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J'ai bossé à la plonge chez IKEA et c'était le pire job de ma vie

Le bac à vaisselle est un véritable calvaire au-dessus duquel les étudiants comme moi se meurent à petit feu.

par Anonymous
08 Février 2016, 8:00am

Bienvenue dans Cuisine Confessions, une rubrique qui infiltre le monde tumultueux de la restauration. Ici, on donne la parole à ceux qui ont des secrets à révéler ou qui veulent simplement nous dire la vérité sur ce qu'il se passe réellement dans les cuisines ou les arrière-cuisines des restaurants. Dans cet épisode, on effectue une incursion dans le quotidien de ceux qui font la plonge chez IKEA et qui doivent passer derrière chaque client – y compris vous.

Rares sont mes amis qui n'ont jamais eu à faire un job alimentaire foireux pendant leurs études. Quand on a besoin d'argent, on commence par se chercher le petit boulot idéal : pas fatiguant, pas trop mal payé et pas prise de tête. Mais on se rend vite compte que c'est mission impossible et on finit par accepter le premier truc qui passe. J'en ai connu certains qui devaient se lever à l'aube le dimanche pour aller se geler dans un champ, d'autres qui passaient tous leurs week-ends à stériliser des châteaux gonflables.

Il n'y a aucune honte à avoir, ce n'est qu'une étape vers l'indépendance – et c'est autant de bonnes anecdotes à raconter à ses enfants plus tard. Mais perso, j'ai tellement vécu l'horreur que je préférerais oublier cette période de ma vie professionnelle.

Jusqu'à l'année dernière, je bossais à mi-temps pour le restaurant d'un IKEA, dans lequel j'étais payé à faire la plonge deux jours par semaine, soit dix-huit heures en tout. Mon calvaire a duré quatre longues années. Il m'est arrivé de faire des journées de dix heures avec une seule petite heure de pause. Ce n'était pas si mal, d'un côté, vu qu'en deux jours j'arrivais à me faire autant de blé que mes autres amis en quatre. En plus, quand le magasin ouvrait le dimanche et que j'étais convoqué, toutes les heures étaient payées double. C'est ce qui m'a fait tenir. C'est notamment pour ces raisons que les étudiants belges considèrent encore c'est un bon plan de bosser chez IKEA. Le seul problème, c'est que quand tu es embauché, tu ne choisis jamais vraiment le département dans lequel tu vas être affecté. En ce qui me concerne : j'ai pioché la plonge.

Le pire truc qui puisse vous arriver, c'est quand vous êtes assigné au récurage : votre calvaire ne s'arrêtera que quand vous aurez fini de gratter les grandes planchas qui servent à faire cuire tous les aliments.

La salle dans laquelle on lave la vaisselle est probablement l'endroit le plus déprimant de tout IKEA. Il y a bien cette petite fenêtre au-dessus de l'évier par laquelle on pourrait regarder à l'extérieur, mais elle a été installée trop haute sur le mur – on finit vite par oublier que dehors, il existe un monde dépourvu d'assiettes sales, un monde dépourvu de restes de repas en décomposition. La seule chose sur laquelle on peut fixer son regard est le carrelage blanc qui recouvre toute la pièce et plus la journée, plus il se recouvre d'éclaboussures et de petits morceaux d'aliments divers.

À la plonge d'IKEA, les gens travaillent à la chaîne et en équipe. Chaque personne a une fonction bien précise qu'elle répétera machinalement toute la journée. Celui qui est au début de la chaîne doit desservir les centaines de plateaux avant de les placer sur un tapis roulant. C'est le job le plus solitaire de tous parce qu'il y a un mur qui vous sépare des autres employés. Une fois que les plateaux passent dans la pièce d'à côté, ils sont décomposés : quelqu'un prend les verres, un autre attrape les assiettes, les suivants les bols, etc. Et c'est une sorte d'aimant géant qui se charge des couverts : il les attire et les relâche dans un évier plein d'eau chaude. En même temps que l'on fait tout ça, il faut garder un œil sur le niveau des poubelles – personne ne veut avoir à s'occuper d'une poubelle qui a débordé ou qui a craqué. Le job demande donc d'être concentré non-stop tout en gardant une certaine cadence car le tapis, lui, ne s'arrête jamais.

Le pire truc qui puisse vous arriver, c'est quand vous êtes assigné au récurage : votre calvaire ne s'arrêtera que quand vous aurez fini de gratter les grandes planchas qui servent à faire cuire tous les aliments. Le temps de récurage de chaque plancha est minuté : 60 secondes, même si la plancha en question est recouverte de bouts d'aliments cramés. La plancha qui sert à faire dorer des patates est plutôt OK, mais celle qui sert à faire griller les filets de saumon, c'est un enfer : il faut la récurer avec de l'eau très chaude et la vapeur qui se dégage de l'évier rend l'atmosphère carrément irrespirable.

Si seulement on pouvait taper la discute avec les collègues en même temps que l'on plonge, cela rendrait le travail un peu moins pénible. Mais c'est impossible à cause du bruit assourdissant des lave-vaisselles et du tapis roulant. À vrai dire, on a même du mal à s'entendre penser avec tout ce bruit, alors papoter, vous imaginez. C'est dommage parce qu'il y a des haut-parleurs dans la salle de plonge mais on n'a jamais entendu aucune musique en sortir. Au bout d'un moment, je devenais un peu fou et j'avais pris l'habitude de chanter super-fort pour tenter de masquer le bruit des machines. Effort vain : mes collègues n'ont tout simplement jamais su si je chantais bien ou pas, vu qu'ils ne m'entendaient pas.

Quand j'ai commencé ce job, j'aimais bien faire un peu le con pour tuer le temps : j'étais toujours à l'origine des bastons de bouffe, avec le jet d'eau du robinet ou à base de vieux restes pourris (les boulettes de viande suédoises sont parfaitement calibrées pour servir de projectiles, au passage). Mais bizarrement, je ne faisais rire personne. J'ai vite arrêté les plaisanteries vu que ça rendait mon job deux fois plus dur, à cause du putain de tapis roulant qui ne s'arrêtait jamais.

Au final, la seule échappatoire que les gens comme moi trouvent à ce job de merde, c'est de fumer de la weed. Quand j'arrivais au boulot, la moitié des gens de la plonge étaient déjà tous bien défoncés. Il faut dire que quand tu fais la vaisselle, le fait d'avoir le regard vitreux et de réfléchir à deux à l'heure ne constitue pas un trop grand handicap. Du coup, il m'arrivait souvent de faire la teuf toute la nuit et d'enchaîner sur ma journée à IKEA. Je m'envoyais quelques traces de speed avant d'aller au boulot et cela me permettait de tenir machinalement le travail répétitif de ma journée de travail. Bon par contre, c'était une routine un peu destructive, j'avoue.

Car ce n'est pas un job fait pour les humains, c'est un job conçu pour être fait par des machines. Le problème, c'est que les robots spécial plonge n'ont pas encore été inventé et que donc, pour les remplacer, on fait appel à de la main d'œuvre humaine. La seule raison pour laquelle j'ai tenu le coup, c'est parce que je ne faisais ça que deux jours par semaine – et le reste de la semaine, je me la coulais douce à la fac. Encore aujourd'hui, il m'arrive de repenser à mes anciens collègues qui faisaient ce taff à plein-temps et sincèrement, je n'arrive toujours pas à imaginer l'abîme de souffrance dans lequel ils plongent cinq fois par semaine.

Cet article a été publié à l'origine sur MUNCHIES NL.