Ce qu’il faut savoir sur chacun des partis avant d’aller voter lundi
Photos : Alice Chiche, Ryan Remiorz/La Presse Canadienne, Paul Chiasson/La Presse Canadienne
politique

Ce qu’il faut savoir sur chacun des partis avant d’aller voter lundi

Un petit guide pour l’électeur qui n’a pas suivi la campagne.
28.9.18

Une des campagnes électorales les plus ennuyantes depuis des lustres tire à sa fin. Il était temps. Au moins, le jour du vote promet plus de rebondissements : avec environ 30 % des appuis chacun, il semble que François Legault ou Philippe Couillard sera à la tête d’un gouvernement minoritaire lundi. Même la troisième place n’est pas assurée, alors que Québec solidaire chauffe le Parti québécois qui, lui, se dirige vers un fossé.

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Si la campagne elle-même n’a rien fait pour séduire ceux qui trouvent que la politique, c’est pour les autres, il faut dire qu’elle n’était quand même pas entièrement vide d’enjeux d’importance. On n’a qu’à penser à l’éternel débat sur l’immigration. Les discours n’ont pas toujours été à hauteur – shoutout à François Legault, qui a répondu « bien oui! » quand on lui a demandé s’il allait se battre pour les Québécois contre les immigrants qui « nous effacent » – mais la question de l’ouverture à l’immigration aura au moins permis de voir le profond clivage dans notre paysage politique.

Voici donc où se situent les quatre principaux partis sur quatre enjeux clés : l’immigration, l’environnement, l’éducation et, of course, la légalisation du cannabis. Allez voter en toute connaissance de cause. Ou pas. Ça vous appartient. Ne vous laissez surtout pas convaincre que voter est un privilège : le privilège est à celle ou à celui à qui vous donnerez votre appui.

Immigration

Parti libéral du Québec (PLQ)

Comme pour contrer l’offensive de François Legault, Philippe Couillard a annoncé qu’un gouvernement libéral augmenterait les seuils d’immigration au Québec. Le chef du PLQ a toutefois qualifié l’augmentation d’« éventuelle ». Il a tout de même prédit que l’immigration serait l’enjeu critique — « la question de l’urne » — le jour du vote.

Le nombre d’immigrants admis au Québec n’a pas beaucoup bougé au cours de la dernière décennie, oscillant entre environ 45 000 (2008) et 55 000 (2012) par année, pour une moyenne d’un peu plus de 51 000 immigrants par an. Philippe Couillard ne voit aucune raison de changer la tendance, surtout dans un contexte où le Québec peine à régler sa pénurie de main-d’œuvre. Et ce, même si les employeurs québécois sont prêts à tout faire pour éviter d’avoir à embaucher un immigrant, comme le montre ce sondage de la Banque de développement du Canada.

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Coalition avenir Québec (CAQ)

Il n’y a pas plus tranché que la CAQ sur l’immigration : le nouveau seuil sera de 40 000 immigrants par année, une réduction de 20 % du nombre actuel, et ce, dès la première année d’un gouvernement caquiste. Dans son entrevue avec VICE, le chef du parti, François Legault a expliqué l’origine du seuil de 40 000 en affirmant que « c’était le chiffre qu’on avait en 2003 » et donc que, euh… ce n’est pas tout à fait clair. Mais bon, 40 000, c’est effectivement le nombre d’immigrants admis au Québec en 2003.

Quelques jours plus tard, M. Legault affirmait que les seuils actuels d’immigration représentaient une menace pour la société québécoise telle qu’on la connaît : « Il y a un risque que nos petits-enfants ne parlent plus français. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher ça. »

Ceux qui voudront immigrer au Québec auront aussi deux nouveaux tests à réussir : l’un pour le français, l’autre sur les « valeurs québécoises ». Ce dernier viendrait pallier l’inquiétude « par rapport à la protection de nos valeurs fondamentales » comme « l’égalité hommes-femmes, la démocratie, et la laïcité de l’État ». Ceux qui échouent à l’un ou l’autre des tests deviendraient des sans-papiers, ce qui n’est finalement pas si grave, selon M. Legault, même s’ils sont installés au Québec depuis plusieurs années. « On ne parle pas d’expulser des citoyens : ce sont des gens qui n’auraient pas obtenu la citoyenneté. »

