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On a demandé à des gens de nous avouer les plus gros mensonges qu’ils avaient foutus dans leur CV

Faux diplômes et expériences inventées : des Français nous racontent pourquoi mentir est le meilleur moyen d'obtenir un job.

Photo d'Alan Cleaver via Flickr

Il est toujours difficile d'obtenir un job quand vous êtes en concurrence avec des dizaines de personnes qui ont à peu près les mêmes expériences et diplômes que vous. Ça paraît d'autant plus vain si l'on rajoute l'équation ubuesque caractéristique du marché de l'emploi : il vous faut avoir de l'expérience pour trouver un job, job qui vous fera gagner en expérience.

Pour ma part, j'en ai eu marre de perdre mon temps à envoyer des CV honnêtes et des lettres de motivation à des recruteurs. Me retrouver seul face au silence désespérant du monde de l'emploi m'a épuisé – c'est pour cela que j'ai choisi de devenir free-lance, d'ailleurs.

Heureusement, certains sont beaucoup plus à l'aise avec le mensonge que moi et, afin de se faire voir sous un jour plus favorable que les autres, sont prêts à mentir sur leur CV, et ce en dépit des risques encourus – lourdes amendes et possibles peines d'emprisonnement. D'après le cabinet de conseil en recrutement Florian Mantione, 75 % des CV aujourd'hui seraient « trompeurs ». Ce sont les commerciaux qui arrivent en tête du palmarès des menteurs, devant les managers. « L'élite » hexagonale ne fait pas exception : les Bogdanov, Gilles Bernheim ou encore Rachid Dati ont été épinglés pour avoir plus ou moins bidonné leur CV.

Du gros mensonge sans aucun fondement à l'innocent arrangement avec la réalité, j'ai demandé à différentes personnes pourquoi elles avaient menti dans leur CV et si ça leur avait permis de décrocher un boulot.

Roger*, 24 ans

Salut Roger. À propos de quoi as-tu déjà menti sur ton CV ?
J'ai menti en disant que j'avais le bac – alors que c'est totalement faux. Je l'ai raté deux fois et j'ai fini par me dire que, de toute façon, ça ne me servait à rien de l'avoir. J'ai scanné le diplôme de mon frère, je l'ai ouvert sur Photoshop et j'ai mis mon prénom et mon numéro d'étudiant à la place des siens.

Ça t'a permis d'être embauché quelque part ?
Pas vraiment, mais ça m'a été utile dans le sens où j'ai pu reprendre mes études et m'inscrire en école de commerce derrière. Après avoir raté mon bac, j'avais tout arrêté. Du coup, je me suis inscrit directement en master, je n'ai pas eu à faire de licence – puisque j'avais photoshoppé le diplôme aussi.

Et personne n'a jamais rien grillé ?
Non. Quand j'ai repris mes études, j'ai dû remettre le diplôme en main propre à mon nouveau directeur. Il n'a rien vu.

Tu n'as pas peur de ce qui pourrait t'arriver si jamais on te chopait ?
Non, j'ai regardé brièvement ce que j'encoure, et ça me fait rire. De toute façon, j'aurai bientôt mon M2. À ce moment-là, je pourrai dire que je n'ai jamais eu mon bac – ça prouvera qu'on peut aller loin en sachant utiliser Photoshop, plutôt qu'en apprenant des choses dont on ne se souviendra plus deux mois après les avoir entendues.

Lucas*, 28 ans

Bonjour Lucas. C'était quoi ton mensonge ?
Je m'étais inventé une expérience de barman. Puisque j'étais banquier, je n'avais de l'expérience que dans ce secteur et je voulais bosser pendant mon année sabbatique à Londres. Je me suis dit que c'était plus facile de mentir pour trouver un emploi dans un pub anglais.

Ça a fonctionné ?
Oui, bien sûr. Mes employeurs ne se sont pas fait chier à vérifier. Ils m'ont demandé de faire deux jours d'essai. C'était à moi de prouver ce que je savais faire. Après, je n'avais jamais exercé ce métier, donc ça se voyait que je ne savais pas remplir convenablement une pinte de bière – mais comme j'étais motivé, c'est passé.

Tu as menti depuis ?
Non ! C'était il y a cinq ans. Depuis, j'ai quitté Londres pour retrouver ma vie d'avant. Au moins, j'ai une vraie expérience de barman sur mon CV maintenant. Par contre, je n'aurais jamais fait ça en France.

Ah ouais ? Pourquoi ?
Parce que je considérais ça comme un job d'été. Si tu mens, ce n'est pas trop grave – barman, c'est un métier qui s'apprend sur le tas. De plus, je savais que je n'étais que de passage.

Photo de Marcos Ojeda via Flickr

Marion*, 24 ans

Salut Marion. Tu peux m'expliquer en quoi consistait ton mensonge ?
J'ai dit que j'avais déjà travaillé en tant que réceptionniste, ce qui n'était pas vrai. J'ai aussi dit que j'avais fait des études dans la réception, alors que tout ce que j'avais fait se limitait à de la restauration basique.

As-tu décroché un job grâce à ton mensonge ?
Oui. J'étais au Royaume-Uni. On devait être une vingtaine sur le job, et le fait d'être Française a facilité les choses. Les Britanniques considèrent souvent les Français comme étant plus chaleureux que les « locaux ».

Tes employeurs ne t'ont pas demandé tes diplômes ?
Non, jamais. J'avais déjà effectué plusieurs stages, donc je possédais quelques notions en la matière. Après, c'est sûr que je n'étais pas la meilleure ou la plus performante, mais ça m'a permis de me sortir d'une situation assez compliquée. En fait, c'est vraiment par détresse que j'ai menti.

Harry*, 25 ans

Salut Harry. As-tu déjà menti sur ton CV ?
Absolument. J'ai toujours voulu bosser dans la restauration, mais je n'avais aucune expérience. Il a fallu que je mente sur mon CV en écrivant que j'avais travaillé auprès de ma famille – qui, elle, bosse dans ce secteur-là. J'ai dit que j'avais travaillé dans des grands hôtels du sud de la France.

Des grands hôtels ?
Oui, comme un 4 étoiles à Cannes. J'ai dit que j'avais travaillé là-bas pendant plusieurs mois en tant que chef de rang. J'ai aussi menti en prétendant avoir fait un an en tant que plagiste. Au total, je devais avoir quatre emplois que je n'avais jamais exercés sur mon CV.

Tes mensonges t'ont permis d'accéder au monde de la restauration mais, au début, tes employeurs ont dû griller que tu n'y connaissais rien, non ?
Ils ont vu que j'étais nul, en effet. Mais j'ai montré une « passion » dans ce que je faisais et derrière, ils m'ont accordé leur confiance. J'ai pu découvrir le milieu et acquérir de l'expérience.

J'imagine que tu conseillerais aux gens de mentir eux aussi sur leur CV.
Absolument.

Adèle, 23 ans

Salut Adèle. En quoi consistait ton mensonge ?
J'ai mis sur mon CV que j'avais bossé pendant deux mois dans un supermarché l'été – ce qui était faux.

Pourquoi un supermarché ?
Je pensais que ça me permettrait de trouver du boulot plus facilement. Je voulais simplement avoir un job dans la grande distribution.

Tu as été embauchée grâce à ça ?
Même pas.

* Tous les prénoms ont été changés

Robin est sur Twitter et son site.