Femmes soldats et mitraillettes défectueuses

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reportage

Femmes soldats et mitraillettes défectueuses

J'ai assisté à la Black Sea Defense, une foire aux armes qui se tient tous les deux ans à Bucarest.
23.6.14

Photos : Mugur Vărzariu

La Black Sea Defense est une foire aux armes qui se tient tous les deux ans à Bucarest. Pendant trois jours, l'armée roumaine (ce qui inclut la marine, les forces aériennes et les services secrets), la police, les pompiers et quelques entreprises privées ont pu démontrer que l'industrie locale des armes à feu est l'une des seules branches de l'activité économique roumaine qui a su traverser la crise sans dommage. La vente d'armes a rapporté 38 millions d'euros en 2010 au budget du pays, une somme que la Roumanie ne peut se permettre de perdre.

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Ce genre de conventions me laisse généralement dubitatif tant que je ne suis pas particulièrement motivé à l'idée de mourir pour ma patrie. Je dois malgré tout avouer que les récents événements ukrainiens m'ont beaucoup inquiété et fait comprendre le caractère indispensable de la présence d'une armée compétente dans mon pays. Afin de me faire une réelle opinion sur la question, je suis allé enquêter sur place.

Au cœur de la convention, tout le monde se préparait à accueillir le ministre de la défense, Mircea Dușa. Des militaires et des types cravatés se nettoyaient les chaussures, de la même manière qu'un soldat prépare son lit avant l'inspection matinale. J'ai discuté avec Aurel Cazacu (le type à droite de la photo ci-dessous), directeur général de Criabo Defense & Security, qui m'a raconté toute l'histoire du flingue Gepard GM6 Lynx.

Le ministre de la défense roumain, Mircea Dușa, en train d'admirer le Gepard GM6 Lynx.

VICE : Que pouvez-vous me dire sur ce fusil mitrailleur ?
Aurel Cazacu : C'est une création hongroise. Nous avons transféré la technologie en Roumanie et nous sommes en train d'en produire dans une usine de Cugir. Ce fusil est compatible avec les munitions de l'OTAN et avec celles de la Russie. Il pèse à peine 10 kilos, ce qui facilite le tir en position debout ou assise.

Est-ce que tout le monde peut en avoir un, ou est-il réservé aux forces spéciales ?
Les forces spéciales, les militaires, tout le monde et même les chasseurs ! Dans un pays comme les États-Unis, n'importe qui peut avoir accès aux munitions adaptées au Gepard.

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Est-ce que l'armée roumaine l'utilise déjà ?
Nous allons commencer à le commercialiser ce mois-ci. C'est la première arme produite en Roumanie depuis 40 ans. L'usine de Cugir – vieille de 212 ans – emploie 800 personnes, mais elle en comptait 24 000 durant l'époque soviétique. La Roumanie était le cinquième producteur d'armes au monde avant 1989. Je souhaitais prouver à tout le monde que la Roumanie est toujours capable de produire des armes de qualité.

Quel est l'avenir de l'industrie de l'armement en Roumanie ?
Nous voulons être partie prenante dans la création d'armes personnalisées et d'armes intelligentes. Les premières sont des armes qui ne peuvent être utilisées que lorsqu'elles reconnaissent le propriétaire, par l'intermédiaire d'une empreinte digitale ou d'une identification oculaire. Les secondes peuvent être désactivées à distance. Par exemple, si la police venait vous arrêter, elle serait capable de désactiver votre arme à l'image de ce qui est fait avec les téléphones portables.

La plupart des services gouvernementaux ont fait appel à leurs plus belles militaires, pilotes et espionnes. Elles restaient assises et étaient constamment épiées par de jeunes soldats — comme des mannequins promotionnels lors d'un salon automobile.

VICE : Bonjour, pouvez-vous nous m'en dire plus sur cet avion ?
Sous-lieutenant et pilote Diaconu Diana : Le Spartan C-27J est le dernier-né de l'aviation roumaine. Il peut être utilisé dans de nombreux domainess, de l'évacuation médicale au transport de troupes. Il peut contenir 60 personnes et s'adapte suivant la mission prévue, notamment si des parachutages sont envisagés.

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L'aviation roumaine en possède combien ?
Six pour le moment, celui-ci est le plus récent. Cet avion est très bon et peu onéreux.