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Parti québécois (PQ)

Jean-François Lisée n’a jusqu’ici pas voulu avancer un chiffre précis pour le nombre d’immigrants admis au Québec sous un gouvernement péquiste à part qu’il viserait « 100 % de succès » en matière d’intégration. Cela se manifesterait nécessairement par une réduction du nombre actuel d’immigrants, selon M. Lisée, et le nombre pourrait être bien en deçà des 40 000 qu’admettrait François Legault : « M. Legault a inventé le chiffre de 40 000, qui va accélérer le déclin du français », prédit M. Lisée.

Et si les immigrants ont à apprendre le français, ils devront le faire avant d’arriver au Québec. « Nous on dit : le test [de connaissances du français] sera éliminatoire. » Les migrants et les réfugiés seraient exemptés du test de français, ce qui ne veut pas pour autant dire que le PQ les accueillerait à bras ouverts. En avril dernier, M. Lisée avait évoqué l’idée de construire une « clôture » sur le chemin Roxham pour barrer la route aux milliers de migrants qui le traversent depuis quelques années. « On a plusieurs très bons constructeurs de clôtures au Québec », a tenu à préciser M. Lisée.

Québec solidaire (QS)

Comme le PQ, Québec solidaire accorde peu d’importance au nombre d’immigrants qui s’installent chaque année au Québec, mais à l’inverse des péquistes et des caquistes, les solidaires ne cherchent pas à rendre l’entrée plus difficile non plus. En entrevue avec VICE, le co-porte-parole de la formation a minimisé l’importance du débat autour de l’immigration, notamment au sujet des migrants : « Il y a des acteurs politiques au Québec qui ont volontairement ou involontairement contribué à créer un climat de peur à l’égard des demandeurs d’asile. Oui, le nombre est plus important qu’auparavant, mais il n’est pas affolant et il n’y a pas de crise sociale liée à cela au Québec. »

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Les deux mesures les plus concrètes de Québec solidaire se résument à utiliser l’État comme principal vecteur d’intégration. Dans un premier temps, le parti imposerait un quota d’embauche de 25 % de minorités visibles et ethniques jusqu’à ce qu’elles représentent 18 % de la fonction publique provinciale. (La proportion actuelle serait de moins de 10 %.) Ensuite, les solidaires accorderaient le droit de vote à tous les immigrants installés au Québec depuis au moins deux ans. (Actuellement, seuls ceux qui sont citoyens à part entière peuvent voter aux élections.)

Environnement

Parti libéral du Québec

Le Québec est en voie de rater sa prochaine cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Dans son « Plan d’action 2013-2020 », la province s’était engagée à réduire ceux-ci de 20 % sous leur niveau de 1990 d’ici 2020. Le bilan du gouvernement publié en mai dernier indique toutefois que le Québec n’est pas encore à mi-chemin, ayant enregistré une baisse d’environ 9 % jusqu’ici, et qu’on ne peut s’attendre à mieux qu’une stabilisation des émissions de GES d’ici 2020.

Le PLQ a présenté très peu d’engagements phares en matière d’environnement lors de la campagne. Son modeste programme inclut des mesures telles qu’interdire les pailles en plastique dans les bars et restaurants, ce que plusieurs établissements font déjà, et mettre un bac de recyclage à côté de chaque poubelle publique du Québec, ce que plusieurs municipalités font déjà.

