Culture

« Black Mirror: Bandersnatch » ne représente pas l’avenir de la télé

À l’ère des émissions et films en streaming, on est déjà le héros.
« Black Mirror: Bandersnatch » ne représente pas l’avenir de la télé, mais un microcosme de l’actuel modèle d’affaires de Netflix
Source: Netflix 

L’article original a été publié sur Motherboard.

Black Mirror: Bandersnatch, le film à la manière des livres dont vous êtes le héros, attire à juste titre beaucoup l’attention pour son inventivité et ses ramifications narratives. Peu après sa sortie, les plus grands fans de Black Mirror, notamment sur Reddit, ont entrepris de cartographier toutes les fins possibles, ainsi que les conséquences des choix des téléspectateurs sur la descente vers la folie du jeune programmeur Stefan Butler.

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Si vous ne l’avez toujours pas vu, vous trouverez des centaines de récapitulations et de critiques de Bandersnatch. En bref, le personnage principal, Stefan Butler, programmeur de jeux vidéo, travaille sur un jeu d’aventure intitulé Bandersnatch, basé sur un livre de la série dont vous êtes le héros portant le même titre. En travaillant sur le jeu, il commence à perdre contact avec la réalité et soupçonne qu’il n’a plus la maîtrise de ses propres actions — une des décisions des téléspectateurs le pousse même vers un dénouement dans lequel il découvre qu’il fait partie d’une présentation spéciale de Netflix.

En général, on dit que le créateur de ce film interactif, Charlie Brooker, mérite le respect pour son audace, sa créativité et les possibilités cachées, mais que, somme toute, l’histoire, outre les choix que doit faire le téléspectateur, est un peu trop ennuyeuse. Je suis en grande partie d’accord avec ce consensus. J’ai eu du plaisir à regarder Bandersnatch, mais il ne m’est pas resté en tête, au contraire des meilleurs épisodes de la série Black Mirror.

Bandersnatch reçoit beaucoup d’éloges mérités, car il s’agit d’une nouveauté qui pourrait se multiplier à l’aube de la télé interactive. À bien des égards, cependant, il s’agit d’un microcosme du monde actuel des médias et du divertissement.

Comme jamais auparavant, on a la possibilité de choisir entre des milliers d’émissions de divers chaînes, fournisseurs et services de streaming. Sur YouTube, il est possible de regarder des millions d’émissions réalisées par des millions de personnes de par le monde, sur tous les sujets imaginables. En 2018, à l’échelle mondiale, Netflix avait prévu de présenter 700 émissions et 80 films originaux.

De plus en plus, ces choix de films ou d’émissions sont, non pas le fruit des idées des auteurs ou des producteurs, mais celui de l’analyse des habitudes de consommation des abonnés de Netflix (ou d’autres services). Netflix décide d’acheter une production en partie parce qu’elle a eu du succès dans le passé, mais se base sur les mégadonnées et les habitudes de consommation de ses abonnés pour décider des émissions ou des films originaux qui devraient être réalisés. De plus, les propositions de films et d’émissions étant de plus en plus personnalisés en fonction nos choix, on ne choisit pas seulement ce que l’on regarde un jour donné, mais aussi, simultanément, les types d’émissions et de films qui seront ensuite produits.

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C’est peut-être l’autre conclusion que devrait inspirer Bandersnatch. Comme dans les livres dont vous êtes le héros, on choisit déjà subconsciemment ce qui nous attend, tout le temps.