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Pénurie de sucre en Égypte : le goût amer de la présidence Al-Sissi

En Égypte, le sucre est une denrée essentielle. Les Égyptiens en consomment 30 kilos par an.
24.11.16

En Égypte, le sucre est une denrée essentielle, sachant qu'en moyenne les Égyptiens en consomment 30 kilos par an, plaçant le pays au cinquième rang mondial des plus gros consommateurs. Puisque le pays ne produit pas assez de sucre pour faire face à l'énorme demande, l'Égypte importe 1 million de tonnes par an — soit le tiers de la consommation nationale.

Mais ce n'est désormais plus possible. Puisque le dollar est la monnaie de référence sur le marché mondial, les importateurs égyptiens ont besoin de dollars pour acheter du sucre. À cause de la chute du tourisme, du déclin de l'activité du canal de Suez, et d'une économie en ruines, les importateurs sont incapables de se procurer légalement cette devise forte, ou ne souhaitent pas acheter des dollars sur le marché noir — où les prix sont prohibitifs.

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De plus, les droits de douane pour les importations de sucre sont très élevés et les prix du marché mondial ont copieusement augmenté — ce qui aggrave encore le problème. Alors, le gouvernement a augmenté de 40 pour cent le prix du sucre subventionné.

La pénurie de sucre n'est qu'un des défis économiques auxquels le gouvernement égyptien semble incapable de répondre. La frustration du peuple égyptien continue donc de grandir, alors que le président Abdel Fattah Al-Sissi est de plus en plus impopulaire. Ces derniers temps, le manque de sucre est devenu l'un des symboles de l'incompétence de Sissi pour ses critiques.

Et les vidéastes en herbe de l'Internet égyptien se sont engouffrés dans la brèche. Dans une vidéo postée sur Facebook par une agence créative du Caire, deux jeunes Égyptiens rencontrent un dealer dans un entrepôt vide pour « choper de la bonne ». De retour chez eux avec des sachets d'une poudre blanche cristalline, ils en versent dans du thé. Cette substance illicite est simplement du sucre en poudre.

Une autre vidéo développe un scénario similaire mais sous la forme d'un clip de rap.

Les autorités ont mené des descentes chez des producteurs de confiseries. En octobre, la police est intervenue dans des usines de PepsiCo et Edita (un fabricant local de gâteaux américains). Ces entreprises ont été accusées d'amasser des grandes quantités de sucre pour éviter de devoir faire baisser leur production. Edita a vu son cours décrocher de 7 pour cent après la descente de police.

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En Égypte, thésauriser du sucre peut même vous conduire en prison. Cette loi n'est pas récente mais le gouvernement l'applique de plus en plus fermement. Le mois dernier, un propriétaire de magasin, accusé de mettre de côté du sucre, a été condamné à 11 000 dollars d'amende et à une peine de 5 ans de prison.

Le gouvernement continue à essayer de faire progresser la production nationale de sucre, mais le sucre de canne — qui représente 43 pour cent de la production du pays — nécessite beaucoup d'eau. Problème, le pays manque déjà d'eau. Cette année, le gouvernement a demandé aux agriculteurs de produire de la betterave sucrière qui est moins gourmande en eau.

La betterave sucrière pourrait permettre à quelques agriculteurs de se faire un peu plus d'argent en utilisant moins d'eau, mais elle n'est en rien une solution pour les problèmes économiques qui menacent l'Égypte. Une majorité d'Égyptiens demande que plus d'argent public soit injecté pour créer des emplois, améliorer le système de santé, et renforcer l'éducation. De son côté, le gouvernement poursuit des mesures d'austérité en dévaluant sa monnaie et en réduisant les aides — ce qui va toucher les Égyptiens les plus vulnérables.

Plus tôt ce mois-ci, la livre égyptienne est devenue « flottante », ce qui signifie que sa valeur n'est plus indexée sur le dollar américain. Sa valeur dépend désormais du marché. Cette décision a été prise pour pouvoir bénéficier du renflouement du Fonds monétaire international (FMI). Et sur le long terme, la livre flottante devrait booster l'économie en rendant les exportations moins onéreuses, et cela pourrait rendre le pays plus abordable pour les touristes. Mais à court terme, l'inflation va grandir comme les déficits — ce qui va gravement toucher l'économie.

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En tant que chef des Forces armées égyptiennes, Al-Sissi a mené un coup d'État en 2013 qui a enflammé la majorité du pays. Sissi est devenu président l'année suivante avec une importante majorité. Depuis, il a emprisonné nombre de jeunes opposants de son gouvernement.

Sissi a été élu sur un programme promettant la sécurité, la stabilité et la prospérité économique — aucune promesse de campagne ne s'est réalisée.

La pénurie de sucre seule ne va pas faire tomber ce gouvernement — mais elle participe au goût amer que nombre d'Égyptiens ont dans la bouche quand ils pensent à Sissi.


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