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Coalition avenir Québec

François Legault n’écarte pas la possibilité de relancer la recherche de pétrole et de gaz naturel dans la province. « Il faut deux choses, nous a dit le chef de la CAQ, la certitude de ne pas affecter l’environnement et l’acceptabilité sociale. On n’est pas fermés ou dogmatiques comme d’autres. »

Le plan à long terme du parti de M. Legault demeure tout de même l’exportation de l’hydroélectricité québécoise vers le marché américain pour remplacer le gaz et le charbon. Pour ce qui est des cibles de réduction des gaz à effet de serre, il s’est engagé à respecter les cibles internationales, mais sans grand enthousiasme : « Lorsqu’on sera au gouvernement, on pourra voir si la cible de 2030 est réaliste. »

Parti québécois

Le Parti québécois s’est engagé à ne permettre aucun nouveau projet d’hydrocarbures et à graduellement retirer les permis d’exploration et d’exploitation pour les projets existants.

Le plan du PQ mise sur une refonte en profondeur des transports. S’il a d’abord proposé d’interdire la vente de véhicules à essence d’ici 2035, Jean-François Lisée s’est ravisé en début de campagne, promettant plutôt des « cibles audacieuses de ventes de véhicules électriques rechargeables ». En matière de transport en commun, la proposition du parti est de mettre un terme à la construction du Réseau express métropolitain (REM) à Montréal pour le remplacer par un nouveau réseau de tramways, de bus et de trains. Et que dire du plan de Jean-François Lisée de créer un « Tinder » du covoiturage géré par l’État…

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Québec solidaire

Québec solidaire propose une cible de réduction des gaz à effet de serre encore plus ambitieuse que celle que le Québec n’est actuellement pas en voie d’atteindre. Le gouvernement libéral s’est engagé à une réduction de 20 % sous le niveau de 1990 d’ici 2020 et de 37,5 % d’ici 2030, mais le plan de QS, lui, envisage une réduction de 48 % d’ici 2030 et de 95 % d’ici 2050.

Pour y arriver, Québec solidaire veut notamment interdire la vente de voitures uniquement à essence d'ici 2030, créer une taxe sur les stationnements commerciaux et installer des péages sur les autoroutes. QS promet aussi dans un premier mandat d’éliminer toutes les subventions pour les combustibles fossiles et de mettre un frein à l’exploration pour les hydrocarbures sur le sol québécois.

Éducation

Parti libéral du Québec

Durant son dernier mandat, le parti libéral a, comme promis, maintenu l’indexation des frais de scolarité pour l’université mise en place en 2013. S’il est reconduit au pouvoir, le PLQ promet d’instaurer un programme éducatif universel et gratuit pour les enfants de quatre ans, qu’ils soient en maternelle ou en service de garde. Et bien que ce ne soit pas directement lié aux études, les troupes de Philippe Couillard comptent rendre gratuit le transport en commun pour les étudiants.

Coalition avenir Québec

Tout comme les libéraux, la CAQ assure qu’elle ne va pas hausser les frais de scolarité au-delà de l’inflation. En fait, au début du mois de septembre, M. Legault disait refuser de toucher aux frais de scolarité. En 2012, son parti avait appuyé la hausse de 1778 $ sur sept ans que voulaient imposer les libéraux. Il avait ensuite plaidé pour des frais de scolarité modulables par programme et par université.

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Sur les 400 millions de dollars que la CAQ compte investir dans l’éducation, tout va au primaire et au secondaire. On veut notamment offrir une heure d’activités parascolaires gratuites par jour à chaque enfant et embaucher plus de conseillers en orientation pour lutter contre le décrochage scolaire. Et, bien entendu, on veut instaurer la maternelle quatre ans pour tous – ce qui vaut à François Legault la maintenant célèbre envolée lyrique du premier débat des chefs : « Moi, je ferais de la politique seulement pour la maternelle quatre ans. »

Parti québécois

Québec solidaire et le Parti québécois sont les deux seuls partis à mettre de l’avant l’idée d’une gratuité scolaire. C’est un changement de cap pour le PQ, qui en 2013 la jugeait impossible et avait opté pour une indexation de 3 % des droits de scolarité. Aujourd’hui, on veut « tendre vers la gratuité scolaire effective » au cégep et à l’université, et la mettre en place graduellement dans un premier mandat. La gratuité serait d’abord offerte aux foyers à plus faibles revenus. Le PQ propose aussi d’améliorer le système d’aide financière aux études, sans préciser à quelle hauteur.

