musique

J’ai inventé un système qui vous permet d'écouter votre musique à fond sans emmerder vos voisins

Xergio Córdoba est le nouveau messie des gérants de salles de concerts.

par Iago Fernández
17 Avril 2015, 5:00am

Xergio Córdoba

Cet article a initialement été publié sur VICE Espagne

Xergio Córdoba est un ingénieur espagnol qui vient de breveter un système fondé sur la psychoacoustique, lequel permet aux salles de concert et aux clubs d'augmenter leur volume sonore tout en conservant le même nombre de dB (A).L'invention s'appelle Masn'live© et se présente comme une espèce de processeur qui, une fois inséré dans un système son, vous permet de profiter de la musique à fond, sans transgresser les normes en matière de nuisances sonores. Pour faire simple, c'est le seul moyen existant de mettre le volume à fond sans emmerder vos voisins râleurs. On a demandé à Xergio de nous parler un peu de son invention.

VICE : Comment avez-vous découvert cette technologie ?
Xergio Córdoba :
J'ai eu l'idée il y a quelques années, en parlant à un client qui dirigeait une boîte de nuit. Pour de nombreux lieux, il est parfois difficile de faire tourner les affaires en respectant les contraintes légales qui s'appliquent aux décibels. Le contrôle des émissions acoustiques demande des niveaux de pression sonore plus bas, et il est nécessaire d'affecter la qualité du son pour limiter l'émission d'infrabasses. Un mauvais système son peut vraiment affecter la réputation d'un lieu.

Pensez-vous que ce genre de réglementations aide à limiter des bruits abusifs ou potentiellement dangereux ?
Avant, les clubs ressemblaient à des « no man's land » où tout était permis. Alors bien sûr, c'est une bonne chose que le législateur prenne en compte le bien-être du voisinage, de l'environnement et des commerces. Ceci dit, je pense que les promoteurs et les propriétaires de clubs devraient aussi vérifier si l'environnement et leurs locaux sont adaptés avant d'entreprendre la construction d'un lieu.

Quelles ont été les premières étapes quand vous avez décidé de construire un tel produit ?
Il m'a fallu pas mal de nuits blanches pour tester l'équipement et gérer tous les réglages. L'esprit semble fonctionner plus librement durant la nuit. En fait, le plus gros du système a été conçu et développé pendant ces nuits blanches, grâce à un petit dictaphone qui me permettait d'enregistrer toutes mes idées, même les plus saugrenues. Mais ça n'a pas été simple.

À peine pensez-vous avoir fini de construire votre produit que vous devez le faire breveter et – avec l'équipe de développement – commencer à écrire un manuel d'utilisation, de manière compréhensible. J'étais constamment inquiet qu'une société débarque avec la même idée. Et il existe de nombreuses choses brevetées qui n'ont jamais été développées. En fait, une autre société cherchait le même type de technologie. Ils ont essayé de bloquer notre brevet, mais heureusement, nous avons gagné.

Xergio pose avec son brevet

En gros, vous pouvez nous dire comment ce système fonctionne ?
C'est assez compliqué à vulgariser, mais en gros c'est autant une question d'ondes audio physiques qu'une histoire d'interprétation cérébrale de cette onde. C'est de la pure psychoacoustique.

Ce système protège-t-il contre le bruit excessif et le danger potentiel pour l'ouïe ?
Les accidents auditifs sont basés sur le niveau de dB (A) et la durée d'exposition à ce niveau. Malheureusement, notre système ne prévient pas les accidents auditifs mais fait en sorte que votre cerveau perçoive la musique plus forte que ce qu'elle est en réalité et, dans ce sens, minimise l'exposition aux fréquences critiques.

À quel moment avez-vous su que vous aviez atteint ce que vous recherchiez ?
Nous avons réussi lorsque nous nous sommes aperçus que les basses fréquences nous apparaissaient beaucoup plus puissantes que ce qu'elles étaient en réalité. Nous étions alors capable de doubler le volume tout en maintenant le même dB (A), et en améliorant la qualité audio et son impact.

Doubler le volume sonore avec le même niveau de décibel – ça a l'air génial. Ou pensez-vous que se situe la limite ?
Pour nous, doubler le niveau sonore constitue déjà une victoire. Il n'y a pas si longtemps, dans un club bien connu de Madrid, nous avons atteint presque trois fois le niveau sonore, mais la qualité s'est détériorée parce que la foule était trop compacte. Cependant, ils ont choisi de maintenir ce niveau sonore même si la qualité était un peu moins bonne – c'était l'anniversaire du lieu.

Peut-on utiliser ce système à des soirées privées ?
On l'a essayé dans une maison de Barcelone. Mais son objectif est avant tout de permettre aux artistes de diffuser leur message avec la meilleure qualité musicale possible. On peut vraiment faire des merveilles avec ce système. C'est le même que celui d'un mastering – mais dans un lieu public, et non dans un studio. Presque tout sonne mieux, précis, tranchant et il y a beaucoup plus de détails. On l'a testé dans un tas de lieux avec des résultats surprenants. On l'a essayé avec du blues, de la pop, de la salsa, du rock – toutes sortes de genres musicaux.

Des artistes l'ont déjà testé ?
Laurent Garnier l'a essayé à La Riviera. On l'a utilisé au Sonar avec des gens comme Ellen Alien, Steve Lawler, Joris Voorn et Miss Kittin. Jamie Jones s'en est servi au Teatro Arteria de Barcelone. Lee Foss dans le club londonien Egg Club, Pendulum à à la Fabrik et l'Atlantida. Et aussi Oscar Mulero et Christian Wunsch au Reverse.

Ça paraît plutôt prometteur pour les fêtes en plein air. Ça peut être utilisé en extérieur ?
Bien entendu. Il peut être utilisé dans n'importe quel espace pourvu d'un bon système son. Il s'est avéré aussi efficace en extérieur qu'en intérieur. En fait, on s'en est servi de différentes manières dans le cadre du Sonar. Et cette année, on va le déployer dans d'autres festivals.

C'est quoi la prochaine étape ? La commercialisation ?
Oui. Et c'est la partie la plus difficile – on a besoin de créer quelque chose de nouveau mais pas trop, sinon trop peu de gens comprendront. Tout est dans l' « encodage » de l'expérience musicale de manière à ce que le cerveau soit en mesure de « décoder ». C'est vraiment dur de franchir ce dernier palier.