ON A PARLÉ AU FRONTMAN DE KALASHNIKOV

|
avr. 13 2011, 2:56pm

Les Kalashnikov ont fait à peu près comme tous les groupes de leur époque, à savoir jouer du rock trop rapidement pour la radio et prendre de la rabla. Leur frontman, Dominic Sonic, devrait pourtant être une putain de référence pour tous ces groupes à pantalons serrés qui pensent être à la fois T-Rex et les Stooges. Je veux dire, les Kalash traçaient en ville à un mètre d'écart, comme des militaires, en affichant des seringues sur leurs chapeaux. Comme il y a une expo de photos de tous les groupes du rock des années 1980 rennaises qui ouvre en face de chez moi, j'en ai profité pour parler un peu avec ce mec.

Vice : Vous aviez quel âge quand vous avez commencé ?

Dominic Sonic : Alors moi j'suis arrivé en euh… j'étais un peu le petit dernier, mais les autres ont commencé en 1979 je crois. Donc Martin il devait avoir 14, 15 ans. Mais ouais, quand j'ai commencé à chanter avec eux, j'en avais 16. Donc, tu vois, ça me fait un peu marrer quand j'entends parler de « baby rock », parce qu'eux sont des mecs qui ont commencé à 18 balais, tu vois. À part les Zéros de Conduite, y'avait pas grand monde de plus jeune que nous.

Il y avait déjà des groupes de rock un peu dur, comme vous, à Rennes?

Ouais, en un peu plus violent, y'avait déjà Fracture, mais ils étaient plus âgés. Puis Marquis de Sade, enfin, l'avant-Marquis de Sade. Mais on a vite été considérés comme les sales gosses en arrivant.

Les gens écoutaient quoi à l'époque ?

Il y avait déjà pas mal de new wave, si tu veux, en France et en radio, en boîte et ailleurs ; le truc punk, c'était pas trop ça. Je me souviens d'une boite à Rennes qui s'appelait la Caravelle, ou les mecs jouaient du Television, les Pistols, Buzzcocks et Undertones. Pas forcément les trucs les plus violents. En fait, quand on est arrivés, c'était vraiment la période du déclin de Marquis de Sade, donc dans les années new wave, les débuts de Cure. Ça commençait à se « refroidir », on va dire.

C'était pas un peu relou de se pointer là-dedans avec vos grosses guitares d'avant ?

Ouais, on était en décalage. Mais assez vite, on a été adopté par nos « pères », parce qu'on était des gros branleurs, et très jeunes en plus de ça. Donc ils nous pardonnaient notre connerie. On allait super loin dans la provocation pour justement, avoir une réaction de leur part.

Vous vous bastionniez avec les autres groupes ?

Non, on était tous vraiment potes, même si on faisait des trucs complètement différents. Parfois, on se tirait un peu dans les pattes, mais on se fréquentait, on allait dans les mêmes bars, on se retrouvait sur les mêmes concerts, etc.

Vous saviez jouer quand vous avez commencé à répéter ?

Je n'avais jamais chanté de ma vie. Comme le premier chanteur du groupe séchait les répétitions pour faire des concours de ping-pong, un jour j'ai pris le micro parce qu'il était pas là, « comme ça ». Je reconnais que je chantais très mal.

Ça devait faire un peu ramasser d'être dans un groupe de rock dont le chanteur faisait du « tennis de table ».

À vrai dire à l'époque, on était pas encore à Rennes. Le groupe avait dû faire genre, trois concerts dans le bistrot du coin, du un bled de proche banlieue. On a commencé à faire des concerts « sérieux » quand on est arrivés en ville, fin 1980.

C'était quoi ce délire rennais de faire du rock ultra violent quand tout le monde était dans la cold wave ? J'ai l'impression qu'outre Bordeaux et Montpellier, il n'y avait déjà plus de groupes strictement punk à ce moment-là.

Ouais, il y avait aussi Marseille avec les Wild Childs, mais c'est vrai. Les groupes les plus baston venaient de Brest en réalité. À Rennes, c'était vraiment la capitale de la new wave, du coup, ouais on était les seuls à faire du rock un peu « comme avant », un peu glam. En fait, le délire « punk », on le faisait au tout début, c'est pas un registre qu'on a creusé très longtemps. On est très vite parti sur des trucs plus Gun Club, les Lords, Stooges.

Ouais, j'imagine que justement vous deviez passer un peu pour des poseurs à cotés de groupes genre, Fracture et Trotskids ?