Québec solidaire

À l’instar du Parti québécois, à QS, on martèle qu’on veut la gratuité, du CPE à l’université, et on se donne cinq ans pour y arriver. La définition de gratuité de Québec solidaire se veut très large : le parti propose d’éliminer 100 % des frais qui sont présentement facturés aux parents d’élèves (ou aux élèves eux-mêmes) de tout établissement public québécois.

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Cannabis

Parti libéral du Québec

La loi adoptée par le gouvernement de M. Couillard pour encadrer la consommation légale de cannabis fait du Québec une des provinces les plus restrictives du Canada. La culture à domicile sera carrément interdite, même si elle est permise par le gouvernement fédéral; la tolérance zéro sera appliquée pour le cannabis au volant, même si des tests sur les appareils pour le détecter laissent croire que des conducteurs qui ne sont même plus gelés pourraient être ciblés; et une interdiction totale de vendre des produits arborant des feuilles de pot sera imposée sous peine d’amendes très salées, même si ça n’a aucun maudit bon sens. « Quand on a fait la tournée du Québec, ce qu’on a entendu, c’est qu’on doit être le plus prudent possible pour ne pas banaliser ça », nous a raconté Philippe Couillard pour expliquer la sévérité de l’approche libérale.

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Un article du Soleil décrit l’atmosphère austère dans laquelle les Québécois pourront se procurer du weed dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) qui seront ouvertes le 17 octobre : un gardien de sécurité devra vérifier que les clients ont l’âge minimum de 18 ans, le cannabis sera entreposé derrière le comptoir, et l’affichage « simple et éducatif » visera à « informer les clients sur les risques associés à la consommation du cannabis ». Le cannabis y sera vendu environ 6 $ le gramme et les boutiques seront ouvertes de 10 h à 22 h, sept jours par semaine. La loi prévoit aussi une limite de 150 grammes (ou un peu plus de cinq onces) par domicile, peu importe combien de personnes y résident.

Coalition avenir Québec

François Legault, lui, ne veut rien savoir du weed. « C’est très, très dangereux, a dit le chef de la CAQ en entrevue avec VICE. J’aurais préféré ne pas légaliser. » Heureusement, M. Legault ne peut rien faire pour recriminaliser le pot, mais il compte se servir des pouvoirs délégués aux provinces pour restreindre sa consommation le plus possible avec deux mesures phares : si elle est élue, la Coalition avenir Québec hausserait l’âge légal pour se procurer du cannabis à 21 ans et interdirait sa consommation dans tous les lieux publics du Québec.

Parti québécois

Le Parti québécois n’a pas appuyé le plan du gouvernement libéral par rapport à la vente de cannabis, mais les différences dans les politiques des deux partis sont relativement mineures. Sur les questions de l’âge minimum de consommation et du monopole de la SQDC dans la vente de cannabis, les péquistes de M. Lisée sont sur la même longueur d’onde que les libéraux. Dans le pratico-pratique, il n’y a que la production à domicile qui sépare les deux partis. Si les libéraux tiennent mordicus à l’interdire, le PQ, lui, permettrait deux plants à la maison.

Québec solidaire

Sur la question du weed, QS est beaucoup moins complexé que ses rivaux dans la course. Non seulement le parti lèverait l’interdiction de cultiver des plants de pot à la maison, mais le parti souhaite aussi libéraliser l’approche du gouvernement face à toutes les drogues. Québec solidaire préconise la démarche du Portugal, où la possession de toute drogue, même les drogues dures, à des fins de consommation personnelle est totalement décriminalisée depuis 2001. « [Les utilisateurs de drogue] ne sont pas des gens qu’on doit mettre en prison, nous a dit le co-porte-parole de QS Gabriel Nadeau-Dubois, ce sont des gens qu’il faut aider ».