Invasion planète Terre : les extraterrestres existent-ils vraiment ?

Le physicien français Christophe Galfard nous a expliqué pourquoi il est si difficile de repérer les hommes venus d'ailleurs.
22 mars 2016, 6:00am

Contact, film de Robert Zemeckis, 1997

Sommes-nous seuls dans l'univers ? Cette question, qui taraude l'être humain depuis pas mal de siècles, trouvera sans doute sa réponse un jour – sous la forme d'un monolithe noir tombé du ciel ou de l'agression caractérisée de Jack Nicholson, peut-être. La fascination qu'elle exerce aussi bien sur les fans de X-Files que sur les prix Nobel de physique est chaque jour plus importante. En 1959, déjà, l'astronome américain Frank Drake lançait le projet Ozma – la première tentative de capter des signaux provenant d'une intelligence extraterrestre. Une entreprise de quelques mois soldée par un échec mais qui suggéra à Drake une équation encore célèbre aujourd'hui, qui tente d'estimer le nombre de civilisations extraterrestres au sein de la Voie Lactée.

Frank Drake ne s'est pas arrêté là et, en compagnie de Carl Sagan, a donné naissance au programme SETI – pour Search for Extra-Terrestrial Intelligence . Depuis les années 1960, des scientifiques se relaient dans ses rangs pour tenter de détecter un quelconque signal venu d'ailleurs. Sans succès, comme vous vous en doutez - à moins que...

Pour autant, faut-il en conclure que nous sommes bel et bien seuls dans notre Galaxie ? Ce n'est pas l'avis de Iouri Milner. En juillet dernier, ce milliardaire russe a annoncé vouloir investir près de 100 millions de dollars dans Breakthrough Initiatives, un projet porté par le physicien et cosmologue britannique Stephen Hawking. Avec de tels moyens, bien supérieurs aux dotations publiques qui ne cessent de décliner pour ce type de recherches, la quête d'une vie extraterrestre semble relancée.

Pour tenter de faire le point sur cette énigme ô combien fascinante, j'ai posé quelques questions à Christophe Galfard. Ce docteur en physique théorique, ancien élève de Hawking à Cambridge, est l'auteur de plusieurs livres dont le dernier en date [ L'Univers à portée de main, sorti l'an passé aux éditions Flammarion, ndlr] se consacre à la vulgarisation des connaissances actuelles sur l'espace.

Invasion Los Angeles, film de John Carpenter, 1988

VICE : Dans L'Univers à portée de main, vous écrivez : « Je suis prêt à parier avec qui veut que nous détecterons des signes directs ou indirects d'une vie extraterrestre dans les décennies à venir. » Quand vous avancez cela, vous parlez d'une vie extraterrestre intelligente ?
Christophe Galfard : Non, justement. Il faut bien comprendre que la détection d'une vie extraterrestre revêt deux dimensions. La première concerne celle d'une vie non-intelligente – dont la découverte ne dépend que de nous, de notre technologie et de notre capacité à détecter quelque chose sur une planète lointaine.

Concernant la détection d'une vie extraterrestre intelligente, les choses sont plus compliquées. En supposant que celle-ci existe, nous sommes dépendants d'un signal qui aurait été émis quelque part, par quelque chose ou quelqu'un il y a un certain temps. De plus, il faut que nous parvenions à détecter cet éventuel signal. La chance a donc un immense rôle à jouer. Malgré tout, plus nos outils deviennent puissants, plus cette part de chance diminue.

Cette seconde dimension caractérise la mission du SETI, non ?
Le SETI recherche effectivement des signaux électromagnétiques – c'est-à-dire de la lumière visible ou non par l'œil humain – qui ne pourraient pas avoir été émis de manière naturelle. Maintenant, définir l'intelligence d'une espèce est une question extrêmement complexe – même sur Terre, personne ne s'accorde sur une définition simple, alors imaginez le problème concernant des espèces dont nous ne connaissons rien...

Une espèce intelligente n'est-elle pas simplement douée de conscience ?
Non. C'est une définition trop anthropocentrée, car elle définit l'intelligence par rapport à notre propre espèce. Disons que le SETI recherche des espèces qui ont la capacité technologique d'émettre des signaux pouvant se propager jusqu'à nous dans l'espace – ce qui n'est déjà pas donné à tout le monde !

Est-ce qu'une communication pourrait être établie par autre chose que des ondes radio ?
Si nous avons choisi d'observer des ondes radio, ce n'est pas un hasard. Elles sont très faciles à produire. Rien qu'en pédalant à vélo, vous en produisez.

Après, il est tout à fait possible que des signaux soient émis sur des fréquences que nous n'avons pas encore analysées. Le programme SETI a débuté il y a à peine 50 ans. Jill Tarter, qui dirige le SETI, comparait le travail du centre de recherches en un demi-siècle à l'analyse d'un simple verre d'eau parmi tout un océan.

Je vois. Et où en est la Breakthrough Initiative, aujourd'hui ?
Iouri Milner a bien versé de l'argent au programme, mais, dans l'immédiat, ces fonds ne vont pas servir à l'achat d'un nouveau télescope plus performant. Ils vont simplement donner plus de moyens à la recherche.

Jusqu'ici, le temps consacré à la recherche d'une vie extraterrestre se compte en dizaine d'heures par an, pas plus. Ce n'est pas du tout une priorité aux yeux des scientifiques.

Mars Attacks!, film de Tim Burton, 1996

Envoie-t-on aussi des signaux pour être « détectés » ?
Cela a déjà été fait. D'ailleurs, nous en envoyons tout le temps dans l'espace sans le vouloir via la télévision, la radio, etc.

Cependant, Stephen Hawking craint qu'en dévoilant notre position, une espèce puisse être capable de venir jusqu'à nous. Si jamais elle est animée de mauvaises intentions, nous ne tiendrons pas plus de trois minutes face à elle. Technologiquement parlant, elle serait forcément beaucoup plus avancée que nous.

C'est un scénario largement envisageable, si l'on se fie à l'équation de Drake.
L'équation de Drake, c'est de la spéculation sur de la spéculation. Elle contient une quinzaine de variables et nous n'en connaissons aucune. On peut en déduire toutes sortes de résultats.

Après, c'est une équation géniale dans sa dimension intellectuelle. Elle fait naître de nombreux questionnements. En fait, il faut seulement la considérer comme le point de départ d'une réflexion scientifique.

Pour le moment, il est donc difficile de déterminer si une vie extraterrestre intelligente existe.
C'est très difficile à dire, en effet. Peut-être sommes-nous seuls dans l'Univers. Peut-être que nos technologies ne sont pas assez avancées ou que nous sommes trop éloignés des « autres ».

Tant que nous n'avons pas détecté quoi que ce soit, il est impossible de répondre à cette question. C'est seulement lorsque nous y parviendrons – si nous y parvenons un jour – que nous pourrons dire : « Mais voilà pourquoi on ne trouvait rien ! »

Je vois. Merci M. Galfard.

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