Ah ben ouais, forcément. En plus, on était vraiment, vraiment lookés. On était sapés en permanence. Mais en même temps, ça faisait partie du truc. En même temps, je connaissais des mecs à fond dans le garage 60s qui se sapaient encore plus que nous. Je me souviens de mes fringues d'époque ; j'avais des boots que j'avais chopées à Londres, en quatre colories différentes - des violettes, des bleues, des rouges, des noires -, avec les chemises qui allaient avec, la veste assortie, le foulard, enfin tu vois. La plupart des groupes d'époque était sapés. Même dans le public, à part peut être les étudiants baba-cool, tout le monde était looké. Je me souviens d'un bar qui s'appelait le Be-Bop, et à l'intérieur c'était un défilé de mode quoi, les mecs avaient tous des looks assez incroyables.

C'était des looks que vous pompiez à d'autres groupes ?

Au départ ouais, on s'est influencé de trucs, mais très, très vite, on s'est trouvé nos propres fringues. Les uniformes, ça ne s'achetait pas dans les magasins. La « tenue punk », c'est un fantasme, ça n'a jamais existé. Te choper une paire de creepers à Londres, c'est le maxi que tu pouvais espérer. Donc on se fringuait avec des manteaux en plastique dans des tailles ridiculement grandes ou des manteaux de fourrures.

Tu peux me raconter l'histoire derrière la légende de ta chemise, là ?

Ah ouais, celle des Trans. Ben en fait, ma grand mère m'avait filé une chemise hyper classe, blanche, en soie, que je devais garder pour jouer aux Trans. Je l'ai comme il se doit déchiquetée sur scène, et j'ai gardé une manche je crois, que j'ai accrochée au mur de ma chambre pendant genre, dix ans. À la fin elle était marron, horrible, et j'ai fini par la balancer.

C'est chelou, tu portais la chemise de ta grand mère alors que tu passais des heures à te peigner et choisir tes fringues.

Ouais, mais c'était un truc qui me tenait à coeur, tu vois.

Ça devait être assez cool Rennes à l'époque.

Ouais, c'était un peu différent, parce que tout le monde allait dans les mêmes endroits. C'était pas « chacun sa chapelle », c'était vraiment un petit monde à part où tous les jeunes se rencontraient. Après il y avait aussi des étudiants hippies ou des « jeunes gens modernes », qui restaient dans leur coin, mais bon, tu vois quoi.

Il y avait déjà de la dope ici ?

Ouais, quelques trucs, mais c'était pas super répandu. Il y avait quelques mecs qui se cartonnaient à l'héro, mais vraiment pas beaucoup. C'était les débuts de la coke, mais elle était hors de prix : ça valait 1000 balles le gramme. Tu vois moi, à l'époque j'étais TUC [une sorte de stagiaire à mi-temps, NDLR], du coup ça équivalait à un mois de salaire. Évidemment, on fumait tous des pétards. Après, j'avais un toubib, il me pardonnera, il s'appelait docteur Roch, qui me filait des ordonnances d'amphèts en me disant « j'en donne bien aux cyclistes... »

Il me semble que l'héro, ça a pas été un truc hyper joyeux pour le groupe.

C'est notamment une des raisons pour lesquelles j'avais arrêté le groupe. J'en ai pris un peu moi aussi, sur la fin. J'avais fait un espèce d'antagonisme, de rejet du truc, je ne voulais surtout pas en entendre parler. Et finalement c'est à la fin du groupe que je m'y suis mis, complètement con. Mais ouais, il y a eu une bonne hécatombe, faut bien le reconnaître. C'était pas non plus la capitale, c'était plus dur à Bordeaux, ou Montpellier.

T'as fini par jouer avec les Stooges, alors ?

Ouais, et c'était assez monstrueux. Mais plus que le concert, ce qui était hallucinant tu vois, c'était plus la répète la veille, dans un local en rase campagne, à coté de Rennes, dans un truc tout petit. T'avais les deux frangins Asheton, pas un effet, rien, une batterie de location, et le son c'était juste Fun House. Et puis, ils étaient hyper cool.

INTERVIEW : LOÏG HASCOAT

PHOTOS PUBLIÉES AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE JOE PINTO MAIA

Si vous êtes en Bretagne ou dans le nord de la France, n'hésitez pas à vous ramener à l'Exposition Rennes 1981 : Galerie DMA, du 8 avril au 8 mai 2011.

Plus de VICE
Chaînes de VICE