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À l’intérieur des prisons d’Amérique du Sud

Du Chili au Venezuela en passant par le Brésil, Valerio Bispuri revient sur ses 10 ans passés à documenter le milieu carcéral sud-américain.

par Valerio Bispuri
28 Juin 2017, 4:19pm

Toutes les photos sont de Valerio Bispuri

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Valerio Bispuri est un talentueux photoreporter italien, connu pour son reportage « Encerrados » – un projet ambitieux sur les prisons sud-américaines, qui a notamment été récompensé au festival Visa pour l'Image et fait l'objet d'un livre en 2014. Il a gentiment accepté de nous parler des coulisses de son reportage et de sélectionner ses clichés favoris.

Pendant 10 ans, j'ai visité 74 prisons à travers l'Amérique du Sud. La toute première fois que je suis entré dans une prison, c'était à Quito, la capitale de l'Équateur, et j'ai eu immédiatement envie d'en faire un projet au long cours. Ce qui m'intéressait, c'était de mener une enquête anthropologique, en essayant de comprendre qui sont les personnes enfermées dans ces prisons, ce qu'elles pensent, ce qu'elles ressentent, et comment elles vivent leur quotidien.

Les conditions carcérales d'Amérique du Sud sont particulièrement difficiles, ne serait-ce qu'en termes d'hygiènes et de surpeuplement. On remarque aussi beaucoup de violence. Au sein de ces prisons, les taux de suicides sont faibles, mais il y a beaucoup plus de rébellions – lesquelles mènent souvent à des meurtres entre gangs rivaux. Mais du Chili au Venezuela en passant par le Brésil, j'ai aussi vu beaucoup d'humanité à l'intérieur de ces lieux.

J'ai été relativement bien accueilli par les détenus. Certains étaient très enclins à m'aider au cours de ce reportage, car ils avaient vraiment envie de montrer les conditions déplorables dans lesquelles ils vivaient. Comme me l'a expliqué un Italien enfermé dans une prison péruvienne : « Ici, il faut apprendre à survivre tous les jours. » Tous les jours, les détenus doivent composer avec la violence et les abus qu'ils subissent, mais aussi avec le manque d'hygiène et les nombreux risques de tomber malade. Dans presque toutes les prisons que j'ai observées, les détenus s'ennuyaient fermement – rares sont ceux qui travaillent ou étudient.

J'ai aussi visité de nombreuses prisons pour femmes, dont une grande majorité ont été inculpées pour des affaires de drogue. Je me souviendrai toujours d'une détenue équatorienne avec qui je suis devenu très ami. Elle s'appelle Veronica, a 24 ans, et a été condamnée à huit ans de prison pour avoir transporté 10 kg de cocaïne en Europe. Elle a deux enfants avec qui elle n'a jamais eu l'occasion de passer du temps, et me parlait souvent de son envie d'ouvrir un salon de beauté à sa sortie. Je m'estime vraiment chanceux d'avoir pu tisser des liens aussi fort avec certains détenus, et je leur dois beaucoup. Pour moi, ce reportage n'est pas uniquement le mien – c'est vraiment le fruit d'un travail collectif.

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