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Crime

Pas sûr de sa sexualité, le Royaume-Uni veut renvoyer une Ougandaise là où elle a subi des violences

Parce qu'elle s'intéressait à des trucs de garçons, Twikirize a été torturée pendant une séance d'exorcisme en Ouganda. Réfugiée à Londres, elle pourrait être renvoyée là-bas.
10 décembre 2014, 11:45am
Photo via Reuters

Une jeune femme ougandaise qui a fui son pays à la suite d'un exorcisme forcé risque d'être expulsée du Royaume-Uni après que sa demande d'asile a été déboutée, parce que des agents du département en charge des questions d'immigration ont émis des doutes quant à sa sexualité.

Judith Twiith Twikirize est originaire de Kyamuhunga, un village rural en Ouganda. Elle a raconté à VICE News que quand elle était enfant, elle était plus intéressée par ce que les garçons aimaient, ce qui a conduit sa grand-mère à l'envoyer chez un guérisseur du coin.

« Ils m'ont gardé chez le guérisseur toute la nuit, » se souvient Twikirize. « Ils m'ont fait des entailles de toutes parts — toutes mes articulations. Quand ils vous coupent, vous ne pouvez pas bouger de la journée. Mais le lendemain, vous allez à l'école. J'ai du me couvrir, j'ai du porter une longue robe parce que je ne voulais que personne ne soit au courant. »

D'après Twikirize, quand sa grand-mère s'est aperçue que Twikirize se pensait lesbienne, sa famille a vendu des terres pour lui payer le voyage au Royaume-Uni. L'Ouganda est particulièrement dangereux pour la communauté LGBT, et les crimes haineux  y sont  fréquents.

« Elle savait qu'à tout moment ils pouvaient m'attaquer et me tuer, » dit Twikirize. « Je ne voulais pas la laisser, mais elle m'a dit que je devais partir. C'était la seule solution. »

Twikirize est arrivée au Royaume-Uni en avril 2009 et elle est restée au-delà de ce que son visa lui permettait. Il est arrivé à expiration en octobre de la même année, mais le « Home Office », le ministère de l'Intérieur britannique, a rejeté sa demande d'asile, mentionnant diverses incohérences dans ses papiers, notamment son incapacité à prouver son âge. Bien que son passeport indique 1981 comme date de naissance, Twikirize affirme qu'elle est née en 1990. Selon elle, un agent de voyages en Ouganda, qui vient en aide aux gays qui veulent fuir le pays, a falsifié sa date de naissance pour faciliter sa candidature.

« Il m'a dit qu'on allait me vieillir, et à l'époque j'étais prête à accepter tout ce qu'il disait, » raconte Twikirize.

Dans une lettre envoyée le 27 octobre 2014, le « Home Office » dit qu'elle a échoué à prouver qu'il y avait « des preuves substantielles pour croire qu'elle faisait face à un véritable risque à son retour. »

« [Les Ougandais] ne croient pas que quelqu'un puisse naître gay, lesbienne ou bisexuel. Ils pensent qu'il y a une sorte d'esprit démoniaque en vous. »

Le Home Office a reconnu comme possible le fait que Twikirize a été emmenée chez un guérisseur, « qu'elle y a subi des saignements, et [qu'elle] a pu avoir été attaquée par ses camarades, » mais que ce n'était pas nécessairement en raison de sa sexualité.

Le ministère pour appuyer sa décision relève aussi que ce sont surtout des hommes qui ont aidé Twikirize à partir d'Ouganda, et qui l'ont aidée à s'installer à Londres.

« Quand je suis arrivée dans ce pays, je ne connaissais rien à l'asile, » se souvient Twikirize. « Je savais surtout que l'asile avait à voir avec la politique et la religion, et je n'étais pas sûre que l'asile me protègerait en tant qu'homosexuelle. Je ne savais pas qu'il existait des groupes qui pouvaient me venir en aide. »

Twikirize admet avoir travaillé illégalement à Londres, et elle dit qu'elle a survécu grâce à la gentillesse des gens qu'elle à rencontrés. « Le Royaume-Uni est un pays accueillant, » dit-elle. « Ce n'est pas comme dans ma communauté, parce que ici les gens ne sont pas homophobes. Il y a des Ougandais qui immigrent ici qui restent homophobes, mais la communauté anglaise est compréhensive, et vous vous sentez libre. Vous êtes un être humain. Vous n'avez pas l'impression que vous allez vous faire attaquer à tout moment ou que la mort est partout, on est toujours en sécurité. »

Abbey Kiwanuka, militant du groupe Out and Proud Diamond a aidé Twikirize. Il a fui l'Ouganda en 2003, et a rencontré Twikirize à la fin de l'année dernière. Il l'a aidé dans ses démarches de demande d'asile, et a contribué à la mise en place d'une pétition contre son expulsion.

