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Crime

Les singes en captivité sont-ils des esclaves ?

Les cas d’Hercules et Leo, deux chimpanzés — propriétés d’une université de l’État de New-York — pourraient changer les droits accordés aux animaux.

par Arijeta Lajka
02 Juin 2015, 7:50am

Photo par Brandon Wade/AP

Un avocat a demandé la libération de deux chimpanzés, propriétés de la State University of New York (SUNY). Pour l'avocat en charge de l'affaire, les deux singes sont victimes de « détention illégale » et a comparé leur captivité à de l'esclavage, fin mai, devant un tribunal de Manhattan, aux États-Unis.

« Nous avons connu une histoire semblable pendant des centaines d'années, disant que les Noirs ne faisaient pas partie de la société et qu'il était possible de les réduire en esclaves. Ce n'était pas juste. Cela n'a pas fonctionné, » a déclaré Steven Wise, le président du Nonhuman Rights Project (NhRP), face à Barbara Jaffe, juge de la cour suprême new-yorkaise, devant une salle d'audience bondée.

En avril, des avocats associés avec le NhRP ont fait brièvement parler d'eux, lorsque Barbara Jaffe a délivré une ordonnance d'habeas corpus — un ordre juridique généralement utilisé quand un être humain remet en cause la légalité de son emprisonnement — pour deux chimpanzés de 8 ans, Hercules et Leo. Ils vivent en captivité sur le Stony Brook campus de la SUNY à Long Island. Jaffe avait finalement annulé l'ordre 48 heures plus tard.

Wise a expliqué ce mercredi que les singes sont « des êtres autonomes… Ils sont conscients de leur existence… Ils peuvent comprendre ce que les autres pensent, » rapporte le New York Post.

« Condamner arbitrairement un être autonome à une vie d'esclave pourrait éroder les droits que, nous humains, pensions avoir, » a déclaré Wise.

Hercules et Leo n'ont pas assisté à l'audience. Christopher Coulston, un représentant de l'université, était présent afin d'expliquer pourquoi il est légal pour l'école de retenir les primates en captivité.

« La réalité est que nous sommes deux espèces totalement différentes. Ils n'ont pas les capacités de prendre part à la société humaine, » se défend Coulston, en réponse à l'accusation d'esclavage lancée par Wise, selon le Post.

Si le procès ne délivre pas le statut de personne légale aux singes, il devrait néanmoins permettre de régler certains manquements du droit des animaux. Jaffe doit rendre sa décision dans les prochaines semaines.

Le NhRP, qui compte la célèbre spécialiste des chimpanzés, Jane Goodall, comme membre de son conseil de direction, cherche à modifier le statut légal des animaux au système cognitif développé, comme les éléphants, les chimpanzés, les baleines, et les dauphins. Les avocats de l'organisation essayent de faire libérer les singes pour qu'ils soient transférés dans une réserve de Floride, Save the Chimps, où ils pourraient déambuler librement.

« Aujourd'hui, les animaux non-humains n'ont aucun droit, ils sont considérés comme des biens légaux, » explique Natalie Prosin, la directrice du NhRP, à VICE News dans un email. Elle précise que l'affaire de l'université de SUNY et deux autres cas présentés à New-York, sont les premiers portés devant des tribunaux de droit commun, où il est demandé de « donner aux animaux non-humains une personnalité juridique qui leur garantisse un droit à la liberté que nous devrions tous pouvoir réclamer. »

Des études ont montré que les niveaux de performances cognitives des chimpanzés prouvent qu'il s'agit d'animaux doués d'intelligence, d'imagination et conscients de leur existence. Les chimpanzés peuvent vivre une cinquantaine d'années, et on en a vu qui portaient le deuil de leurs congénères. En avril, un chimpanzé dans un zoo hollandais a utilisé un bâton pour faire tomber une caméra attachée à un drone. Des images montrent le singe se saisir de l'appareil et le retourner comme s'il voulait prendre un selfie.

« Ils font vraiment preuve de toute une gamme d'émotion que vous pouvez retrouver chez les humains, » explique à VICE News, Molly Polidoroff, la responsable de Save The Chimps. « Que ce soit du chagrin, de la joie ou de la peine. On propose des activités d'enrichissement pour les chimpanzés, et leur réaction est de la pure joie. »

Les singes qui ont été élevés en captivité n'ont pas les instincts nécessaires pour survivre dans la nature, ils doivent être gardés dans des refuges.

La réserve Save the Chimps accueille des chimpanzés de laboratoire, d'autres qui étaient des animaux de compagnie, ou utilisés dans des films ou des publicités. L'organisation s'occupe de 255 chimpanzés répartis sur 12 îles de 3 hectares chacune. Les singes reçoivent 3 repas par jour composés de fruits frais et de légumes. Ils sont aussi présentés aux autres familles de chimpanzés et vivent en groupe.

« L'avantage principal est de pouvoir apprécier la liberté à nouveau, » explique Polidoroff. « Ils sont dans un environnement très proche de ce qu'ils auraient pu connaître en termes de communautés de chimpanzés présentes dans la réserve. »

Le NHRP a aussi intenté une action en justice pour un autre singe, Tommy, qu'ils veulent faire libérer d'une « petite cage en ciment, humide, gardée dans un cabanon » à Gloversville, dans l'État de New-York. Une autre affaire concerne, Kiko, un chimpanzé gardé dans une maison de Niagara Falls.

Le National Institute of Health (NIH), l'agence américaine gouvernementale responsable de la recherche bio-médicale et relative aux questions de santé, a assuré en 2013 que la majorité des 310 chimpanzés de laboratoire seraient libérés et envoyés dans des réserves. Courant février, seulement 6 avaient pu partir.

Selon Polidoroff, le travail du NhRP pourrait permettre de libérer d'autres chimpanzés gardés en captivité. D'autres libérations mettraient au défi les capacités d'accueil des réserves. « Cela nous encouragerait à nous assurer que l'on a les capacités d'aider d'autres chimpanzés, » explique-t-elle.

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