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Enfin le gouvernement fait quelque chose pour contrer les violences sexuelles

Journalistes, politiciens, groupes communautaires : il y avait foule vendredi matin au dévoilement de la stratégie gouvernementale « Les violences sexuelles, c'est NON ».
28.10.16
Université Laval

Journalistes, politiciens, groupes communautaires : il y avait foule vendredi matin au dévoilement de la stratégie gouvernementale « Les violences sexuelles, c'est NON », une stratégie visant à prévenir et contrer les violences sexuelles. Le plan d'action tardait à venir, à la suite de consultations menées en 2013 et 2015.

Tristement, il s'agit du sujet en vogue de l'automne 2016. La table a été mise il y a deux ans, dans la foulée de l'affaire Ghomeshi. Les journalistes Sue Montgomery et Antonia Zerbisias avaient enflammé Twitter avec le mouvement #AgressionNonDénoncée (#BeenRapedNeverReported), qui a généré 10 millions de tweets en deux jours, a-t-on rappelé aujourd'hui. L'an dernier, Enquête révélait que plusieurs femmes autochtones de Val-d'Or avaient été agressées par des policiers de la Sûreté du Québec. Cette année, les activités d'intégration universitaire empreintes de la culture du viol ont été vertement dénoncées sur les réseaux sociaux et dans plusieurs reportages. Le 16 octobre, deux étudiantes en guerre contre la culture du viol témoignent à Tout le monde en parle. On signale pratiquement au même moment une vague d'agressions sexuelles, qui aurait eu lieu dans la nuit du 15 au 16 octobre aux résidences de l'Université Laval. Le mercredi suivant, un rassemblement a lieu en solidarité avec les victimes. Emportée par l'émotion, Alice Paquet y dénonce les agressions sexuelles qu'auraient commises un député libéral, plus tard identifié comme Gerry Sklavounos. La nouvelle fait tempête dans les médias. Puis, ce mercredi, des milliers de personnes prennent les rues du Québec pour dénoncer à leur tour la culture du viol. Le bilan est consternant : il y a quelque chose de pourri dans la Belle Province, et il est temps d'agir. Est-ce un peu trop cynique de dire qu'il s'agit d'un moment bien choisi pour annoncer un plan d'action gouvernemental? Des ministères unis contre la violence Cinq ministres ont annoncé vendredi un investissement de 44 millions de dollars – dont 26 millions d'argent frais – pour réaliser 55 actions concrètes. Le plan est divisé en trois grands axes : la prévention, l'intervention et le développement des connaissances en matière de violence et d'exploitation sexuelle. Avec les dépenses récurrentes déjà prévues, le budget total s'élève à de 200 millions sur cinq ans. Le panel a réuni la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault; le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux; la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée; la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David; ainsi que la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois. Le gouvernement souhaitait probablement renvoyer une image de force, disant clairement : « Pas le temps de niaiser. On se mobilise sur plusieurs fronts. » Les ministres ont présenté un document étoffé, qui détaille en 66 pages des actions variées. « Comme toujours, le gouvernement aurait légèrement besoin d'un éditeur. Je n'ai pas pu me rendre jusqu'au bout! » s'est exclamée à la blague la journaliste Sue Montgomery, invitée à prendre parole, déclenchant les rires nourris de la salle. « Mais à la base, le message que je perçois, et j'en suis très heureuse, c'est de voir qu'on touche à l'éducation. Il faut éduquer les enfants au respect à un très jeune âge. Je suggère dès la garderie. » Pour l'éducation des jeunes, le gouvernement n'avait toutefois pas d'annonce à faire. On compte s'en tenir au projet-pilote de cours d'éducation sexuelle, présentement en place dans 19 classes du Québec, qui en principe sera étendu à l'ensemble de la province en 2017. Des mesures qui touchent à tout La stratégie gouvernementale va de l'adoption d'une loi-cadre pour les établissements d'enseignement supérieur en matière de violences sexuelles à la mise en place d'une équipe policière intégrée de lutte contre l'exploitation sexuelle. Les détails seront connus plus tard. La ministre Thériault a précisé qu'un plan pour soutenir les communautés autochtones serait élaboré séparément, et que ces travaux étaient en cours. On mise pour l'instant sur la sensibilisation de la population, la prévention de l'exploitation sexuelle des jeunes, le déploiement de ressources pour soutenir la sortie de la prostitution, l'adoption de mesures pour faciliter la participation des victimes au processus judiciaire (qui peut être ardu et intimidant), ainsi qu'une meilleure formation des intervenants et un plus grand soutien aux organismes communautaires. Des études seront menées en parallèle pour diffuser des portraits statistiques annuels des agressions et de l'exploitation sexuelle au Québec. « Il faut s'assurer que le gouvernement transforme ce très long rapport en actions, et s'assurer que les fonds ne soient pas gaspillés, que l'argent soit dépensé là où nécessaire et qu'il ne soit pas gaspillé sur de nouvelles études », a martelé Sue Montgomery. Une ovation ponctuée de sifflements enthousiastes a suivi son intervention. Suivez Justine de l'Église sur Twitter.