Philippines

Le président philippin prêt à faire tuer son fils s'il est reconnu coupable de trafic de drogue

L'administration philippine a déjà tué au moins 7 000 personnes dans le cadre de sa guerre sanglante contre les drogues.
Des manifestants ont mis le feu à un cube représentant Rodrigo Duterte devant le palais présidentiel à Manille, le 21 septembre 2017. (REUTERS/Romeo Ranoco)

Ce n'est pas dans ses habitudes, mais le président philippin Rodrigo Duterte s'est fait particulièrement silencieux quand le nom de son fils aîné s'est retrouvé lié à une importante saisie de méthamphétamine en mai dernier. Après tout, il avait promis de faire tuer ses propres enfants, s'ils étaient impliqués dans le trafic de drogue. Mais va-t-il respecter sa promesse ?

Duterte a donné sa réponse ce mercredi. L'homme fort des Philippines a déclaré être prêt à demander à la police de tuer son fils Paolo, s'il est reconnu coupable d'avoir participé à un trafic de drogue.

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« J'ai dit à Pulong, "Si tu te fais attraper, je te ferai tuer, et je protégerai la police qui t'aura tué" », a dit Duterte, appelant son fils de 42 ans par son surnom, Pulong. « C'est mieux comme ça… Je pourrai alors dire aux gens : "Voilà, vous n'arrêtiez pas de causer. Ça, c'est le cadavre de mon fils." »

L'administration de Duterte a déjà tué au moins 7 000 personnes, principalement des petits consommateurs de drogue et des dealers, dans le cadre de sa guerre sanglante contre les drogues. Cette initiative pourrait constituer un crime contre l'humanité, d'après Human Rights Watch. S'il est encore très populaire, Duterte est malgré tout critiqué, alors que le bilan de sa lutte antidrogue continue de grandir. Ce jeudi, des manifestations ont eu lieu contre la brutalité et les tendances antidémocratiques de son régime.

La guerre de Duterte contre les drogues a pris un tournant inattendu, quand on a appris que son fils pourrait bien être lié à une affaire de trafic.

Le nom de Paolo a été cité lors d'une audience devant le sénat philippin concernant une livraison de 605 kilos de méthamphétamine venant de Chine et saisie à son entrée dans le pays. La valeur marchande pourrait atteindre les 125 millions de dollars.

Lors de son audition, Mark Taguba, l'un des hommes responsables de cette lucrative livraison, a indiqué qu'il devait graisser la patte d'intermédiaires pour s'assurer que la marchandise passe les douanes.

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Taguba dit avoir reçu des textos, lus au sénat, dans lesquels on comprend que l'argent ira jusqu'à Paolo, qui est le maire adjoint de la ville de Davao. Les messages suggèrent aussi que le beau-fils du président, Manases Carpio, qui est marié à Sara, la fille de Duterte qui est maire de Davao.

Taguba assure que ces paiements ont permis aux conteneurs de ne pas être fouillés. Taguba, qui est courtier en douanes, a par la suite fait savoir dans un communiqué qu'il n'avait jamais rencontré en personne Paolo ou Manases, qu'il ne pouvait pas savoir si les deux hommes étaient vraiment impliqués, et que les preuves contre eux étaient des « on-dit par essence ». Il s'est aussi excusé auprès de la famille Duterte.

Mais les clarifications de Taguba n'innocentent pas Paolo et Manases, parce que le courtier ne dit pas qu'il n'a pas reçu les messages, d'après Antonio Trillanes, un homme politique de l'opposition.

« Les textos qu'il a lus nommaient précisément Paolo Duterte et Manases Carpio. Ils n'ont pas été fabriqués, » a écrit Trillanes sur sa page Facebook. « De fait, les clarifications de M. Taguba ne changent rien. »

Paolo et Carpio assurent n'avoir rien fait de mal.


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