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Je suis sortie avec un accro aux sels de bain pendant deux longs mois

Quand je me suis réveillée le matin de mes 25 ans, mon cerveau avait disparu. À la place, j'ai trouvé un paysage aride peuplé de tumbleweeds virevoltants et de criquets solitaires. Je n'arrivais pas à aligner deux pensées. Je flottais, mais pas sur un...

par Kitty Gray
22 Septembre 2013, 8:30am


Un débat. via Flickr

Quand je me suis réveillée le matin de mes 25 ans, mon cerveau avait disparu. À la place, j'ai trouvé un paysage aride peuplé de tumbleweeds virevoltants et de criquets solitaires. Je n'arrivais pas à aligner deux pensées. Je flottais, mais pas sur un petit nuage.

Au cours des deux mois qui avaient précédé ce réveil brumeux, je croyais que je m’enfilais de la MD quand en réalité j’étais devenue accro aux sels de bain.

Vous voyez de quoi je veux parler ? Cette drogue à la limite de la légalité qui a fait les gros titres parce que les gens en prenaient et étaient sujets à des accès psychotiques ? La substance qui a détruit des communautés entières ? Eh ouais, c'est ce que j'ai avalé par erreur.

Revenons en arrière : en plein milieu de l'hiver, j'ai commencé à sortir avec un nouveau mec. Il était accro à une drogue appelée MCat, qui à l’en croire était « comme du MDMA » mais avec moins d'effets secondaires. D'après ce qu'il en disait, cette drogue ne vous perchait pas pendant des heures – elle était moins risquée. C'était des foutaises – à en juger par mon expérience, les effets secondaires sont bien plus graves. Le MCat a foutu en l'air ma sérotonine, plus que toutes les drogues auxquelles j’ai pu toucher au cours de ma triste vie.

Avec le recul, je réalise maintenant que la confiance inconditionnelle que j’avais pour mon mec amateur de MCat me fait un peu passer pour une tarée. Le type planquait une boîte à outils pleine de cette poudre blanche sous son lit. Alors que le reste de sa chambre était un putain de foutoir, la boîte était immaculée et parfaitement ordonnée, comme la sacoche d'un médecin. À l'intérieur, il y avait toujours plusieurs grammes de MCat, soigneusement rangés aux côtés de sachets de gélules vides destinées à en être remplies. Il y avait aussi un tube en verre creux – ouvert des deux côtés – qu'il avait acheté dans un magasin d'équipement médical. Parce que c’est digne d’un amateur de taper avec des billets de 20.

Quand vous trippez sous MCat, ça ressemble au MDMA. Vous sentez des picotements vous traverser le corps, puis une décharge d'énergie fait le chemin de bas en haut jusqu'à votre cerveau. Comme l'ecstasy, comme le MDMA, le but est de vous faire passer de l'état d'être humain moderne normal, las et engourdi, à un monstre plein d'empathie fraîchement débarqué de la planète Amour.

Vous avez envie de vous faufiler à l'intérieur de l'âme des gens et de fusionner afin de former des anges d'amour. Vous n'avez plus aucune retenue. Vous avalez vos gélules, et soudain votre cerveau se met à bourdonner. La personne à côté de vous apparaît comme un être humain splendide, capable de prouesses. Lorsque j'étais sous MCat, je prenais le visage de mon copain dans mes mains, je serrais ses joues entre mes paumes, je le regardais droit dans les yeux et m'exclamais : « Tu es un artiste. Tu changes la vie des gens. Tu changes le monde. » Même si vous savez que vous êtes un cliché sur pattes, ces sentiments paraissent vrais sur le moment.

En plus de ce sentiment d'empathie, vous avez l’impression d'être en plein éveil, un peu comme si vous aviez reçu un coup derrière la tête, mais sans la douleur qui va avec. Tout a l'air d'aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ça, c'est jusqu'à ce que vous n'arriviez plus à gratter de sérotonine dans la cavité souffreteuse qui vous sert de crâne et que vous compreniez ce que vous avez réellement gobé.

La première fois que j'en ai pris, c'était dans un parc avec mon mec, Monsieur MCat. Il m'a dit qu'il se sentait d'humeur « aventureuse ». On a roulé jusqu'à une épicerie pour acheter des smoothies. « Ton corps est affamé quand t'en prends, m'a-t-il dit. Ça va nous être utile. » Alors que ça aurait dû mettre au rouge tous mes voyants, ça ne m'a nullement inquiétée. Il faut dire que j’essaie tout au moins une fois.

On est retournés chez lui ; il a tiré la petite boîte en métal de sous son lit et en a sorti un sachet de poudre blanche. Il s'est mis à remplir des gélules. On en a tous les deux avalé une à 22 heures avec l'intention d'aller se coucher tôt. C'était un lundi soir. On en a pris une autre à 2 heures du matin, je crois. Puis une autre à 4 heures. Puis encore une autre à 10 heures.

Ce jour-là, je devais aller à la banque pour signer les papiers d'un nouvel appartement. J’ai fait une sieste de presque deux heures. Je pouvais voir la lumière à travers mes paupières fermées aux trois quarts ; c'était comme si j'étais en train de mourir et de m'approcher du bout du tunnel tout en étant vaguement consciente de mon appartenance à la vie. À mon réveil, je me sentais EN PLEINE FORME, à part un léger sentiment de fatigue. Mon mec était devant son ordinateur, il portait un tee-shirt et rien en bas. « Qu'est-ce que tu fais ? » ai-je demandé, un peu dans les vapes.

