[En photos] Dans la manifestation des lycées parisiens contre la loi Travail

Si le gouvernement français a revu la copie de sa loi Travail en début de semaine, les lycéens et étudiants du pays ne semblent pas se satisfaire des retouches apportées et sont descendus dans la rue ce jeudi.

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17 mars 2016, 2:40pm

VICE News / Etienne Rouillon

Si le gouvernement français a revu la copie de sa loi Travail en début de semaine, les lycéens et étudiants du pays ne semblent pas se satisfaire des retouches apportées à ce projet de réforme controversé du Code du Travail.

La semaine dernière, lors de la première journée de manifestations, 90 établissements scolaires étaient bloqués — alors que ce jeudi matin, 115 lycées publics en France étaient perturbés selon les chiffres fournis par le ministère de l'Éducation nationale. Signe que le mouvement semble plus suivi ce jeudi.

Partout en France, de Marseille à Clermont-Ferrand en passant par Lyon et Tours, des milliers de jeunes se sont mobilisés, le plus souvent dans une ambiance festive. Quelques débordements ont eu lieu ici ou là, notamment à Rennes, où la gare de la ville a été brièvement envahie par des manifestants qui sont ensuite descendus sur les voies.

Dans la capitale française, la mobilisation a commencé ce jeudi matin avec la manifestation des lycéens qui empruntaient un parcours classique reliant la place de la Nation à la place de la République dans l'est parisien.

Toutes les photographies sont d'Étienne Rouillon pour VICE News.

Boulevard Voltaire ce jeudi matin, des centaines de manifestants, surtout des lycéens, se dirigent vers la Place de la République.

Partis de la Nation sur les coups de 11 heures, plusieurs milliers de lycéens ont ensuite remonté le boulevard Voltaire pancartes en main, sur lesquelles on pouvait lire divers slogans comme « La nuit c'est fait pour baiser, pas pour travailler » ou « Même Voldemort aurait dit non [Ndlr, à la loi Travail] ».

Après quelques minutes de défilé, des casseurs en marge du cortège ont commencé à s'en prendre à certaines vitrines du boulevard — principalement des agences bancaires — et à jeter des projectiles sur les policiers qui encadraient la manifestation.

La grande majorité est venue manifester dans une ambiance bon enfant contre le projet de loi de la réforme du travail, dit projet de loi El Khomri.

Un peu avant midi, des cars de CRS ont alors arrêté le cortège et coupé le boulevard. Presque instantanément, les forces de l'ordre ont essuyé plusieurs jets de pierres, de bouteilles en verre mais aussi de chaises, de lattes de lit et de morceaux de faïence.

Pendant une demi-heure, plusieurs dizaines de jeunes au visage masqué vont occuper la première ligne de la manifestation et lancer des projectiles sur les CRS dans une ambiance assez agitée. Pendant ce face à face, un CRS se fait accidentellement renverser par une voiture qui n'avait semble-t-il pas vu que le boulevard était bloqué.

En fin de matinée, un petit groupe de casseurs est venu en première ligne pour affronter les forces de police sur le boulevard Voltaire.

Des policiers en civil et en uniforme ont brièvement stoppé le cortège faisant face à une première ligne de casseurs.

Un casseur court vers la ligne de police avec un bâton dans la main.

Une personne en tête de manifestation faisant face aux lignes de police avec une bouteille en verre dans la main.

Très vite, des policiers en civil arrivent sur place pour rétablir de l'ordre. Procédant par à-coups, ils vont procéder à plusieurs contrôles musclés et ramassent les projectiles dans un caddie. Dans la plupart des cas, les jeunes récupérés par les forces de l'ordre sont rapidement fouillés puis relâchés.

D'après une source policière interrogée par l'AFP, la police a procédé à la mi-journée à trois interpellations dans la capitale, notamment pour des dégradations.

Des officiers de police en civil ont ensuite chargé la ligne de casseurs, procédé à des arrestations et des fouilles de sacs.

Des officiers de police boulevard Voltaire ramassent des projectiles et les mettent dans un caddie, après avoir fait reculer une ligne de personnes leur jetant bouteilles et cailloux.

« C'est un peu dommage, la manifestation avait commencé avec de bonnes intentions, » nous explique Martial qui est en classe de seconde à Paris. « Ces débordements déforment un peu le message. »

« Mon père est intermittent du spectacle, donc je vois bien qu'il est déjà compliqué de travailler en France, » enchaîne le jeune homme, qui souhaite le retrait de la loi. Parmi les dispositions de la loi qui ne lui conviennent pas, il cite pêle-mêle l'augmentation du temps de travail et le plafonnement des indemnités prud'homales (une mesure abandonnée dans la nouvelle version de la loi présentée ce lundi par Manuel Valls).

À lire : Nouvelle version de la loi Travail : Ce qui reste / Ce qui change

Vers midi, le cortège peut repartir dans le calme avec des professeurs du syndicat Sud qui ouvrent et ferment la marche pour éviter de nouveaux débordements. Avec un fond de dubstep diffusé sur des enceintes portables, certains entonnent La Marseillaise et répètent en coeur « Parce qu'on n'en peut plus, la jeunesse est dans la rue ».

« Cette loi est problématique pour nous à court terme, » nous explique Célestin, 14 ans, alors qu'il indique aux automobilistes que le boulevard est fermé. « Les profs ne nous en parlent pas trop [de la loi], mais entre nous, on en discute et on a décidé qu'il était important de manifester. La mobilisation va continuer, je pense, si la loi n'est pas améliorée. »

Les manifestants, encadrés par un service d'ordre ont ensuite repris la route de la place de la République pour rejoindre la manifestation des étudiants et lycéens.

Vers 13 heures 30, le cortège arrive à proximité de la place de la République, d'où la manifestation générale (avec notamment les étudiants et la CGT) est partie à 14 heures 30 en direction de place d'Italie dans le sud est de la capitale, où elle devait arriver en fin d'après-midi.

La prochaine grande manifestation contre la loi Travail est prévue pour le 31 mars en présence de nombreuses organisations syndicales, alors que le 24 mars prochain, le projet sera présenté en conseil des ministres.

À lire : Dans la journée de manifestations contre la Loi travail


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