Jours de fête foraine

Des images de forains excédés et des badauds amusés, de Saint-Denis à Dunkerque en passant par Calais.

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mai 9 2016, 5:00am


Toutes les photos sont de Manolo Mylonas

Fin 2014, le photographe français Manolo Mylonas a beaucoup fait parler de lui avec son projet Tous les Jours Dimanche, qui compilait différentes scènes surréalistes du département de la Seine Saint-Denis et de ses alentours. Dans cette série où l'on peut notamment voir un couple de personnes âgées danser sur un chantier, un pique-nique improvisé au beau milieu de la route et un cheval mystérieusement installé sur une terrasse, Mylonas entendait « montrer la complexité, voire l'absurdité de certaines situations » des lieux qu'il visitait. Plus récemment, il a réalisé une série portant sur les fêtes foraines françaises et les personnes qui les fréquentent. Du coup, on a sélectionné quelques-unes de ses images et on lui a demandé de nous parler brièvement de son projet.
– Julie Le Baron

Pour les besoins de cette série que j'ai appelée Attraction terrestre, je voulais voir des lieux de vie et de rêve, ouverts à tous et situés dans les interstices urbains. Mon objectif était de cueillir l'escapade en dehors du réel que constituent les fêtes foraines – ce spectacle itinérant et fascinant que j'aime comparer à un étrange paradis artificiel.

Pour la série, j'ai privilégié le travail au long cours. Je l'ai réalisée sur une période d'un an et demi. Je me suis rendu aux grandes fêtes foraines à la périphérie de Paris, ainsi que dans les petites fêtes plus modestes à Saint-Denis, Montfermeil, Pontoise. J'ai poursuivi mes voyages dans les villes de Dieppe, Rouen, Angers, Saint-Omer, Calais et Dunkerque.

Ces voyages étaient l'occasion de retrouver les tirettes, auto-tampons, revoir les manèges comme le « Rotor » qui réalise l'exploit d'être à la fois le plus ancien et l'un des plus futuristes. Ces attractions de mon enfance n'ont pas bougé d'un cil et sont entretenues par des grands-pères forains et leurs petits-enfants. Certaines fêtes me transportent dans une version colorée du film Jour de fête de Jacques Tati, à la société du progrès qui débarque dans une cacophonie ambiante. La nuit tombée, d'autres fêtes m'évoquent le fantastique où l'on joue à se faire peur, comme dans le roman Joyland de Stephen King.

Des traditions perdurent comme l'élection de Miss Esmeralda, reine des gitans à la Foire du trône mais au fil du temps, les fêtes disparaissent des centres-villes, alors quelles y sont implantées depuis des décennies. Les forains font de la résistance, contraints par les circonstances de manifester leur mécontentement afin de ne pas être parqués dans les périphéries.

Les attractions revenues sont le signe des saisons, où les adultes comme les plus petits retrouvent leur insouciance à l'instar de cette bande de jeunes « durs et tatoués » qui mangent des barbes à papa. Comme en décalage, c'est dans cette reconstitution du merveilleux que l'on essaye de tuer l'ennui – que l'on soit acteur ou spectateur.

Retrouvez Manolo sur son site et sa page Facebook.

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