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Crime

Les gangs ennemis de Baltimore disent que la police ment quand elle explique qu’ils s’unissent pour la tuer

Bloods and Crips confirment s’être unis pour protester pacifiquement après la mort de Freddie Gray. La police les accuse de vouloir l'attaquer et attiser la violence, mais les gangs balaient ces accusations.

par Colleen Curry
29 Avril 2015, 10:55am

Photo via Twitter

Des membres de gangs de Baltimore, réunis lundi soir lors d'une réunion communautaire, ont qualifié de mensonge les déclarations de la police, selon lesquelles ces gangs font alliance pour « descendre » des policiers ou attiser la violence pendant l'actuelle vague de protestation qui touche la ville.

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Le déclencheur de ces émeutes est la mort de Freddie Gray, un homme noir de 25 ans, décédé des suites d'une fracture des cervicales, après que celui-ci a été arrêté par la police, le 12 avril dernier. Lors d'une réunion et d'une conférence de presse tenue dans l'église baptiste de New Shiloh — le quartier général de certains manifestants — l'avocat qui représente la famille de Freddie Gray, Bill Murphy, a désigné un groupe de jeunes adultes qu'il décrit comme des membres de gangs, et a dit que ces personnes étaient présentes pour dissiper les rumeurs affirmant qu'elles cherchaient à tuer des policiers. « C'est une fausse alerte concoctée pour diviser encore plus la ville, » a déclaré Bill Murphy.

Plus tard, un groupe de personnes se présentant comme membres de Bloods et des Crips, deux gangs rivaux de Baltimore, a déclaré aux médias qu'ils étaient habitués à être présentés sous des faux traits, comme des malfrats violents, et qu'ils tentaient en réalité d'apaiser la violence lors des manifestations.

Plus tôt ce lundi, la police de Baltimore a publié un communiqué accusant les Bloods, les Crips et un troisième gang, la Black Guerrilla Family (BGF) d'avoir conclu un pacte afin de tuer des policiers. Le communiqué précisait que les forces de l'ordre avaient été averties et placées en alerte.

Les personnes présentes lundi soir et décrites comme des membres de gangs n'ont pas donné leurs noms et fuyaient du regard les caméras qui les filmaient, mais approuvaient par des signes de tête les déclarations de Bill Murphy.

Le préfet de police de Baltimore, Anthony Batts, a été interrogé, après la réunion de l'église de New Shiloh, à propos des accusations de la police sur les menaces de gangs. Il a déclaré qu'il ne pensait pas que les émeutes ayant éclaté à Baltimore lundi soient reliées aux gangs. « Je ne pense pas que ce soit lié à l'activité des gangs, » a dit Anthony Batts. « Je pense que c'était l'?"uvre de jeunes qui sortaient de l'école et ont pensé que c'était sympa de jeter des morceaux de parpaings sur la police. »

Anthony Batts a cependant réaffirmé que « les Black Guerrilla Family, les Bloods et les Crips se sont réunis et chaque groupe avait l'intention de tuer, de descendre un policier. » La police de Baltimore, interrogée mardi pour savoir si la menace des gangs était toujours crédible aux yeux des policiers, a déclaré que « jusqu'ici, c'est toujours la même chose, » mais que l'administration travaillait pour publier des informations à jour après les dernières déclarations.

Un autre groupe de personnes se réclamant des Crips et des Bloods a accordé une interview à la chaîne locale WBAL, lundi soi. Le groupe a condamné les accusations de la police dans des termes encore plus forts : « Nous voulons dire aux habitants de Baltimore que l'image qu'ils essaient de donner aux gangs de Baltimore, aux BGF, aux Bloods, aux Crips, nous n'avons pas fait une trêve pour s'attaquer aux policiers. Nous ne nous sommes pas unis contre les policiers. Nous n'allons vous laisser dire ça de nous, » a déclaré un homme vêtu d'un t-shirt à carreaux rouges et d'un chapeau rouge.

Le groupe a affirmé qu'ils essayaient d'apaiser les manifestations de samedi dernier et de lundi. Une photo qui montre des membres des Bloods, des Crips et de Nation of Islam, une organisation noire et musulmane radicale, posant ensemble samedi dernier lors d'une manifestation pacifique est devenu virale samedi soir sur les réseaux sociaux. Certains commentaires sous la photo affirmaient que ces gangs s'unissaient pour descendre des policiers.

« Ils nous décrivent de cette manière depuis si longtemps, » a dit un homme habillé en bleu. « Ce que nous essayons de faire comprendre, c'est que nous venons de différentes factions qui… peuvent s'unir en un seul élément, et être unifiés et pacifiques. Quand un groupe de 30 Bloods se dirige vers un groupe de 30 Crips, et que tout le monde se salue et se serre la main, et que tout le monde se met à prendre des photos, ils disent 'Oh non, maintenant ils s'unissent pour tuer des policiers.' Ils ne vous donnent pas les aspects positifs de ce que nous faisons vraiment dans ces communautés. »

Le groupe a dit qu'ils réclamaient la justice pour Freddie Gray pacifiquement, et que les émeutes ne faisaient que leur donner une mauvaise réputation, bien qu'ils comprennent les frustrations des émeutiers. « Nous avons été dehors toute la journée pour empêcher les gens de piller les magasins, et ils nous ont touchés avec des [grenades de dispersion], ils ont brûlé et déchiré ma chemise, » a déclaré un autre membre d'un gang à la chaîne WBAL. « Mais nous sommes revenus et nous nous sommes tenus les mains, et nous avons marché ensemble, et nous tenons toujours bon. Nous voulons qu'ils arrêtent de nous attaquer pour que nous puissions continuer à vivre nos vies. »

L'homme habillé en rouge a dit que seule une trentaine de membres des gangs étaient présents lors de la manifestation de samedi. « Arrêtez de croire tout ce que vous entendez dans les médias. Si vous n'étiez pas à la manifestation, le jour où nous protestions pour Freddie, vous ne savez pas ce qui s'est réellement passé, » a-t-il déclaré. « Sur les milliers de personnes descendues dans les rues, vous allez me dire que vous nous pointez du doigt parce que nous avons des habits de couleur ? Non, ce n'est pas admissible. »

Suivez Colleen Curry sur Twitter: @currycolleen

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