Le Luxembourg veut devenir le leader de l’exploitation minière des astéroïdes

Au Luxembourg, une nouvelle loi autorise la distribution de licences permettant aux sociétés minières d’obtenir la propriété des matériaux extraits dans l’espace.
6.6.16

Le PDG d'Amazon, Jeff Bezos, a fait sensation lors de Code Conference la semaine dernière quand il a expliqué qu'il fallait exploiter les ressources spatiales si nous voulions sauver notre planète.

Bezos imagine un futur où « toute l'industrie lourde sera délocalisée dans l'espace, tandis que la Terre demeurera un espace résidentiel. » Même si cette annonce fracassante est, pour le moins, un peu tirée par les cheveux, Bezos n'est pas le seul à vouloir débarrasser la Terre de ses activités industrielles. De nombreuses sociétés, bien décidées à entamer l'exploitation minière des astéroïdes dans un futur proche, ont vu le jour au cours de ces dernières années. Elles convoitent déjà les contrats et les autorisations qui leur permettraient d'extraire des métaux précieux des roches spatiales géantes qui peuplent notre système solaire par milliers.

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Jusqu'à présent, ces initiatives ont été embourbées par des difficultés techniques et par la paperasserie juridique. Après tout, personne ne possède l'espace : les pays ne peuvent donc pas légalement vendre leurs droits d'exploitation spatiale pour en tirer des bénéfices. Le Grand-Duché de Luxembourg, l'un des plus petits pays d'Europe, veut changer tout cela.

En février, le gouvernement du Luxembourg a annoncé son intention de devenir la capitale mondiale de l'exploitation minière des astéroïdes, par l'intermédiaire du programme Space Resources.

Vendredi, le pays a fait un pas de plus vers la réalisation de son projet en annonçant la création d'un nouveau cadre légal qui permettrait aux sociétés minières d'obtenir des droits sur les matériaux récoltés dans l'espace. La loi devrait entrer en vigueur en 2017, le temps que gouvernement réunisse les 200 millions d'euros nécessaires au développement du programme de R&D pressenti.

Selon le communiqué de presse, la nouvelle loi permettra au Luxembourg de produire des licences autorisant l'extraction de matériaux sur les géocroiseurs. Des experts en droit spatial se sont assurés que cette loi serait bien en conformité avec le Traité de l'espace. Bien que cette nouvelle législation ne couvre que les opérations nationales, le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, affirme son intention d'en faire un tremplin vers un accord international « aux bénéfices mutuels » concernant l'exploitation minière d'astéroïdes.

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Cette nouvelle loi est similaire au Space Act américain passé en 2015 suite au lobbying intensif de Planetary Resources. Mais contrairement au Space Act, qui permet aux « citoyens américains de se livrer à l'exploration et à l'exploitation commerciale des ressources spatiales, » le droit luxembourgeois s'applique également aux sociétés étrangères.

Les détracteurs de l'exploitation minière des astéroïdes font valoir qu'autoriser à un citoyen ou à une organisation de devenir propriétaire de matériaux collectés dans l'espace correspond à un acte de souveraineté ; il s'agit donc d'une violation du Traité de l'espace qui interdit explicitement aux pays de s'approprier l'espace pour un usage national.

OSIRIS-Rex, la mission d'exploitation minière spatiale de la NASA. Image: NASA

En dépit des questions épineuses qui consistent à décider qui a le droit d'exploiter l'espace à des fins commerciales, les avantages de l'extraction de fer, de platine, ou de palladium sur les astéroïdes sont multiples. Hormis le fait qu'il s'agit d'un marché susceptible de rapporter des billions de dollars, l'exploitation minière d'astéroïdes pourrait être essentielle à l'exploration future de l'espace. Si nous voulons vraiment construire des colonies sur la Lune et Mars (ce qui n'est pas nécessairement une bonne idée en soi), nous allons avoir besoin de beaucoup de matières premières. Et les extraire dans l'espace sera plus rentable, et plus respectueux de l'environnement, que les extraire sur Terre.

Il reste encore quelques détails techniques (c'est un euphémisme) à régler avant de partir à l'assaut des astéroïdes, mais des projets très sérieux sont déjà en cours. Les deux principaux acteurs de l'industrie en question, Planetary Ressources et Deep Space Industries, ont commencé à tester leurs techniques d'extraction, et selon le ministre de l'économie du Luxembourg, les deux sociétés ont déjà établi des « entités juridiques » dans le pays. Le gouvernement du Luxembourg a déclaré qu'il estimait que l'une de ces entreprises au moins réussirait à lancer une mission de prospection dans les trois prochaines années.