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Pourquoi j’aime baiser dans les parcs

Ce que l'on voit et les gens que l'on croise la nuit dans les jardins publics de Nantes.

par Xavier*, selon les propos rapportés de Valérie Gautier
18 Avril 2016, 5:00am

Croiser des gens qu'on connaît dans un parc dans lequel vous êtes venu baiser, c'est la pire des situations possibles. Ça m'est arrivé alors que je louais une chambre chez un couple de gays. J'y ai croisé l'un des deux mecs qui m'hébergeait en train de se balader, comme moi, dans le parc. On était tous les deux hyper gênés. Puis je suis quand même allé le voir pour lui demander ce qu'il faisait dans le coin. Il m'a baratiné, en voulant me faire croire qu'« il me cherchait ». Ce qui est un peu étrange à 23 heures, seul, dans un parc.

J'ai 32 ans. Je suis gay et en couple depuis quatre ans. Quatre ans donc que je n'ai pas mis les pieds dans un parc pour me faire un plan cul simple et efficace. À partir de mes 18 ans environ, j'ai fréquenté ces délicieux coins de verdure, réservés aux promeneurs, aux enfants et aux chiens la journée, et qui se transforment en vaste terrain de jeu pour homosexuels affamés la nuit. J'y suis allé par période. Quelquefois, c'était trois fois par semaine, parfois une fois tous les six mois, mais uniquement lorsque j'étais célibataire.

J'habite à Nantes, où l'on compte autant de parcs consacrés aux rencontres gays en périphérie qu'en plein centre-ville. Ce sont des endroits connus pour leurs fréquentations nocturnes mais comme souvent, la plupart des personnes qui se promènent à proximité une fois le jour tombé, n'ont aucune idée de ce qu'il s'y passe. Certains parcs sont fréquentés par des homos, d'autres par des couples hétérosexuels et échangistes. Chacun sa thématique et tout le monde arrive à cohabiter.

Cette accessibilité des parcs m'a plusieurs fois rendu service. Avant, dès que j'avais envie de me vider je n'avais qu'à descendre en bas de chez moi pour y faire mon marché. Là-bas, on y trouve absolument tout type d'hommes : beau, laid, gay, hétéro, riche, pauvre, vieux ou jeune. J'y ai par exemple déjà vu un gamin qui devait avoir 16 ans tout au plus. Je ne touche pas à ça ; certains néanmoins, n'ont aucun scrupule. Pour les hétéros – le terme bi serait plus exact, ou homo refoulé –, venir dans un parc rencontrer des mecs est une manière d'assouvir un plaisir en toute discrétion. Il n'y a bien entendu pas de textos à envoyer, ni d'application à télécharger. C'est pourquoi j'en ai vu défiler un paquet. On les repère à leur look, à leur démarche ou simplement parce qu'ils le disent. Il est également possible qu'ils viennent aussi car les hommes font ce que les filles ne font pas forcément. Et on est faciles à trouver.

On m'a souvent demandé pourquoi je ne préférais pas passer par un site de rencontres ou l'une de ces applications qui permettent de rencontrer des mecs à proximité de chez soi – et donc, de faire ça au chaud dans un pieu, comme tout le monde. J'ai déjà essayé, bien sûr. Mais cette option qui consiste à choisir le mec, devoir lui parler, prendre le temps de faire sa connaissance, de se raconter ce qu'on aime au lit, puis finalement de convenir d'une date et d'un lieu pour se voir, ça me semble trop long. Quand j'ai envie de baiser, c'est maintenant. Je ne suis pas là pour attendre deux jours. Et puis j'aime l'excitation de la rencontre dans le parc, dans la pénombre. Il y a une ambiance qui me stimule, due notamment au côté imprévisible de la rencontre. Je ne sais ni sur qui je vais tomber, ni comment ça va se passer. De fait, c'est nettement plus drôle qu'une rencontre programmée via un site.

Photo via Flickr

Quand j'arrive dans le parc, s'il y a du monde, je fais un peu le tour. Je regarde, je repère. Lorsque quelqu'un me plaît, je le regarde avec insistance. C'est le code entre nous. Si la personne ne te regarde pas, tu lâches l'affaire. En revanche, s'il me regarde aussi, alors je le suis. Des fois un petit jeu s'installe, je repasse devant la personne en continuant à la fixer, je m'arrête, je repars. Quand je suis sûr que c'est OK de son côté, je m'approche et c'est parti. On ne parle que très rarement ; nous sommes tous les deux là dans un but précis, et chacun le sait. On s'y attelle sans broncher. En général, je ne connais ni leurs prénoms, ni leurs âges, je ne sais pas ce qu'ils font dans la vie ou bien s'ils sont en couple. On se demande juste « actif ou passif ? » et c'est suffisant. Si deux mecs sont tous les deux actifs ou tous les deux passifs, alors ils se contentent de la base : une pipe.

Quand je vais au parc c'est dans une démarche purement égoïste. L'autre se fait plaisir comme il veut, mais ce n'est pas moi qui vais l'aider. Du coup, je me fais principalement sucer. Je n'embrasse même pas le mec en face, déjà parce que je n'aime pas forcément ça, et ensuite parce que je le réserve aux relations particulières. S'il essaie et que je n'en ai pas envie, je tourne la tête. C'est un peu vexant mais on n'est pas chez les Bisounours. Parfois, certains me demandent « Et toi tu ne fais rien ? » et je réponds simplement : « Bah non. »

En refusant de faire quoi que ce soit j'ai l'impression d'être un peu plus digne. Je ne me sens pas comme une salope vu que je n'ai sucé ni pénétré personne. C'est un peu con comme vision mais maintenant que je suis en couple, je peux dire que je n'ai pas traîné ma bouche et mon cul n'importe où avant. Je déroge à la règle uniquement si je tombe sur un type vraiment mignon avec lequel j'ai envie de faire plus.

