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Vice Blog

Violence en vidéo : Blood cult

20 juillet 2011, 12:08pm

Pour ceux qui sont nés après que Jimmy Carter est devenu président, vous devriez savoir que les règles des films d’horreur à petit budget ne se trouvent pas dans Grindhouse, le diptyque de Tarantino, mais dans les salons de notre enfance, là où des centaines de cassettes vidéo prennent la poussière. En 1985, avec Blood Cult, le premier film directement sorti en cassette jamais réalisé, le réalisateur Christopher Lewis a marqué un tournant dans l'histoire des films amateurs.

Réalisé à Tulsa, dans l'Oklahoma, le film suit le shérif d'une petite ville (joué par un prof de musique local) alors qu'il poursuit un tueur en série, un adorateur de chiens qui découpe à la hache de jeunes étudiantes membres de confréries. Ce qui est le plus intéressant dans Blood Cult, ce ne sont pas forcément les innombrables et abondantes trainées de sang, mais le côté voyeuriste de la caméra. On dirait presque un home movie déniché dans le grenier de votre tante, un film que vous n'êtes pas sûr d'avoir le droit de voir.

Avec Christopher, j'ai parlé des premiers jours des films amateurs et de l’univers un peu glauque des films d’horreur sans budget tournés en Oklahoma.

VICE : Alors, vous avez filmé Blood Cult avec une Betamax…

Christopher : Betacam, en fait. Il s'agissait de caméras qui n’étaient pas destinées au grand public, et encore moins au cinéma. Elles étaient utilisées pour la télévision. Je suis allé voir Sony et je leur ai dit, « j'ai cette idée en tête, on veut filmer un film avec une Betacam ». Sony lançait tout juste ses Betacams, qui font à la fois caméra et magnéto, et ils cherchaient à les promouvoir.

Quelle a été la réaction de la société de production, United Pictures Entertainement, quand vous leur avait annoncé que vous alliez filmer Blood Cult ?

C'étaient pas des cinéastes mais des distributeurs, donc bon, ils se foutaient un peu de la façon dont j'allais faire le film. Ils voulaient juste un produit qui allait « faire peur » aux gens. Ils étaient très ouverts et ont particulièrement apprécié le fait que le film ne coûterait que 25 000 dollars.

Est-ce qu'il y avait d'autres gens qui tournaient à Tulsa au milieu des années 1980 ?

Personne. Là-bas, il n'y avait pas d'industrie du tout à cette époque. Le seul inconvénient, c'était le temps. C'était très dur de bosser là-bas en hiver – les arbres sont moches, tout a l'air horrible, déprimant.

Comment vous avez trouvé une équipe là-bas ?

La plupart des mecs de l'équipe de Blood Cult venait de la chaîne de télé locale où je travaillais. C’est là qu’on a commencé à embaucher, et je me souviens que dès le début du tournage, tout le monde savait ce qu'on faisait. C'est une toute petite communauté, donc pas mal de gens sont venus nous voir pour nous dire « Hey, on peut travailler avec vous sur le film ? »

Blood Cult a été l'un de ces nombreux shlashers des années 1970/80 qui traitaient des rites satanistes. À votre avis, pourquoi les américains étaient si fascinés par les sociopathes vêtus de robes noires ?

Je ne sais pas. C'était dans le script quand je l'ai reçu et on a essayé de faire quelque chose avec. Je veux dire, si vous regardez bien, c’est un culte qui vénère les chiens. Qu'est-ce qui pourrait être plus absurde que ça ? Je ne me souviens pas si à l'origine l’objet du culte était effectivement un chien, ou si c'est moi qui ai transformé le script parce que j'aime bien les chiens.

Vous avez pris contact avec de vraies sectes au moment où vous tourniez ?

Non. On s'est fait viré de deux campus en ville parce qu'ils pensaient qu'on filmait soit un porno, soit un film sur un quelconque culte maléfique. Mais on devait s'y attendre hein, on tournait dans un état de la Bible Belt.

Ils vous ont interdit de tourner ?