Kiwanuka a dit à VICE News qu'il s'était lui aussi fait exorciser. D'après lui, c'est une pratique courante en Ouganda pour les gens que l'on soupçonne d'être homosexuels. « C'est parfois pire pour les femmes, qui peuvent être victimes de viols collectifs, » dit-il.

« [Les Ougandais] ne croient pas que quelqu'un puisse naître gay, lesbienne ou bisexuel, » dit Kiwanuka. « Ils pensent qu'il y a une sorte d'esprit démoniaque en vous. C'est à cause des prédicateurs qui prêchent à ce sujet, en Ouganda, près de 90% de la population est religieuse. Ils croient la moindre chose qu'ils entendent venant d'un leader religieux. »

Kiwanuka aide d'autres membres de la communauté ougandaise LGBT au Royaume-Uni, mais il trouve que le système pour les demandeurs d'asile se dégrade. « C'est de plus en plus compliqué d'obtenir l'asile, » dit-il. « Ils disent "Ok, on croit que vous êtes gay et vous venez d'Ouganda, mais est-ce que vous ne pourriez pas y retourner et faire semblant que vous n'êtes pas gay ?" »

Kiwanuka dit qu'il aimerait retourner dans son pays natal, mais qu'il ne peut pas à cause du climat anti-gay qui y règne en ce moment.

« Mon rêve, c'est de changer le coeur des gens, » dit-il. « On sait que les politiques connaissent la vérité, mais ils utilisent les gays comme des boucs émissaires pour leur mettre les problèmes du pays sur le dos. Surtout les pauvres — on doit les convaincre qu'on est des êtres humains, comme eux. »

Quand on lui demande quelle chance Twikirize a d'être persécutée si elle est forcée de rentrer en Ouganda, la réponse de Kiwanuka est sans appel : « 100% ».

Plus tôt dans l'année, l'Ouganda a adopté une loi anti-gay, qui rend les membres de la communauté LGBT — et les militants qui les soutiennent — passibles de prison. Cela peut aller à la perpétuité dans certains cas. Cette loi a été révoquée, mais le parlement ougandais est actuellement en train de débattre d'une nouvelle législation anti-gay. Les militants, dont Kiwanuka, disent que la situation des homosexuels dans le pays est de pire en pire.

Hon Abdulatif: 256 MPs appended their signatures in support of the re-tabling of the Anti-Homosexuality Bill. — Parliament Watch (@pwatchug)December 4, 2014

Kiwanuka a noté que le sentiment anti-gay vient pour beaucoup des figures religieuses du pays, qui ont un poids immense sur la population. Ils parlent ouvertement de l'importance de faire le coup de poing contre les gays afin de « sauver les enfants scolarisés qui sont menacés d'être enrôlés [par les homosexuels]. » Les médias ougandais se sont joint avec enthousiasme à cette campagne haineuse, publiant les photos et les noms des « homos », ce qui a provoqué des violences, des agressions, et la mort, en 2011, du militant David Kato.

Les gens qui fuient ces sociétés qui menacent les homosexuels font face à de nouveaux obstacles. Certains pays européens ont été critiqués pour avoir demandé des « preuves » de la sexualité des demandeurs d'asile. Mardi dernier, la Cour de justice de l'Union européenne a décrété que les réfugiés demandant l'asile ne devraient pas se soumettre à des tests pour prouver leur orientation sexuelle.

La Cour a aussi déclaré que les États membres ne pouvaient pas conclure qu'une revendication d'homosexualité manquait de crédibilité parce qu'une personne était « réticente à révéler des détails intimes de sa vie. » Les « notions stéréotypées associées aux homosexuelles » ne sont pas non plus suffisantes pour décider de l'orientation sexuelle d'un candidat.

**Les tests d'homosexualité sur les demandeurs d'asile interdits par l'UE. À lire ici. **

Le Home Office a publié un bref communiqué quand VICE News l'a questionné sur le cas de Twikirize.

« Le Royaume-Uni est fier de sa longue histoire d'accueil des réfugiés qui ont besoin de notre protection, et nous considérons toutes les demandes individuellement, » dit le communiqué. « Nous estimons que ceux qui n'ont pas le droit d'être sur notre sol doivent s'en retourner vers leur pays d'origine et nous aiderons ceux qui demandent à partir volontairement. Malgré tout, quand ils refusent, nous appliquerons la loi dès que nous en aurons l'occasion. »

Twikirize dit qu'elle est terrifiée à l'idée de retourner dans son pays d'origine.

« Il n'y aura pas de vie pour moi, » raconte-t-elle. « Si vous êtes gays en Ouganda, vous serez persécuté. On ne peut pas vous garantir comment on sera persécutés, parce que tout le monde opère à sa manière, mais la plupart des gens fuient. »

_Suivez Sally Hayden sur Twitter: _@sallyhayd