Car comme ailleurs, il n'y a pas que des bombes sexuelles. C'est pour ça que je cherche quand même à rester à l'entrée du parc, là où il y a de la lumière et où je peux encore distinguer les mecs. Même si j'arrive avec une grosse envie, je suis capable de repartir sans avoir rien fait. Ce sera le cas par exemple si je ne croise que des vieux ou des chauves. C'est très frustrant mais chez moi certains critères sont rédhibitoires. J'ai quand même mes limites.

À l'inverse, il m'est arrivé de me faire trois ou quatre mecs dans la même soirée. Ça peut arriver si le premier type s'y prend mal et que j'arrête pour mieux reprendre ailleurs, ou tout simplement parce que je continue à me promener et que je tombe à nouveau sur un type qui me plaît. Et dans ce genre d'endroits, certains ne sont pas du tout regardants. Ils arrivent, baissent leur braguette et prennent le premier qui passe.

J'ai déjà vu un mec entouré de plusieurs gars se faire prendre plusieurs fois à la suite. Je trouve ça inconscient, et dangereux niveau maladies. Personnellement, c'est le genre de pratique que je ne réalise qu'en couple. Me contenter d'une pipe est aussi une façon de faire attention aux IST. Dans le noir, ce n'est pas facile de savoir si la personne se protège, ni même si la capote craque, alors dans le doute je m'en tiens aux basiques.

Si deux mecs sont tous les deux actifs ou tous les deux passifs, alors ils se contentent de la base : une pipe.

Sur place, on trouve aussi des mateurs. Des mecs qui prennent plaisir à venir regarder ce qu'il se passe dans le coin. Ce n'est pas mon délire. Je suis attiré par le côté transgressif du lieu public, mais je ne viens pas là pour me faire mater en action. Si ça arrive, je regarde le type en lui faisant comprendre qu'il faut qu'il dégage, ou bien je change d'endroit lorsqu'il ne comprend pas. Je dirais néanmoins que ce type de rencontre fait partie du jeu.

Là où c'est plus problématique, c'est quand tu croises des mecs qui ne sont pas là pour te faire des câlins mais plutôt pour te casser la gueule. Je n'ai jamais eu aucun souci de ce genre, mais ça arrive. Comme je suis peureux, donc méfiant, je crois que j'ai pris les précautions suffisantes.

Photo via Flickr

C'est pourquoi je regarde où je marche, je fais attention à ce qu'il se passe à côté de moi. Lorsque j'arrive quelque part, je repère le site pour savoir par où je peux partir en cas de pépin. Je vérifie aussi qu'on ne me suit pas lorsque je pars, car on ne sait jamais sur qui on tombe. Quand je vois un mec qui a l'air racailleux, je ne cherche pas à savoir s'il est intéressant ou pas – je passe mon chemin. Ce n'est pas très sympa mais la plupart de ces mecs ont beaucoup de mal à assumer leur homosexualité. Pour peu qu'ils se retrouvent par hasard avec un autre mec de chez eux, ils vont soudainement faire comme s'ils étaient venus taper du pédé et systématiquement, ça dégénère.

Cette pression est contraignante certes, mais ne m'a jamais empêché d'aller au parc. L'excitation prend le dessus. Même s'il m'est déjà arrivé de rester planqué des heures derrière un buisson parce que j'apercevais des gens bizarres au loin, à me demander : « Mais qu'est-ce que je fais là ? » Dès que l'ambiance est lourde je fais demi-tour. Je n'ai pas envie de voir mon visage dans le journal le lendemain.

Quand j'ai commencé à fréquenter ce genre d'endroits, je prévenais systématiquement ma cousine. Elle était une des seules personnes à qui je parlais de mes virées nocturnes ; si elle n'avait pas de mes nouvelles, elle savait où chercher.

Les flics savent très bien ce qu'il se passe dans les parcs la nuit. Ils rôdent souvent autour. Mais leur présence me rassure. Même quand ils sont là pour nous tomber dessus pour outrage à la pudeur, ça me rassure. Quand je vois leurs camions je me dis qu'au moins s'il y a un problème, il y aura quelqu'un. Enfin ça, ça marche quand ils ne sont pas en train de se promener en civil dans le parc pour nous attraper. C'est déjà arrivé à plusieurs connaissances.

Je n'ai jamais trop dit à mes potes que je fréquentais ce genre de lieux. Je ne voudrais pas être jugé par rapport à ça. Je sais bien que c'est malsain. Je ne suis jamais reparti du parc empli de culpabilité mais je connais l'image que ça véhicule. Quant à mon mec actuel, il n'est pas au courant que j'ai fait ça. Le concernant je sais qu'il n'y est jamais allé – et ça me rassure. Je ne sortirais jamais avec un mec qui fréquente ce genre d'endroits. C'est bizarre, non ?

*Le prénom de notre interlocuteur a été modifié pour des raisons évidentes.