Pourrait-il atterrir au cœur d'une zone en guerre ?
Oui, il a récemment atterri en Afghanistan. Il a été utilisé lors d'une mission au Monténégro et en Hongrie l'année dernière – cette année, il a servi à évacuer des blessés en Ukraine.

C'est difficile d'être une femme pilote en Roumanie ?
En fait, il n'y a pas vraiment de problème. Nos supérieurs sont très ouverts d'esprit. C'est vrai que nous avons beaucoup plus de choses à prouver que les hommes, mais ils semblent sincèrement heureux d'avoir autant de filles dans les forces aériennes.

Combien y a-t-il de femmes en tout ?
Six sur ce genre d'avions. Il y avait neuf filles avec moi lors de ma formation au métier de pilote.

Le stand des services secrets roumains.

VICE : Quelles sont les dernières techniques en matière de cybersécurité utilisées par le gouvernement roumain ?
Gabriela Matei, membre des services secrets roumains : Les méthodes des services secrets sont classifiées en tant que secrets d’État.

Quelles sont les risques que nous courrons nous – gens ordinaires – en ces temps agités ?
Les risques sont multiples. Nous devons faire face à des menaces permanentes provenant de pays étrangers, menaces qui peuvent durer très longtemps. Comme vous le savez peut-être, le virus Red October a été actif pendant des années. Ces attaques visent généralement des institutions publiques et des ressources stratégiques. Les conséquences ne sont pas visibles sur le coup, mais elles nous affecteront tous sur le long terme.

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Où en est la Roumanie en matière de cybercriminalité ?
Ici, nous devons évoquer l'aspect financier. La cybercriminalité a coûté 400 milliards d'euros dans le monde aux gouvernements. Il est dur d'estimer le coût à une échelle nationale étant donné que des groupes criminels internationaux travaillent en coopération. Il est très dur de lutter contre ces groupes, la coopération internationale étant très faible en matière de lutte contre la cybercriminalité.

Que pensez-vous des Anonymous ?
Nous avons classé les Anonymous comme étant des extrémistes. Leurs attaques sont surtout évoquées médiatiquement, elles nous affectent très peu. Et nous apprenons beaucoup de choses lors de chacune de leurs attaques ; sinon, nous n'évoluerions jamais.

Pouvez-vous me parler de groupes similaires ?
Absolument pas, sauf si vous avez un mandat.

Quel est votre travail ?
Je ne peux pas vous le dire. Je représente les services secrets.

VICE : Que pouvez-vous me dire sur votre entreprise ?
Dragoş Deghe, chef des ventes chez Metrom Braşov : Mon entreprise est spécialisée dans le domaine de la métallurgie. Elle réalise des alliages zinc-cuivre utilisés par les industries civiles – dans des radiateurs par exemple – mais aussi militaires.

Est-ce que vous travaillez avec l'armée roumaine ?
Nous travaillons avec tous ceux qui veulent travailler avec nous tant que la loi nous le permet.

Combien de munitions fabriquez-vous chaque année ?
Je ne peux pas vous donner ces informations, je ne pense pas les médias devraient être informés de cela.

VICE : Est-ce que ce véhicule amphibie est prêt pour aller sur des zones de combat ?
Sergent de première classe Văduva : Oui, il a été construit avec deux canons de 12,7 centimètres. Il peut transporter neuf personnes, avec un siège pour chacun. On a pour le moment 24 de ces beautés. C'est une création suédoise assemblée dans l'usine de Mizil.

Je croyais que la Roumanie était connue pour fabriquer de tels engins.
Oui, on fabrique des véhicules similaires dans l'usine de Moreni.

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Est-ce que celui là a déjà été au coeur de l'action ?
Oui, il a déjà servi en Afghanistan, mais je n'y étais pas personnellement. Je suis conducteur, et d'un point de vue mécanique, je ne pourrais pas être plus heureux qu'au volant de ce véhicule.

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Avec un peu de recul, je dois dire que les militaires roumains semblent assez détendus et ne sont que peu affectés par l'hystérie collective qui prophétise une troisième Guerre mondiale dans un futur très proche. D'un autre côté, je n'ai pas été particulièrement impressionné par les armes que j'ai pu voir. Les nouvelles machines étaient peu nombreuses et je n'avais pas l'impression que la Roumaine avait produit quoique ce soit depuis des années. Pour résumer, si les Russes se décident à envahir notre pays, je vais m'employer à prononcer spasiba avec beaucoup de méticulosité.

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