crime

Une discussion avec le meurtrier de ma fille

Ce type m’a regardée dans les yeux et m'a dit qu’il était désolé. Je ne sais toujours pas si je dois le croire.
15.3.17
Sur la droite, Chris Ochoa, l'homme qui purgeait une peine de prison à vie avant d'être disculpé. (Photo de Robert Gauthier/Los Angeles Times via Getty Images)

Cet article a été publié en collaboration avec le Marshall Project.

La fille de Jeanette Popp, Nancy DePriest, a été assassinée en 1988 à Austin au Texas alors qu'elle travaillait dans un Pizza Hut. Des semaines plus tard, la police a arrêté Christopher Ochoa et Richard Danziger. Ochoa a avoué le meurtre pendant un interrogatoire et a été condamné à la prison à perpétuité, tandis que Danziger a été condamné pour viol.

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Plus de dix ans après les faits, Jeanette Popp a finalement appris que les deux hommes condamnés étaient innocents. Elle a donc décidé de rencontrer l'homme qui a réellement tué sa fille.

J'ai pensé à me suicider le jour où ma fille est morte. Je tenais un pistolet dans mes mains et je cherchais le courage pour le faire. À ce moment-là, ma sœur est arrivée et m'a giflée, avant de me dire : « Tu as vraiment envie que notre mère vive ce que tu es en train de vivre ? »

Je ne pouvais pas lui faire ça.

C'était une affaire délicate, médiatisée. Les gens voulaient un coupable. Notre famille voulait un coupable. Je me souviendrai toujours du procès. Richard Danziger se tenait face à moi. Il prétendait être innocent. Mais pourquoi aurais-je dû le croire ? Je n'avais aucun doute quant au travail de la police, des enquêteurs et du procureur. Je n'avais jamais remis en cause le système judiciaire.

12 ans plus tard, j'étais à mon travail lorsque mon beau-frère m'a appelée pour me dire d'allumer la télévision. Le procureur annonçait aux journalistes qu'ils avaient attrapé les mauvaises personnes Ça a été un choc terrible. Je suis tombée de ma chaise et j'ai pensé : Oh mon Dieu. J'étais totalement livide. Personne ne m'avait prévenue avant de l'annoncer à la télévision. « Qu'est-ce qu'ils foutent ? », ai-je pensé. Le mec a avoué. Ils tiennent les coupables.

Je me suis engueulée au téléphone avec un assistant du procureur, et j'ai ensuite appelé les avocats d'Ochoa et Danziger. Je pense qu'ils s'attendaient à ce que je les insulte, alors que je cherchais simplement la vérité.

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Je me sentais tellement mal.

Je suis allée à la rencontre de Christopher, qui était toujours en prison. Je ne savais pas du tout ce que j'allais lui dire, si ce n'est que j'étais désolée pour ce qui lui arrivait, et à quel point je me sentais mal vis-à-vis de sa mère – car en tant que mère, je sais ce que ça fait. Celle-ci savait qu'il n'était pas capable de tuer.

Le jour de sa libération, je suis restée auprès de sa mère, et lui ai tenu la main. Lorsque le juge a relâché son fils, je me suis écartée afin qu'il puisse profiter d'elle. Nous sommes ensuite tous allés dîner. Christopher a pris un énorme steak recouvert de cheddar. On voyait bien que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas avalé quelque chose de correct. Bien sûr, je lui ai demandé pourquoi il avait avoué. Il m'a expliqué qu'après plusieurs heures d'interrogatoire, sans eau ni nourriture, il avait dit n'importe quoi.

Richard Danziger a été relâché quelques semaines plus tard. Au cours de ses années d'incarcération, il avait été tabassé par d'autres prisonniers, ce qui avait provoqué chez lui une grave lésion cérébrale.  Je ne l'ai jamais rencontré. Il vit désormais sous assistance médicale. D'une certaine manière, il purge une peine à perpétuité.

Le véritable meurtrier de ma fille s'appelle Achim Marino. Il était déjà en prison pour un autre crime. En se tournant vers la religion, il a fini par avouer le meurtre de ma fille. Comme j'avais perdu foi dans le système judiciaire, c'était la seule personne à pouvoir m'offrir la vérité sur ce qu'il s'était passé.

Je me suis donc rendue à la prison dans laquelle il purgeait sa peine. Nous nous sommes assis à une table. Il avait un air un peu terrifiant, avec des tatouages partout. Je lui ai demandé pourquoi il avait tué ma fille, et il m'a expliqué que des voix dans sa tête lui avaient dit qu'il s'agissait d'un sacrifice nécessaire pour qu'elles disparaissent.

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J'ai alors demandé si elles avaient disparu, et il m'a répondu que non. Ma fille avait-elle dit quelque chose avant de mourir ? Il m'a répondu qu'elle avait murmuré : « Pitié, ne me faites pas de mal. » S'était-elle défendue ? Non, selon lui. Elle n'avait jamais su qu'il allait lui tirer dessus.

Il m'a ensuite regardée dans les yeux, puis s'est excusé. Je ne sais pas si je dois y croire.

Il m'a dit qu'il aurait préféré être exécuté plutôt que de passer sa vie en prison. En tant que mère, je ne peux pas tolérer ça. Achim Marino a lui aussi une mère, qui n'est pas responsable de ce qu'il a fait. Se faire enlever son fils, aussi coupable soit-il, n'a rien de bon. J'ai dit aux journalistes que je me refusais de noyer mon chagrin dans le sang d'un homme.

Je me suis rendue sur les marches du tribunal et j'ai expliqué aux gens que je ne souhaitais pas que le meurtrier de ma fille soit exécuté. « Je suis désolée, ai-je dit à Achim Marino, mais je ferai tout pour sauver votre vie. »

Achim Marino a été condamné à la prison à vie en 2002 pour le meurtre de Nancy DePriest. Il est incarcéré au Texas.