Giuseppe Arcimboldo, sors de ce corps

Comme le célèbre peintre italien, le photographe Klaus Enrique compose des visages avec tout un garde-manger.
28.4.16
Klaus Enrique, Study for a Portrait of Francis Bacon IV, 2016. Images courtesy the artist

Le photographe et sculpteur Klaus Enrique, dont les portraits immédiatement reconnaissables faits d’objets ont été exposés aux côtés d’Andy Warhol, Paul Cézanne ou Francisco de Goya, vient de sortir une nouvelle série, à base de nourriture, cette fois-ci. Son travail reprend celui de Giuseppe Arcimboldo, qui composait des figures humaines à l’aide de fruits et légumes, plantes et fleurs. La série d’Enrique, exposée au Griffin Museum of Photography, à Winchester aux États-Unis, en est d’ailleurs un hommage direct : Arcimboldism.

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Le style emprunté au peintre italien du XVIe siècle est la signature d’Enrique, qui, depuis le milieu des années 2000, a eu l’idée de créer des visages à partir de feuilles, qu’il a vite abandonnée lorsqu’il a réalisé qu’il singeait le travail d’Arcimboldo. Après mûre réflexion, l’artiste américain a compris qu’il pouvait construire sa propre narration à partir de celle de son aîné, sans en être un simple dérivé. « Des recherches ont confirmé qu’Arcimboldo n’a pas été le premier artiste a créer des têtes composées », explique Enrique à The Creators Project. « L’anthropomorphisme, la paréidolie et les processus cognitifs de perception des visages sont aussi vieux que l’humanité. »

Klaus Enrique, Study for a Portrait of Francis Bacon V, 2016

Libre d’explorer les hallucinations faciales qu’il voit dans les objets de la vie quotidienne sous le label Art postcontemporain, Enrique a dessiné des hommes faits de fruits et de racines, des femmes tout en fleurs et légumes, des insectes et des papillons sous les traits de Dark Vador, et d’autres. Chacune de ses créations existe en dehors de la photo, sans trucage (à l’inverse des paréidolies de Lee Griggs ou Adam Pizurny).

« Avant même que je ne découvre le travail d’Arcimboldo j’ai pensé que la photographie serait le médium adéquat pour cette série », continue Enrique. « La peinture a cette capacité inaliénable de créer une fantaisie complètement séparée de la réalité. La photographie balaie cette possibilité mais, en retour, offre une image de la réalité que n’importe quel artiste réaliste accompli peut difficilement atteindre. Cette série ramène la fantaisie à la vie. J’imagine qu’un jour, dans le futur, proche ou pas, qu’un artiste utilisera le génie génétique pour créer une plante vivante qui ressemblerait exactement au Vertumnus d’Arcimboldo. »

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Aujourd’hui, Enrique partage en exclusivité pour The Creators Project quelques-unes de ses nouvelles réalisations en choux, viande crue et araignées :

Klaus Enrique, Study for a Portrait of Francis Bacon I, 2016

Klaus Enrique, Study for a Portrait of Francis Bacon II, 2016

Klaus Enrique, Head of an Owl, 2016

Retrouvez le travail de Klaus Enrique sur son site et Arcimboldism au Griffin Museum of Photography, à Winchester, près de Boston aux États-Unis, jusqu’au 7 juillet.