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À la rencontre des fans parisiens des Eagles of Death Metal

Trois mois après les attentats du Bataclan, on a demandé aux spectateurs ce qu'ils avaient ressenti pendant le concert d'hier à l'Olympia.
17.2.16

Ils rêvaient de terminer le concert qu'ils avaient commencé le 13 novembre 2015. Ils l'ont fait. Quelques heures après sa déclaration controversée sur le contrôle des armes à feu en France, Jesse Hughes est remonté sur scène à Paris, accompagné cette fois-ci par son pote Josh Homme – qui n'était pas là lors des attentats meurtriers du Bataclan il y a trois mois.

L'Olympia n'attendait pas moins de 2 000 personnes ce mardi, dont 900 « survivants » qui avaient assisté au concert en novembre dernier. Sans surprise, les flics étaient partout, les rues étaient bloquées et cinq points de contrôle avaient été mis en place devant la salle. Il était impossible de faire un pas sans tomber sur un journaliste.

Photo de Jean Barrère

La nuit parisienne était froide et les gens semblaient tendus – ce qui paraissait plutôt compréhensible au vu de la situation. Pour certains, ce concert constituait une occasion unique de panser les plaies, notamment les traumatismes psychologiques. Pour d'autres, ce n'était qu'une manière de dire à l'État Islamique d'aller se faire foutre, et de crier haut et fort que notre « civilisation décadente » vaut mieux que la leur. En revanche, pour tous, le plus important était de boire un verre, d'écouter des morceaux qu'ils connaissent par cœur et de passer du bon temps – même si la peur et l'anxiété étaient palpables.

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J'ai eu la chance de croiser des spectateurs à leur sortie du concert. J'ai voulu en savoir plus sur ce qu'ils avaient pu ressentir pendant ce show ô combien particulier.

Vidéo associée – Eagles of Death Metal s'exprime sur les attentats de Paris :

Julien, 34 ans, parti après une heure de concert
« Je ne pouvais pas rester plus longtemps, c'était trop difficile. Ma copine m'a réconforté toute la journée, elle a pris le métro avec moi avant le concert, mais être seul à l'intérieur était vraiment flippant. Le 13 novembre, j'étais au Bataclan avec un ami. Il n'a pas voulu venir ce soir.

Quand je suis entré dans le hall, quelque chose m'a frappé : tout le monde faisait comme s'il s'agissait d'un concert normal. Les gens riaient, buvaient des bières, prenaient des selfies. Après un certain temps, des détails discordants ont commencé à apparaître. Des tonnes de journalistes étaient sur place pour couvrir l'événement. J'ai vu des gens pleurer avant que le concert ne commence. Quand le groupe a arrêté de jouer au milieu de la première chanson pour rendre hommage aux victimes, tout le monde était secoué.

Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce concert, parce que j'étais incapable d'écouter. Mon esprit dérivait. Là, j'ai juste envie de rentrer chez moi et de passer du temps avec ma copine. »

Jeff, 42 ans
« Je suis venu ce soir parce que je sentais que c'était mon devoir. J'aime le rock, j'aime les Eagles of Death Metal et j'avais envie de les voir depuis longtemps.

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Je n'étais pas là en novembre pour une raison toute simple. J'avais pris une semaine de congé pour aller en Normandie avec ma femme – quand j'ai appris que le groupe jouait à Paris, il était déjà trop tard. Avec du recul, je me rends compte que j'ai eu énormément de chance. Vous imaginez, être en vie grâce à des vacances avec sa femme ? C'est impossible à expliquer. C'est même absurde, mais il faut gérer ça. La vie est injuste. Des gamins sont morts et moi je suis toujours vivant. »

« C'était le concert le plus émouvant de ma vie et l'un des moments les plus tristes de mon existence. »

Naomi, 37 ans
« Je n'arrive pas à trouver les mots pour exprimer ce que j'ai ressenti pendant le concert. Je n'oublierai jamais. Je suis venue avec des amis ; certains étaient là le 13 novembre, d'autres non. Personnellement, je n'y étais pas mais je buvais un coup avec des amis dans le 11 e arrondissement. Ça aurait pu être moi cette nuit-là, vous savez.

Ne pas pleurer a été difficile. J'ai résisté, mais quand Hughes a sorti sa guitare bleu-blanc-rouge, j'ai craqué. En plus, ils ont joué Brown Sugar ! J'adore cette chanson. C'était le concert le plus émouvant de ma vie et l'un des moments les plus tristes de mon existence. »

Photo de Jean Barrère

Marine, 28 ans
« Je n'étais pas présente le 13 novembre, mais j'ai senti je me devais d'être ici ce soir, afin de manifester mon soutien. Je suis consciente que certains m'accuseront d'avoir "volé" une place à un vrai fan, mais je m'en fous.

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Le début du concert était incroyable. Voir le groupe monter sur scène sur Il est cinq heures, Paris s'éveille était indescriptible. C'était fou. Ce morceau représente tout ce que j'aime à propos de Paris – les gens, les différents lieux, l'atmosphère. L'ambiance à l'intérieur de l'Olympia était étrange : le public voulait passer du bon temps, prétendre que rien n'était arrivé. Vous pouvez appeler ça de l'hypocrisie, une catharsis, comme vous voulez. Tout le monde s'en fiche.

« Si nous voulons être meilleurs que l'État Islamique, nous devons défendre la liberté, un point c'est tout. »

Bruno, 47 ans
« J'étais là le 13 novembre. J'ai réussi à sortir quand les terroristes sont entrés dans le Bataclan. J'ai été chanceux ce soir-là. Je me sens encore coupable, surtout quand je vois les visages de tous les gens qui ont été tués.

Ce soir, c'était une chance pour moi d'oublier, d'assister à un concert incroyable. J'ai adoré la mise en scène, j'ai adoré leur entrée, j'ai adoré le fait qu'Homme soit là. C'est sûrement ce qui m'a le plus ému – d'apprendre qu'il allait jouer avec les Eagles.

Je sais que beaucoup de gens parlent de Hughes, de sa passion pour les armes et tout ça. Mais il fait partie d'un groupe de rock ! Il a détruit une guitare sur scène, il n'a pas besoin d'être comme les Français l'imaginent. Nous défendons la liberté d'expression quand cela nous chante. Si nous voulons être meilleurs que l'État Islamique, nous devons défendre la liberté, un point c'est tout. »

Photo de Jean Barrère

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