« Je me masturbe, a-t-il répondu. Tu veux t'en envoyer une autre ? » Je devais aller à la banque avant que ça ferme, donc j'ai dit non et suis rentrée chez moi, d'humeur aventureuse et surexcitée.

Le nom complet du MCat est méphédrone. Il s'agit en fait de cathinone extraite du khat. C’est l'ingrédient présent dans bon nombre de drogues estampillées « sels de bain ». Maintenant je le sais. Mais à l'époque, et ce malgré le fait que je sois chercheuse de profession, j'avais tellement confiance en ce mec que je n’ai pas ressenti pas le besoin de mener une enquête approfondie sur la drogue avant d'accepter d’en prendre.

Au moment d'arriver chez moi après mon premier trip, j'étais terrifiée. Les enfants dans la rue avaient l'air de petits monstres grotesques. Les visages ressemblaient à des masques de carnaval. J'étais convaincue d'être dans un film. (J’ai su après coup que la méphédrone peut provoquer des hallucinations.) Ma colocataire, qui m'avait déjà vue raide défoncée un bon paquet de fois, se préparerait pour partir bosser. Elle m'a demandé ce que je foutais.

« JE VAIS À LA BANQUE ! » lui ai-je probablement hurlé dessus.

Je me souviens d'avoir dit : « J'ai super peur. Garde ton téléphone près de toi. Je ne sais pas comment je vais faire pour y aller et en revenir. » De chez moi, la banque était à environ 15 minutes en tramway. Sur le trajet, j’ai répété ce que j'allais leur dire en essayant de ne pas grincer des dents.

« Gnnnnnnn, je sais pas comment j'ai fait pour m'en sortir », ai-je dit à ma coloc d'une voix geignarde, en essayant d'ingurgiter quelques céréales sans lait. Comme la muraille impassible de pragmatisme qu'elle était, elle m'a demandé pourquoi j'avais le besoin de me mettre dans des états pareils. Mon cerveau n'était pas en bon état de marche. J’ai juste réussi à articuler : « L'empathie ». C'était tout ce que je pouvais fournir comme explication, mais en y repensant, c'était plutôt vrai. Je ressentais vraiment le désir d'avoir profondément confiance en quelqu'un et je me disais que je ne pouvais pas y arriver sans drogue. Donc j'y revenais en permanence.

Mon mec m'a dit que c'était difficile à obtenir et qu'il en achetait pour plusieurs milliers de dollars d'un seul coup. Il a ajouté qu'il ne savait jamais quand il pourrait en avoir à nouveau, mais il a refusé de me dire d'où ça venait – je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi secret sur son fournisseur. Comme il se faisait d'énormes réserves à chaque fois qu'il achetait, il y en avait toujours à disposition quand on se voyait. La majeure partie de notre temps passé ensemble consistait à en gober ou en taper.

Avec le recul, je comprends son côté secret. La méphédrone et tous ses petits cousins chelou apparaissent dans la Section 1, paragraphe III de la Loi sur les drogues et substances. Ils sont classifiés sous le titre « amphétamines, leurs sels, dérivés, isomères et analogues et les sels des dérivés, isomères et analogues ».

Je ne m'en suis rendu compte que longtemps après ma rupture avec Monsieur MCat. Un matin, je consultais paresseusement Facebook en attendant, grincheuse, de prendre un avion et je suis tombée sur l'article VICE traitant de la drogue en question. Des putains de sels de bain ! Certes, la MDMA n'est pas la substance la plus saine au monde, mais je n'aurais jamais consciemment sniffé de sels de bain pendant deux mois. Rien d'étonnant à ce que je me sois sentie si vidée.

À chaque fois que je prenais du MCat avec lui, il me filait une gélule de 5-HTP, que l'on peut trouver dans n'importe quelle pharmacie et qui favorise la production de sérotonine. Le jour de mes 25 ans, on était à court de 5-HTP. On n'avait plus non plus de smoothies ou de magnésium. J'étais complètement déglinguée et j'ai compris que quelque chose ne tournait clairement pas rond avec cette drogue que j'avalais régulièrement. J’étais sans défense.

Pas un dixième de seconde je ne peux nier que je porte la responsabilité de ce que j'ingère. En tout cas, je ne le nie plus. Un temps, j'ai essayé de lui en faire porter la responsabilité, mais en réalité toute personne un minimum concernée par son bien-être prend le temps de faire des recherches sur la nouvelle drogue qu'elle s'apprête à faire subir à son corps. En bref, mon addiction à un mode de vie où tous les coups sont permis prévaut à tous les coups sur le peu de considération que je porte à ma santé. Cette habitude aurait pu – et a presque réussi – à me rendre accro aux sels de bain. Encore une fois, tout cela était, et est, de ma propre responsabilité.

Mais, d'un autre côté, si vous vous souciez vraiment de quelqu'un, êtes-vous censé lui donner des pelletées de sels de bain ? Je pense plutôt qu'il en va de votre responsabilité de ne pas le faire, comme il en va de ma responsabilité de ne pas être naïve. Cette drogue inspire une confiance inconditionnelle qui peut s'approcher dangereusement d'un amour inconditionnel.

Je fais encore de mon mieux pour ne pas lui en faire porter la responsabilité. Encore une fois, c'est ma faute... mais quoi qu'il en soit, il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans sa façon de se comporter. À la fin, lui et sa drogue ne faisaient plus qu'un. Je lui ai écrit que je ne pouvais plus sortir avec lui.

La morale de cette histoire, au cas où ce ne serait pas clair, c'est : « Fais gaffe à ce que tu chopes. » Ou, encore plus simple : « Si tu ne sais pas ce que c'est, ne le mets pas dans ta bouche. »

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