Si, par malheur, quelqu'un est témoin de votre opération de sauvetage, il vous suffit de crier : « ÇA FAIT PAS CINQ SECONDES DONC C'EST BON ! » ou une variante « J'AI SOUFFLÉ DESSUS DONC C'EST BON ! ». Au mieux, ça vous évitera de passer pour un sagouin. Au pire, tout le monde saura que ça ne sert à rien de discuter avec vous. Vous le savez vous-même, « règle des cinq secondes » ou pas, cette tranche de saucisson pleine de particules suspectes n'aurait jamais dû finir dans votre bouche.En 2015, une organisation australienne s'était déjà mobilisée contre cette règle des cinq secondes « sanitaires ». Leur conseil était simple : arrêtez de bouffer ce que vous ramassez, surtout s'il s'agit d'un aliment humide et d'une surface louche. Aujourd'hui, c'est un groupe de chercheurs de l'Université Rutgers qui tente de démontrer – à l'aide d'une méthodologie scientifique – l'absurdité de la règle des cinq secondes.LIRE AUSSI : La science veut vous apprendre à tenir votre « mug » correctement
Photo via Flickr user Waferboard.Il y a plusieurs années, des collègues de l'Université d'Aston au Royaume-Uni ont publié un communiqué de presse à propos d'une étude qu'ils avaient fait sur le sujet. Comme je fais moi-même des recherches sur les contaminations croisées, cette publication m'intéressait. J'ai été très frustré de réaliser qu'aucun article approuvé par un comité scientifique n'avait été publié. Tout ce que cette université pouvait communiquer, c'était une présentation en PowerPoint
Leurs différentes expériences montrent formellement que la contamination croisée peut arriver en moins d'une seconde. Vous avez peut-être de très bons genoux, mais personne ne peut être aussi rapide.Pour définitivement mettre fin au mythe de la « règle des cinq secondes », les chercheurs ont testé quatre aliments sur quatre types de surface et sur des quatre durées différentes : 128 scenarii répétés 20 fois. Pastèque sur tapis, tartine beurrée sur carrelage, bonbons en gélatine sur parquet, pain sec sur inox, et caetera. Pendant une seconde, cinq secondes, trente secondes et trois cents secondes. Après plus de 2 500 expériences, ils ont pu observer à quelle vitesse l'Enterobactor aerogenes – un cousin de la salmonelle – allait se transférer du sol aux aliments.Les résultats confirment ce que l'on savait tous déjà sans se l'avouer : les bactéries au sol sautent rapidement sur les aliments, surtout ceux qui sont humides. Méfiez-vous donc de la pastèque comme de la peste. Un peu moins des oursons en gélatine.
Photo via Flickr user IrishFireside.Le transfert de bactéries d'une surface à un aliment se trouve surtout affecté par l'humidité
Le Dr Schaffner explique cette étrange conclusion : « la topographie de la surface du sol et de l'aliment joue un rôle important dans le transfert bactériologique. » Réjouissez-vous : les creux et les bosses des fibres du tapis permettraient de ralentir l'attaque des micro-organismes sur vos chips.Mais ce n'est toujours pas une raison pour recycler dans votre système digestif les restes d'apéro que vous risquez de retrouver sur votre kilim.Schaffner reste réaliste : « Je ne pense pas que les gens vont tous changer leur comportement mais je reste convaincu que nous avons fait une belle contribution scientifique avec cet article. Peut-être que maintenant les gens vont quand même y réfléchir à deux fois avant de ramasser de la nourriture pour la manger. »C'est ce qu'on va voiLLIRE AUSSI : La science dit que c'est plus stressant d'être serveur que neurochirurgien