Les néonazis manquent d'humour

Iron Sky est un film pour nerds à cheveux longs qui jouent dans un groupe de métal scandinave, téléchargent des films sur piratebay, produisent du vin artisanal chimique dans des cuves en plastique et dont au moins un des amis a la gale.

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févr. 22 2013, 5:20pm

Timo Vuorensola fait partie de ces mecs qui, passé 30 ans, se marrent encore à imaginer des histoires de science-fiction avec des nazis, un truc qui disparaît de la conscience des auteurs à peu près normalement constitués une fois qu'ils ont réalisé que c'était plus marrant de réaliser du porno avec leurs copines.

Une chance pour lui, le spectateur lambda de série B est aussi friand de blagues à base de svastikas que de zombies et Iron Sky, le film que Timo a réalisé avec l'aide de l'argent d'une fan base glanée sur les forums et dans les communautés de mecs qui ont décidé de ne plus foutre jamais les pieds dans une salle de cinéma, a fait le tour des festivals de films fantastiques du monde entier et en a tiré une certaines gloriole. D'ailleurs, réalisant que les nazis avaient peut-être autant d'avenir que les zombies sus-cités, il s'est lancé dans un nouveau projet au titre évocateur : I Killed Adolf Hitler.

Son histoire de nazis réfugiés depuis 70 ans sur la face cachée de la Lune qui se décident à attaquer la Terre est légitimement sortie en vidéo le 18 février en France, mais a priori, tous ceux qui sont intéressés l'ont déjà téléchargé. On est quand même allés voir Timo pour qu'il nous parle un peu de son film a posteriori. On en a profité pour lui demander son avis sur Prometheus et l'extrêmisme en Scandinavie.

VICE : Salut Timo. T’es un peu la preuve que les cinéastes indépendants d’aujourd’hui peuvent atteindre autant de monde que la machine hollywoodienne.
Timo Vuorensola : Ouais. Je suis plutôt la preuve que si les gens se sortent les doigts du cul et qu’on se met à considérer Internet comme une opportunité plutôt que comme une menace, on peut atteindre autant de gens que Holly-, Bolly- ou Nollywood.

Dans les critiques, ce qui est souvent revenu c’est que l'idée est cool mais mal exploitée – au final le film est très politiquement correct, la dialectique simpliste et la plupart des blagues tournent autour du héros noir albinos. Tu prends ça en considération en vue d'un Iron Sky 2 ?
La critique d’Iron Sky a été très polarisée, et c’est quelque chose de prévisible quand on aborde un sujet aussi délicat : certains estiment que c'est le meilleur film de la décennie, d'autres que c'est le pire. Ça me va. Le héros du film, c'est pas Washington, le héros noir, mais l'institutrice nazie, Renate. C'est son histoire, et c'est le personnage qui traverse le changement le plus important et le plus radical pendant le film. Une nazie qui devient une hippie.

Quels pays ont été les plus réceptifs au film ?
On a eu de fortes réactions au Berlin Festival. Oslo était incroyable aussi, et le South by Southwest, au Texas. Au Festival international du film fantastique de Bruxelles, on a eu droit à une salle pleine de geeks hyper enthousiastes qui ont applaudi pendant tout le film. Mais je dirais que c’est en Allemagne où on a eu les plus fortes réactions. Souvent positives.

Finalement, Iron Sky ne sort ici qu'en DVD. Synergy Cinema devait le diffuser dans les salles françaises mais ils n'ont visiblement pas fait leur boulot.
Il est arrivé trop tard en France, le film était déjà diffusé dans plus de 60 pays. Une sortie française à cette échelle n'aurait pas été très pertinente. Mais le film bénéficie d'une grosse sortie vidéo, donc ça va.

J'ai vu que tu prévoyais d'adapter une bande dessinée norvégienne (« J'ai tué Adolf Hitler » de Jason) pour ton prochain film. T'es un peu bloqué, non ?
Tu peux dire ce que tu veux, mon ami. J'ai tendance à me dire cinéaste, mais si tu sens qu'il faut ajouter des qualificatifs, vas-y.

