Sports

Les casques ne régleront jamais le problème des traumas crâniens

Et s'il suffisait au contraire d'interdire les casques pour forcer les joueurs à faire plus attention à leur santé ?
7.7.17

Cet article a été publié à l'origine sur Motherboard UK

On estime qu'un million de personnes environ pratiquent le foot US dans le monde. Si ce chiffre est en constante augmentation depuis les années 70, on ne peut pas en dire autant de la recherche en terme de sécurité et de protection des joueurs, longtemps à la traîne, sur la question du casque y compris.

Mais comme ces dernières années, les scientifiques ont accumulé de nombreuses preuves des conséquences dévastatrices des chocs encaissés par les joueurs au cours de leur carrière, le monde du foot US, et la NHL en particulier, se sont enfin décidés à trouver des solutions à ces problèmes de santé. C'est ainsi qu'est né le ZERO1, un nouveau casque bardé de technologie et destiné à protéger au mieux les joueurs des chocs violents qu'ils subissent sur le terrain. Le casque a sans surprise remporté un franc succès, et c'est tant mieux. Il offre une bonne protection contre les différents chocs typiques du foot américain en réduisant les forces rotationnelles déclenchées lors des chutes, il améliore la visibilité et est plus facilement amovible en cas d'évanouissement ou de blessure grave.

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En revanche, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que même si ce casque était plus performant encore, il ne protègerait pas les joueurs du principal danger qui les guette une fois entrés sur la pelouse, à savoir eux-mêmes. Car c'est là la clé essentielle pour diminuer les risques de blessures graves : il faut changer le comportement des joueurs sur le terrain, ou du moins leur faire prendre conscience des risques que comportent leurs actes.

Créé par VICIS, une start-up basée à Seattle, le ZERO1 a été récompensé à de nombreuses reprises et est considéré aujourd'hui comme l'innovation la plus efficace dans le domaine depuis bien longtemps. Depuis son lancement sur le marché, 30 des 32 franchises de NHL et 30 équipes de NCAA l'ont essayé. Rien qu'en juillet, 12 équipes en ont commandé et VICIS a dû investir 10 millions de dollars supplémentaires pour continuer à grandir.

Mais ça ne veut pas dire que tous les problèmes sont résolus. Loin de là.

« Si les joueurs sont mentalement ou psychologiquement convaincus que le casque qu'ils portent est le meilleur possible, ils ont tendance à être moins prudents voire téméraires car ils se sentent plus protégés », explique Erik E. Swartz, professeur de kinésiologie à l'université du New Hampshire, également consultant pour le comité de la NFL spécialisé dans les blessures au cou, à la nuque et à la colonne vertébrale.

Swartz a longtemps étudié l'impact des équipements de protection sur la perception de leur sécurité. Et il a conclu de ses travaux qu'ils avaient une grande influence sur le rapport des joueurs au risque. Lorsqu'ils portent un casque, affirme le chercheur, « ils ne se rendent pas compte que même s'ils peuvent donner des coups de tête contre un mur sans ressentir de douleur, leur cerveau souffre malgré tout. » L'accumulation de ces chocs peut causer des dommages très graves à long terme, même si le joueur ne présente aucun signe de blessure ou de mauvaise santé.

Un casque VICIS à l'essai. Image: VICIS

Swartz milite pour une sensibilisation des joueurs aux risques qu'ils encourent en les privant de casque afin de mieux les responsabiliser. « L'idée, c'est que si tu leur enlèves leurs casques et que tu les forces à travailler leur technique lors des placages et des blocs, ils adopteront forcément des comportements plus adaptés et moins dangereux », assure le professeur.

Dans une étude de 2015 là encore menée par Swartz et quelques uns de ses collègues publiée dans le Journal of Athletic Training, on découvre que les joueurs de foot US ayant joué sans casque à l'entraînement comme en match avaient subi 30% de chocs en moins sur la saison que leurs camarades. A partir de là, Swartz a développé un programme éducatif sans casque qui a été adopté par plusieurs institutions sportives américaines.

L'inconnue, c'est dans quelle mesure la généralisation de ce casque de dernière génération va rendre les joueurs encore plus téméraires ou inconscients. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il faille couper court à ces innovations, reconnaît Swartz.

Le co-fondateur de VICIS est neurochirurgien et s'appelle Sam Bowd. Il est convaincu qu'un foot US moins dangereux passe obligatoirement à la fois par des innovations technologiques mais aussi par une sensibilisation des joueurs aux comportements à risque : « Ces réflexions technologiques resteront inutiles si les joueurs et les règles ne changent pas. »

Jouer sans casque permet peut-être d'apprendre à pratiquer ce sport de façon plus responsable, mais cela n'éliminera jamais le risque de blessure ou de trauma crânien. D'ailleurs, les autres sports de contact ou le port du casque n'est pas obligatoire, comme le foot ou surtout le rugby, sont confrontés aux mêmes problématiques. Mais ils ont un taux de traumatisme moins élevé. De toute façon, Bowd clôt le débat en concluant : « Arguments scientifiques ou pas, il ne faut quand même pas oublier que le foot US sans casque, ce ne serait plus du foot US ! »