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Crime

Ferguson : Pourquoi le grand jury ne poursuit pas le policier qui a tué Michael Brown

Les douze jurés de Ferguson ont décidé de ne pas donner de suite juridique pour le policier qui a tué un adolescent non armé cet été dans le Missouri.
25.11.14
Photo de David Goldman/AP

Le procureur du comté de St. Louis Robert McCulloch a annoncé mardi que Darren Wilson, l'officier de police de Ferguson qui a abattu l'adolescent - non armé - Michael Brown en août dernier n'aura pas à répondre de ses actes devant la justice.

Cette affaire — qui a fait l'objet d'une grande couverture médiatique et qui a mis la question de l'utilisation disproportionnée par la police de forces létales sur le devant de la scène aux États-Unis — a été examinée par un grand jury de douze personnes, qui a décidé de ne pas poursuivre Darren Wilson pour son rôle dans la mort de Michael Brown. Neuf citoyens blancs et trois citoyens noirs composaient ce jury. Lors d'une longue conférence de presse, Robert McCulloch a expliqué qu'il ne révèlerait pas qui avait voté quoi.

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Le grand jury n'a pas trouvé de « raison suffisante » pour intenter des poursuites contre l'officier Darren Wilson, a déclaré Robert McCulloch.

« Depuis le début, nous avons maintenu, et le grand jury en a convenu, que le 9 août dernier, l'agent Wilson a agi conformément aux lois et aux règlements qui régissent les actions des officiers, » ont déclaré les avocats de Darren Wilson dans un communiqué publié peu après que la décision a été annoncée.

« Les forces de l'ordre doivent souvent prendre des décisions difficiles très rapidement, » peut-on également lire. « L'officier Wilson a suivi son entraînement et a respecté la loi. »

Darren Wilson aurait pu faire face à quatre chefs d'accusation possibles, le meurtre, l'assassinat, l'homicide volontaire ou involontaire. Le grand jury avait également la possibilité d'y ajouter l'utilisation criminelle d'une arme.

La famille Brown a publié un communiqué dans la nuit de lundi qui dit « Nous sommes profondément déçus que le meurtrier de notre enfant ne soit pas confronté aux conséquences de ses actes. »

La famille a également demandé que leurs soutiens expriment leur frustration par des moyens qui apporteront un changement positif : « Nous avons besoin de travailler ensemble pour corriger le système qui a permis que cela arrive. » Comme dans d'autres communiqués publiés auparavant, la famille a demandé à ce que les manifestations se déroulent de façon paisible.

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Malgré le voile du secret qui enveloppait le grand jury, des détails sur la décision ont régulièrement fuité dans la presse ces dernières semaines, indiquant qu'il était peu probable que Darren Wilson soit poursuivi.

D'après plusieurs récits et témoignages, Darren Wilson et Michael Brown se seraient battus à l'intérieur, ou à proximité de la voiture du policier l'après-midi du 9 août, ce qui a poussé Darren Wilson à faire feu à deux reprises, touchant Michael Brown une fois. Darren Wilson serait ensuite sorti de la voiture et aurait tiré au moins six fois de plus sur Michael Brown. Certains témoins affirment que Michael Brown avait les mains en l'air, comme pour se rendre, quand les coups fatals ont été tirés. Robert McCulloch a insisté sur le fait que les jurés sont à présent « les seuls qui ont eu accès à toutes les preuves. »

Robert McCulloch a promis de rendre publics les documents qui ont été présentés au grand jury, notamment des photos et des fichiers audio.

Lors d'une conférence de presse diffusée en direct qui a duré plus de 30 minutes, le procureur a insisté sur l'importance des preuves matérielles dans cette affaire, notant que plusieurs témoins ont donné des versions contradictoires de la fusillade, en changeant parfois leur version des événements tandis que de nouveaux détails de l'affaire étaient mis à jour. Il a dit que presque tous les entretiens de témoins avaient été enregistrés et présentés au jury, et que tous les éléments de preuve avaient été partagés par les agences locales et fédérales.

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Jeffrey Mittman, directeur de l'Union américaine pour les libertés civiles a déclaré dans un communiqué : « La décision du grand jury ne nie pas le fait que la mort tragique de Michael Brown fait partie d'une tendance alarmante de l'utilisation de force excessive de la part des policiers à l'encontre des personnes de couleur, souvent lors de procédures de routine. Pourtant, dans la plupart des cas, les officiers et les départements de police ne sont pas tenus responsables. Et tandis que de nombreux agents s'acquittent de leur devoir dans le respect des communautés qu'ils servent, nous devons faire face au profond fossé et au manque de respect dont font preuve certaines équipes de forces de l'ordre locales face à de nombreuses communautés de couleur. »

Le meurtre a porté les tensions raciales dans la communauté - essentiellement noire, mais dont la police est à majorité blanche - à ébullition. Les violentes manifestations qui ont eu lieu dans les semaines qui ont suivi la fusillade, les raids de pillards dans les magasins, l'incendie d'une station essence et la réponse de la police militarisée ont mis la ville sous le feu des projecteurs. Depuis, les habitants ont continué à descendre dans les rues pour exprimer leur indignation, et la police a répliqué régulièrement par des arrestations, l'utilisation de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

Barack Obama a publié un communiqué juste après l'annonce du procureur.

« Dans trop de régions du pays, il existe une profonde défiance entre les forces de l'ordre et les communautés de couleur, » a déclaré le président des États-Unis. « On doit prendre conscience que ce n'est pas un problème seulement à Ferguson. C'est un problème pour les États-Unis. »

VICE News reporters Meredith Hoffman and Nicholas Phillips contributed to this report.