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Le joueur de Ligue 1 VICE Sports du weekend : Rodéric Filippi

Le boucher-capitaine du Gazélec Ajaccio est le meilleur joueur de district qu'on n'ait jamais vu en Ligue 1.

Ah, Rodéric. Roddy. Roduche. La nouvelle coqueluche de la Ligue 1. Le récipiendaire annoncé du ballon d'eau fraîche des Cahiers du foot. Il a encore fait des merveilles ce weekend le défenseur du Gazélec, malgré un menton presque glabre, dépourvu de sa barbe devenue marque de fabrique. Deux buts, un de chaque côté du terrain (mais dans la même mi-temps), dans une victoire rageuse, la première en Ligue 1 de l'histoire du Gaz'. Et face aux chouchous de tout le monde en ce début de saison, l'OGC Nice.

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Le premier est un csc des familles, parfaitement exécuté dans sa balourdise. Un cauchemar de défenseur central qui court vers son but. Mais dans un scénario footballistique qui a fait ses preuves, celui du fautif qui se fait justice lui-même, Rodéric est allé placer un gros coup de boule dans la surface adverse pour le but du 2-1. Après cela, il s'est même risqué à un salto, réussi sur le fil. On applaudit la perf'.

Quand on t'a vu pour la première fois Rodéric, c'était le 16 août dernier. Tu foulais la pelouse du Parc des Princes un dimanche soir, toi, ta barbe de bûcheron de l'Ontario, ton physique moyenâgeux, et on a tout de suite su que la Ligue 1 ne serait plus jamais la même. En bon stoppeur bourrin, à base de tacles sanguinolents et de dégagements systématiques, tu étais l'incarnation parfaite du footballeur du dimanche, du jeu de l'autre côté de la main courante, où la technique c'est pour les faibles, où seul importe l'engagement et les coups d'épaule. Parce que les pieds carrés c'est plus facile pour dégager. Le meilleur footballeur de district jouait en Ligue 1, et s'appelait Rodéric Filippi.

Après, on a lu ton interview chez So Foot, on t'a vu sur Canal. Tu y confirmais tout ce qu'on avait cru comprendre en te voyant sur le terrain. Ton hygiène de vie approximative, plus Quick et whisky-coca que quinoa et graines germées, on l'avait captée à cause de cette gueule de mec qui a l'air constamment dans le mal, comme si on t'avait obligé à aller jouer au foot un dimanche de gueule de bois. Tes « briques à la place des pieds », évidemment qu'on les avait vues, comme ton « esprit de compétiteur ». Même ta passion pour les poids lourds était déductible, vu le camtar que t'avais accroché au cul sur ce débordement de Lucas Moura.

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On y apprenait que le football n'avait rien d'une passion pour toi, que tu ne connaissais pas la moitié de l'équipe du PSG. Que tu pouvais sortir des punchlines qui claquaient comme des tacles à la carotide. Sur sofoot.com : « Un autographe, ça reste un putain de gribouillis sur une feuille, et puis on est des footballeurs, on n'a pas sauvé la planète, hein. Pour moi, c'est comme si demain j'arrive chez mon boulanger et je lui dis : "Putain, vous faites vraiment bien le pain, vous pouvez me signer un autographe, svp ?" ». Dans L'Equipe : « Les autres sont beaux avec leur Mercedes ou leur Audi, mais il y a deux jours, quand un coéquipier a acheté une grosse télé, il était bien content que j'aie mon Kangoo. » Bref, un rêve de fan de foot à papa.

Personne ne représente aussi bien le Gazélec que toi, normal que tu aies le brassard. Cet assemblage de joueurs qui sentent bon les années 90, avec des noms qui n'auraient pas dépareillés aux côtés des Sachy, Quint ou Deblock du Sedan de la grande époque. Pujol, Lemoigne, Ducourtioux, Maury, Coeff : des joueurs de devoir. Et puis Jérémie Bréchet, ton associé de la défense centrale. Vous formez un assemblage incohérent mais qui fonctionne, comme Depardieu et Pierre Richard dans Les Compères.

Wikipédia définit d'ailleurs le buddy movie comme « un genre cinématographique qui consiste à placer dans l'intrigue principale d'un film deux héros très différents, souvent aux antipodes l'un de l'autre, qui doivent travailler ensemble, ce qui provoque entre eux des problèmes de communication. Malgré tout, ils finiront par s'entendre et s'apprécier. » On adorerait en voir un où Rodéric Filippi et Jérémie Bréchet vagabonderaient dans Ajaccio, avec plein de clichés type L'Enquête corse. Filippi le bon vivant apprendrait à Bréchet à se péter la panse au figatelli et au brocciu pendant que Bréchet le premier de la classe lui enseignerait les bonnes manières et les vertus de la bienséance. Même si on a la carte UGC, on paierait pour voir ça. C'est d'ailleurs un peu ce qu'on voit les weekends où tu n'es pas suspendu.

On a appris aujourd'hui de l'OMS que manger de la charcut' et de la viande rouge augmentait les risques de cancers du côlon. Pourtant, pour ses saucisses dégagées depuis sa surface de réparation, pour les attaquants qu'il découpe grossièrement tel un boucher des Deux-Sèvres, pour les tripes, pour le sang, pour la carne, Rodéric Filippi est le joueur VICE Sports du weekend. Tant pis pour le cancer.

Adrien est sur Twitter.