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Les bébés manchots ont désormais le choix entre mourir de froid ou de chaud

Leur avenir est aussi sombre que la nuit polaire qui s’abat implacablement sur eux.

Photo : Dee Boersma

Le réchauffement climatique tue les bébés manchots. La perturbation des écosystèmes et du climat noie ces animaux, les brûle et les fait mourir de chaud ou de froid.

Il y a toujours eu un taux de mortalité élevé chez les bébés de l'espèce ; la faim ou une autre cause « naturelle » les emporte. Mais Dee Boersma, professeur à l'université de Washington et auteur d'un récent rapport paru dans la revue PLOS One, a constaté que les morts liées aux variations climatiques étaient plus fréquentes depuis quelques années. Depuis 28 ans, elle étudie les manchots de Magellan dans la réserve naturelle de Punta Tombo, en Argentine. Là, de septembre à février, durant la saison des amours, vivent plus de 200 000 manchots. Ce nombre fait de cette colonie la plus grande au monde et la plus importante dans le processus de perpétuation de l'espèce.

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« En général, les bébés meurent de faim ou se font attraper par des prédateurs. Néanmoins, certaines années, la pluie ou les conditions climatiques défavorables provoquent beaucoup de décès, m’a-t-elle expliqué. Certaines saisons, les fortes pluies causent des pertes massives. »

Les pluies torrentielles s’avèrent létales de plusieurs façons. Les manchots ne naissent pas résistants à l'eauet,s'ils se retrouvent trempés peu après leur naissance, ils peuvent mourir de froid. S'ils tombent dans l'eau – comme beaucoup de manchots empereurs qui ont vu leur banquise fondre –, ils se noient.

Selon Boersma, ces manchots sont morts d'hypothermie ; Photo : Dee Boersma

« [Les problèmes auxquels ils sont confrontés] sont un peu les mêmes que ceux des humains. Il n'y a pas d'ouragan Katrina tous les jours mais, lorsqu'il est là, il fait énormément de victimes », m’a expliqué Dee Boersma. Au total, elle a été témoin de 16 pluies torrentielles responsables de la mort de manchots. Dans quelques années, ce problème pourrait causer la disparition de plus de 50 % des bébés de la colonie.

« [Le climat] n'est pas tous les ans le même, a-t-elle poursuivi. Mais, depuis quelques années, les précipitations atteignent de plus en plus souvent les 20 millimètres. »

Cette année, la pluie n'a pas tué de pingouins – la chaleur s’en est chargée. Le climat a atteint les 30 degrés, soit une température suffisamment élevée pour tuer un manchot adulte.

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« Un jour, alors qu'il faisait plus de 30 degrés, j’ai vu surgir un mâle désespéré, à la recherche d'un coin d'ombre. Il n'en a trouvé aucun et en est mort », m’a-t-elle raconté.

Les manchots de Magellan sont considérés comme une espèce menacée. Il est évident que tous ces incidents climatiques ne vont faire qu'empirer la situation actuelle. Dee Boersma a d'ailleurs remarqué que, dans cette colonie, le nombre de nids de manchots avait diminué de 24 % par rapport à l’année 1987 – l’année ou elle a commencé à recenser les manchots.

« [Afin de pouvoir faire des estimations], il faudrait pouvoir prédire les conditions climatiques des prochaines saisons. Si, pendant plusieurs années, la moitié des bébés pingouins continue à mourir en raison de pluies torrentielles, il est bien sûr évident que le nombre de naissances régressera », a-t-elle précisé.

Malgré tout, la colonie n'est pas encore tout à fait condamnée. Dee Boersma m’a affirmé qu'elle pourrait survivre pendant de nombreuses années si la zone était mieux protégée de la pêche et de la pollution des navires pétroliers.

« Le climat change et fait de nombreuses victimes. Ces animaux sont comme des sentinelles. Quand il meurent, ils nous avertissent de ce qui arrive aux océans. Mais nous pouvons venir en aide à cette espèce en aidant à la protection de son environnement et en réduisant la pêche et le passage des navires pétroliers. »