Etats-Unis

El Chapo serait « trop poli et trop vieux » pour essayer de s'échapper de prison

Voilà une partie de la ligne de défense des avocats du baron de la drogue, qui estiment que ses conditions de détention violent la Constitution américaine.
23.6.17

Le boss du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman, s'est échappé à deux reprises de prisons de haute sécurité au Mexique. Maintenant qu'il est enfermé dans un pénitencier de New York, les autorités américaines prennent toutes les mesures nécessaires pour s'assurer qu'il ne leur file pas entre les doigts. Mais il y a un problème : les avocats du baron de la drogue estiment que les conditions de détention de leur client violent la Constitution américaine.

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Et en plus de ça – il serait trop vieux et trop poli pour essayer de s'enfuir, disent-ils.

En attendant son procès – prévu pour l'année prochaine –, Guzman a été placé à l'isolement au Metropolitan Correctionnel Center (MCC), une prison fédérale ultra-sécurisée de Manhattan. Le pénitencier, surnommé « Le petit Guantanamo », possède un quartier de haute sécurité, où Guzman est parqué depuis son extradition en janvier dernier.

Au MCC, Chapo est soumis à des mesures restrictives spéciales. Seuls ses avocats commis d'office peuvent venir le voir (ils sont commis d'office, parce qu'El Chapo dit ne pas avoir les moyens de se payer un avocat). Pendant ces rencontres, El Chapo et ses avocats sont séparés par une vitre en Plexiglas et un grillage métallique.

Michelle Gelernt, la responsable des avocats commis d'office de New York, dit que son équipe ne peut pas se préparer efficacement à la défense d'El Chapo sans la possibilité d'avoir des « visites de contact » – ce qui permettrait au baron et à ses avocats d'être du même côté de la vitre en Plexiglas. Les procureurs fédéraux et les autorités pénitentiaires persistent à dire qu'avoir El Chapo et ses avocats dans la même salle présenterait « plusieurs défis insurmontables en matière de sécurité ».

La semaine dernière, les deux camps ont envoyé leurs requêtes à la cour, afin de faire valoir leurs arguments respectifs.

De leur côté, les procureurs, menés par Bridget Rohde, estiment que Guzman voit et entend très bien ses avocats derrière la vitre en Plexiglas et le grillage métallique. Rohde note aussi qu'un ordinateur disposé sur un charriot peut naviguer des deux côtés de la pièce pour qu'El Chapo consulte des documents relatifs au procès. De plus, il a à sa disposition un ordinateur portable, qu'il peut emmener en cellule, avec plusieurs CDs chargés de preuves.

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Rohde craint aussi qu'El Chapo tente de s'échapper, s'il se retrouve dans la même pièce que ses avocats. « Il pourrait facilement barricader la pièce en plaçant la table ou le charriot contre la porte, et créer une situation de prise d'otage, » propose Rohde. La procureure pense qu'El Chapo pourrait aussi déclencher l'alarme incendie et les extincteurs d'eau installés dans le plafonnier, ce qui « rendrait le sol glissant, permettant à l'accusé d'échapper plus facilement aux gardes. » Autre théorie avancée par Rohde : Guzman pourrait « se blesser pour être transféré à l'hôpital où il pourrait plus facilement s'échapper, » ajoutant qu'il serait capable de s'électrocuter avec câbles dénudés ou encore se poignarder avec un CD cassé.

Gelernt estime que ces scénarios sont « pure spéculation et improbables » et ne s'appuient sur « aucune base rationnelle ». Il est difficile de croire qu'un homme de 60 ans qui fait 1 mètre 67 (d'où son surnom, qui signifie « Le Petit ») pourrait s'échapper de cette salle, qui est située au dixième étage de la prison.

« Monsieur Guzman devrait passer sept portes en acier, descendre des escaliers, et prendre un ascenseur (surveillé par un garde), le tout sans se faire repérer par le personnel qualifié du Bureau des Prisons, juste pour arriver dans la rue – où il se retrouverait nez à nez avec d'autres gardes armés et prêts à s'occuper de lui, » écrit Gelernt.

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Elle assure qu'El Chapo « ne constitue en rien une menace pour son équipe » et « nous a toujours traités avec respect. » L'avocate rappelle que ses deux précédentes évasions « ont été réalisées sans avoir recours à la violence. »

Gerernt continue en expliquant que la disposition actuelle de la salle complique sérieusement l'étude des milliers de pages du dossier, ainsi que les enregistrements audio – le tout sans se faire entendre des gardes. Les conditions d'incarcération violent le Sixième amendement de la Constitution américain selon Gelernt – à savoir, le droit d'être « assisté d'un conseil pour sa défense ».

Le gouvernement a proposé de modifier la salle de réunion pour qu'El Chapo puisse plus facilement voir l'écran de l'ordinateur, et d'installer des haut-parleurs pour qu'il puisse entendre les enregistrements. Mais Gelernt veut changer de salle ou même changer de prison. Les procureurs estiment que des travaux dans la salle de réunion « prendraient du temps et couterait beaucoup d'argent », et qu'il est de toute manière trop dangereux de changer El Chapo de prison. Rohde rappelle à ce propos que le pont de Brooklyn doit être fermé à chaque fois qu'El Chapo se rend au palais de justice, situé à Brooklyn.

Rohde cite aussi l'exemple de Mamdouh Mahmud Salim, emprisonné au MCC en novembre 2000, en l'attente de son procès pour des faits de terrorisme. Salim avait presque tué un garde en l'aveuglant « avec une bouteille de sauce piquante qu'il avait transformé en une sorte de masse » avant de le poignarder dans l'oeil avec un peigne en plastique acéré.

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Pour Gelernt, cette anecdote ne vaut rien. « Rien ne laisse penser que Monsieur Guzman s'adonne à ce type de pratique de violence imprévisible et irrationnelle, comme le ferait un membre d'une organisation terroriste telle qu'Al Qaïda. »

Quand la question des conditions des rendez-vous entre Guzman et ses avocats a été évoquée devant la cour, le juge Brian Cogan a semblé ne pas vouloir intervenir. Cogan a nommé un magistrat chargé d'enquêter sur ce point, alors que l'on attend toujours sa décision sur cette question. Peu importe si le baron mexicain a finalement le droit à ces « visites de contact », il lui reste beaucoup de temps devant lui avant son procès, prévu au plus tôt pour avril 2018.


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