Crime

Les organisateurs des JO ne peuvent plus exclure les manifestants des sites olympiques

Cette décision prise par un tribunal brésilien intervient à un moment de forte tension politique au Brésil, alors que les efforts pour destituer de manière permanente la présidente Dilma Rousseff, suspendue de ses fonctions, arrivent à leur apogée.
10 août 2016, 9:18am
Des supporters brandissent des banderoles "Temer Dehors" avant un match de football féminin entre le Brésil et la Suède, dans le Stade Olympique de Rio. (Photo de Leo Corre/AP Images)

Un tribunal brésilien a interdit le comité d'organisation des Jeux olympiques de Rio d'exclure les spectateurs qui manifestent pacifiquement à l'intérieur des sites olympiques.

La décision intervient à un moment de forte tension politique au Brésil, alors que les efforts pour destituer de manière permanente la présidente Dilma Rousseff, suspendue de ses fonctions, arrivent à leur apogée. De leur côté, les partisans de la présidente assurent qu'elle est victime d'un coup d'État voilé.

Cette tension politique s'était déjà exprimée en amont des Jeux, notamment sur le parcours de la flamme olympique qui a été émaillé de nombreuses manifestations.

La cérémonie d'ouverture dans le stade Maracaná vendredi dernier avait aussi été marquée par des huées à l'attention du président intérimaire Michel Temer, qui remplace Rousseff depuis sa suspension survenue en mai.

Depuis le début des Jeux, plusieurs manifestants ont aussi protesté au sein même des sites olympiques, notamment dans les tribunes.

Sur une vidéo, on peut voir des soldats qui expulsent un supporter lors d'une compétition de tir à l'arc. Relayée sur les réseaux sociaux, la vidéo a déclenché une petite tempête médiatique.

Le supporter — qui serait un géophysicien de 40 ans — aurait d'abord attiré l'attention en portant une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Fora Temer », ou « Temer dehors ». Selon le site brésilien Zero Hora, la police l'a fait sortir après que la foule a commencé à scander le slogan.

La police militaire a aussi expulsé un groupe de supportrices lors du match féminin de football opposant la France aux États-Unis. Celles-ci portaient des t-shirts qui arboraient le slogan « Fora Temer ».

Un supporter est exclu du Sambodrome par la police pendant une compétition de tir à l'arc à Rio de Janeiro pour avoir prétendument manifesté contre le président intérimaire Michel Temer. (Vidéo via Youtube).

Le comité olympique avait justifié ces expulsions dans une déclaration publiée ce lundi, dans laquelle les organisateurs indiquaient simplement appliquer l'interdiction de « la propagande politique, religieuse ou raciale dans tout site olympique » — une disposition prévue par la Charte internationale olympique.

Cependant, des procureurs fédéraux ont persuadé avec succès le juge João Augusto Carneiro Araújo qu'exclure des manifestants pacifiques est une attaque contre la liberté d'expression.

La décision du tribunal, qui a été publiée ce lundi et qui prend effet immédiatement, cite spécifiquement le droit de porter des banderoles ou d'utiliser des t-shirts avec un message politique. Elle établit une amende de 10 000 reais (2 852 euros environ) pour chaque violation de cette décision.

Cependant, la bataille n'est pas terminée.

« Nous respecterons la décision, mais nous avons le droit de faire appel et c'est ce que nous allons faire », a déclaré aux journalistes mardi Mario Andrada, le directeur des communications du comité. « Les Jeux Olympiques ne sont pas un endroit pour ce genre de manifestations. »

Pendant ce temps, la tension politique pourrait s'intensifier encore plus cette semaine. Le Sénat a voté ce mardi soir en faveur d'un procès en destitution contre Dilma Rousseff, accusée d'avoir caché les déficits du gouvernement derrière des magouilles comptables. Le procès devrait se tenir autour du 25 août.


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