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Le monde en décomposition de Polly Morgan

Des animaux qui puent et des visions de la mort qui vient.
13 août 2012, 10:28am

Polly Morgan est devenue artiste par hasard. En fait, quand elle a vu qu'elle n'arriverait pas à trouver de taxidermiste décent pour décorer son appart, elle s'est mis en tête de s'occuper de ça toute seule. Depuis ce jour, elle découpe des animaux et les utilise pour créer des œuvres d'art qui font plaisir aux yeux tout en faisant réfléchir à la mort.

La semaine dernière, j'ai appelé Polly pour qu'on discute de sa nouvelle expo Endless Plains. Pour l'occasion elle a – entre autre – transformé une carcasse de cerf en batcave, créé une scène où des colibris arrachent des tentacules de pieuvre depuis les entrailles d'un renard mort, empaillé des oiseaux pour les percher sur des dessins de leurs nids, et sculpté des porcelets en silicone qui tètent la sève d'un arbre en décomposition.

VICE : Salut Polly. Visiblement, la mort prend une place importante dans ton travail. Tu ramasses pas trop ?
Polly Morgan : J'essaie de rester positive par rapport à la mort. J'aime le fait qu'une dépouille grouille de « vie » alors qu'elle est en train de se décomposer. Et je ne vois pas de mal à apprécier la beauté d'un animal quand son esprit a quitté son corps.

OK. Tu sais si ton boulot choque les gens ?
Je n'ai pas de temps à consacrer aux personnes qui trouvent ça choquant. Ce sont soit des gens qui crient à la vue d'un poisson entier dans leur assiette, soit des connards qui voudraient qu'on traite les animaux morts avec le plus grand respect. Je respecte les animaux vivants, mais je ne crois pas qu'on ait besoin de les traiter de la même façon une fois morts. Je trouve ça infantile de prêter des sentiments humains à des animaux. Les animaux ne se recueillent pas autour d'une tombe et ne pleurent pas leurs morts – très souvent, ils les mangent. En prélevant des animaux morts dans la nature, le plus grand tort que je cause c'est aux corbeaux qui ne pourront pas les manger.

Pourquoi ton exposition s'appelle « Endless Plains » ?
J'ai toujours voulu partir en safari. J'ai visité le Serengeti l'année dernière, dans l'espoir de voir des animaux sauvages qui traverseraient le Mara. J'ai vu des animaux morts et des animaux vivants ; ce sont les carcasses rongées de l'intérieur par les vautours qui m'ont inspirée. Et si on essaie de traduire le mot Serengeti en anglais, ça donne quelque chose comme « endless plains » [« plaines infinies », en français] ; c'est donc devenu le nom de mon expo. C'est pour moi la description parfaite de la vie, de la mort, et de l'univers.

Tu penses qu'en tant qu'humains, on accorde trop d'importance à nos vies parce qu'on est au sommet de la chaîne alimentaire ?
Je pense que c'est tout à fait naturel d'accorder de l'importance à sa propre vie. On se bat chaque jour pour rester en vie. En ce qui me concerne, c'est ce besoin viscéral de survivre qui me permet de rester motivée et de faire tout ce que je fais.

D'ailleurs, ça t'arrive d'aller chasser ?
Non.

OK. C'est difficile de devenir membre du syndicat des taxidermistes ?
Non, j'ai juste eu à remplir un formulaire et à envoyer de l'argent. N'importe qui peut rejoindre le syndicat, même pas besoin de pratiquer la taxidermie.

Donc moi aussi je peux être taxidermiste ? Cool. Tu as un avis sur les carcasses animales de Damien Hirst ?
Son travail a un côté clinique, il dégage une esthétique froide et scientifique que je trouve plaisante à regarder. Il arrive à rendre le corps des animaux, qui n'ont pas significativement évolué depuis des millénaires, ultra modernes.

Tu peux me dire pourquoi tes porcelets tètent la sève d'un arbre ?
Je hais regarder les jeunes mammifères se nourrir, ça me dégoute. Je les vois comme des parasites, qui vident leur hôte de toute essence de vie. Les pires étant les porcelets ; tous roses, qui se battent pour avoir accès à une mamelle. Dans ce genre de moments on peut se rendre compte d'à quel point l'envie de vivre est quelque chose de puissant, et c'est ce que représentent ces porcelets qui se nourrissent de sève.

Quel est ton animal mort préféré ?
Je n'ai aucun animal mort préféré. Mais dans les vivants, mes préférés sont les chiens.

Quelle est la carcasse animale la plus difficile à travailler ?
Je dirais, les carcasses qui ont eu le temps de pourrir. Lorsqu'elles sont fraîches, il n'y a aucun problème. Aussi plus l'animal est gros, plus ça prend du temps – ce qui peut être gênant puisque la peau peut se détériorer alors qu'on est déjà en train de travailler dessus. Et plus l'animal est gras, plus c'est laborieux. Il faut tout enlever, c'est horrible.

Je vois. Quel animal mort sent le plus mauvais ?
Je n'aime pas l'odeur des perroquets morts ; c'est assez musqué et ça me colle à la peau pendant des jours entiers. La plupart des animaux morts ont une odeur de viande, ce qui ne me dérange pas plus que ça. Ça commence à sentir mauvais dès que la pourriture commence à s'installer, ou lorsque l'animal à déféqué en mourant.

Dégueu. Rien à voir mais tu pourrais empailler un être humain ?
Non, je préfère ne pas pouvoir m'identifier à ce que j'empaille ; en revanche, j'aimerais bien disséquer un homme dans un but scientifique. Mais bon, je crois qu'un humain empaillé serait vraiment « laid » à regarder. La taxidermie se sert majoritairement des fourrures et des plumes pour recouvrir la peau de l'animal une fois sèche. Je pense que les moules en silicone seraient bien plus pratiques pour travailler avec des humains.

Si vous tracez dans Londres en ce moment, passez voir l'expo de Polly à la All Visual Arts Gallery, vers King's Cross.