Tu savais que Iron Sky était aussi le nom d'un système de surveillance vidéo américain?
Ça n'existait pas quand on a trouvé le titre Iron Sky, c'est arrivé un peu plus tard. J'ai jamais croisé ces mecs mais j'avoue avoir pensé leur proposer une collaboration marketing.

T'as reçu des propositions depuis la sortie du film ?
Oui, j'ai eu un gros paquet d'offres de producteurs. Je travaille en ce moment sur deux productions – un film de studio et une coproduction anglo-allemande, « J'ai tué Adolf Hitler ». Pour les deux, les scripts étaient intelligents, de la science-fiction bien écrite.

Tu as pensé quoi de Prometheus ?
J'ai lu beaucoup de mauvaises critiques, mais il m'a impressionné. Cinématrographiquement, ça m'a plu, et malgré les problèmes de script, l'histoire m'a plu aussi.

T'aurais fait des films si Internet n'existait pas ?
J'ai commencé à faire des films en 1995, c'était pas la même chose Internet, à l'époque. Je dirais que sans Internet, je n'aurais pas pu faire Star Wreck, mon premier film, je serais toujours en train de me battre pour obtenir son financement.

Tu n'es allé dans aucune école de cinéma. Tu penses que c’est une bonne chose ?
Je respecte les écoles de cinéma, mais je n'ai jamais été très branché par les cours, j'ai appris sur le tas. Plutôt qu’aller à l’école, j’ai mis sept ans à réaliser mon premier long-métrage, Star Wreck. Au cours duquel j’ai été obligé d'apprendre, à travers mes erreurs, tous les aspects de la production cinématographique. Je pense que le fait d'avoir toujours eu à serrer le budget est un avantage aujourd'hui, surtout quand on traites avec Hollywood qui est en ce moment à la recherche de réalisateurs qui peuvent faire des films ressemblant à des productions de 100 millions de dollars, mais avec un budget de 10 millions.

Tu crois que Iron Sky plaît aux néonazis ?
Des extrémistes nous ont envoyé des menaces de mort et beaucoup de messages sur YouTube quand ils ont découvert qu'on faisait une comédie déconneuse avec des nazis. Donc non, ils ne nous aiment vraiment pas. Les néonazis manquent d'humour.

L'extrémisme de droite, c'est une menace réelle en Finlande ? 
Les extrémistes de droite ont du succès en Finlande, c'est certain, comme dans toute l'Europe. Mais cette fois, le parti libéral ne va pas abandonner le combat aussi facilement, et les idées racistes, xénophobes, homophobes et antisémites font face à une opposition considérable de la population. 

Tu penses que le cinéma doit être politique ?
Non, je ne pense pas que ça soit une nécessité, mais si tu fais un film sur les nazis, il vaut mieux avoir un message à faire passer. Iron Sky n'est pas moralisateur, mais il porte un message que je trouve important : on vit dans un monde qui n'est pas tant différent de celui des années trente, et il faut être prudent sur les rhétoriques dont nos dirigeants nous abreuvent.

Comment s'est passé cette collaboration avec Laibach ? C'était cool de bosser avec eux ?
On partage un certain sens de la satire, alors une collaboration ça m'a semblé évident dès le départ. De tous les gens avec qui j'ai collaboré sur Iron Sky, et ils étaient probablement des milliers, Laibach ont été les plus agréables. Ils sont dévoués, tatillons, ne craignent pas les tâches insurmontables et ce sont des musiciens extraordinaires.

Avant de faire des films, tu jouais dans un groupe de black metal (Älymystö), le groupe existe toujours ?
C'est plutôt un groupe avant-garde noise et industriel que du pur black metal, et il existe toujours, mais il se fait un peu muet ces derniers temps.

Quels sont tes livres de chevet ?
En ce moment, je lis la Bible – je fais des recherches pour un projet – et Game of Thrones, le premier livre.

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