revenus. Certains pensent même que le trafic de drogue est un stabilisateur des quartiers ». Mais une légalisation ne permettrait-elle pas, justement, de transformer les dealers beuh en start-uppers de la weed ? Sur ce point, même Gaspard Koening est circonspect : « dans le Colorado, où l’usage récréatif est autorisé, ce sont les entrepreneurs classiques qui ont pris le business en main. Les trafiquants n’y ont pas trouvé leur place – et se sont recyclés dans d’autres activités ».

Au fond, et quand on y regarde de plus près, on se rend compte que la grande raison pour laquelle les autorités ont accepté que soient intégrés les chiffres du business de la drogue est finalement toute bête : cela permet de faire gonfler artificiellement la croissance. Et oui, grâce à la came, le PIB de la France vient de grimper de 2, 2 %. Il fallait y penser !

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