Ouais, on tournait dans une école pour garçons. C'était une pension où les gosses du collège et du lycée vivaient, donc on les a faits partir et on a tourné dans leurs dortoirs. C'est là qu'on a filmé la scène de la fille en chemise de nuit — si vous vous en souvenez, c’est celle où le garçon se fait découper dans la chambre de Tina. Enfin, la première nuit du tournage, tous les garçons faisaient plus attention aux filles dans leurs toutes petites nuisettes qu'à leurs devoirs, donc l'administration de l'école est venue nous voir le jour suivant et nous a dit « on pense que ce n'est pas une très bonne idée que vous continuiez à filmer ici ».

Charles Ellis, l'acteur qui joue le Shérif Willbois, est bien, bien plus vieux que les autres acteurs. Comment vous l'avez trouvé ?

Il était prof de musique. Il a bossé sur beaucoup de pièces de théâtre à Tulsa. Presque tous les acteurs, sauf Juli Andelman qui joue Tina, faisaient partie d’une troupe de théâtre locale. C'était un mec sympa, je me souviens qu'il avait un peu peur en voiture. On tournait une scène de poursuite un jour, avec deux autres acteurs dans la caisse. C’était une course avec un gyrophare et tout, et ça a été hyper dur pour Charles Ellis, qui jouait le chauffeur, d'être concentré sur son rôle et de pouvoir conduire en même temps. Donc on a fait une ou deux prises et il est sorti de route, s’est pris le trottoir et a failli percuter le technicien ou le caméraman.

Qu'est-ce qu'il a dit pour s'excuser ?

[_prenant la voix d’Hans Moleman_] « Je suis désolé. »

Et Jim Vance, le mec qui joue le copain de Tina ressemble — beaucoup — à John Denver. C'est incroyable. Je suis la seule personne à avoir remarqué ça ?

Vous n'êtes pas la première personne à dire ça, mais il ne ressemble pas à John Denver. J'ai connu John Denver. Il avait les cheveux très blonds et les cheveux de Jim Vance sont châtains.

Hein, vous avez connu John Denver ?

Ouais. J'ai produit quelques émissions en Californie et il était invité lors de certaines d'entre elles.

Vous lui avez dit que vous aviez fait un slasher à Tulsa avec un de ses sosies ?

Ah, non.

Où est-ce que vous avez réussi à dégoter une tête décapitée et des doigts coupés pour le film ?

Deux fans de films d'horreur d'une vingtaine d'années qui bossaient pour le journal de Tulsa. Ils décoraient les maisons pour Halloween ; vous savez les gens décorent leurs maisons pour Halloween, et à Tulsa il y a différents endroits aménagés spécialement pour Halloween. Vous y allez, et vous pouvez acheter plein de trucs pour vous faire peur. Ces gars ont un deuxième emploi, celui de décorer des maisons pour Halloween, donc on les a engagés pour faire les effets spéciaux sur notre film. Ils ont fait tous les trucages, les masques en caoutchouc, les giclements de sang et tout. Ils étaient géniaux. Sans ces mecs, on aurait pas pu faire un film comme ça.

J'imagine que les maquilleurs devaient avoir des idées étranges, aussi.

Oh, oui. Une des raisons pour lesquelles Jim Vance n'a pas aimé le script définitif de Revenge, c'est parce qu'ils voulaient ajouter beaucoup d'effets sur les masques. Ça n'avait pas grand chose à voir avec l'histoire de Revenge, mais on l'a quand même fait parce qu’on voulait gagner du temps et faire quelque chose de con, et de gore. On a fait pas mal de très bons effets qui n'avaient rien à voir avec le film… avec ces effets, n'importe qui pouvait se transformer en monstre, en démon, en zombie. J'avais l'impression d'être dans l'équipe de John Landis, sur le tournage de « Thriller ».

Pourquoi n'y a t-il aucune scène de nu dans Blood Cult ? C’est le seul ingrédient classique du slasher que l'on ne retrouve pas dans le film.

Ouais, je sais. Parce que — difficile de l'expliquer, mais bon — en Oklahoma, vous pouvez vous en sortir avec le gore, mais c'est bien plus compliqué en ce qui concerne la nudité. C’est comme ça, c'est la Bible Belt.

PATRICK CASSELS