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Ce Belge a trouvé une clé USB remplie de photos trash d’une bande de punks

Viktor a finalement retrouvé le propriétaire des images et de la clé. Mais d’abord, il en a fait une expo et un bouquin.

par Arkasha Keysers; photos Stef Aertsen, et Viktor van Hoof
17 Juin 2019, 7:09am

Il y a deux ans, le photographe Viktor Van Hoof (22 ans) a trouvé une clé USB dans un skate park de Gand. « Cool, ça me sera utile demain au copyshop » pensa-t-il. Heureusement pour lui, cette clé USB n'avait pas été stratégiquement abandonnée par l'un de ces pirates informatiques qui tentent de pénétrer de cette façon dans nos ordinateurs, mais elle contenait simplement des milliers d'images brutes d'un groupe d’amis punks. Viktor a édité les photos, en a créé une histoire, les a exposées et a posé sa réinterprétation sur papier dans un livre. Il a ensuite sonné à la porte de Stef, le véritable propriétaire des photos, avec la clé USB et le livre sous le bras. Nous avons discuté avec eux.

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VICE : Salut Viktor, qu'as-tu vu lorsque tu as branché la clé USB sur ton ordi ?
Viktor : Des milliers d'images, chacune plus sinistre l’une que l'autre. C'étaient des photos d’ambiance et des souvenirs d’un même groupe de potes. A leurs looks et leur mode de vie, j'ai vite compris que c’étaient des vrais punks. Pour un travail scolaire, je devais réaliser un documentaire fictif. Cette clé USB arrivait exactement au bon moment.

« Les photos ont été prises en Europe et en Amérique, mais selon mon interprétation, tout se passe en un seul instant, dans un huis-clos, en pleine nuit »

As-tu reconnu quelqu'un sur les photos ?
Je ne connaissais personne. On aurait dit des touristes américains. Mais au bout d'un moment, quand j'ai commencé à mieux les étudier, j'ai eu l'impression que c’étaient des bonnes connaissances à moi. Avec le temps, Stef, le propriétaire de la clé USB, était devenu un visage très familier. Mais bien sûr, le mien ne lui disait rien.

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Stef.

Stef, comment as-tu réellement perdu cette clé USB ?
Stef : Je n'avais jamais vraiment réalisé que je l'avais perdue et j'ai soudainement reçu un message de Viktor sur Facebook. Il a dit qu'il avait trouvé une clé USB et qu'il voulait qu’on se rencontre. Je me suis dit « hein ?! »

Qu'as-tu fait avec les photos, Viktor ?
Viktor : Ces photos ne sont pas des clichés ordinaires. Elles ressemblent davantage à des images d’une rencontre un peu occulte entre l’exhibitionnisme et le sadomasochisme. Comme si ce groupe d'amis vivait très isolé et flottait dans une petite bulle hyper renfermée. Je voulais faire quelque choses de ce sentiment que les images dégageaient. J'ai mis en évidence divers détails des photos et utilisé du papier chinois à la chaux pour rendre l'atmosphère encore plus sombre. Les photos ont été prises à l'origine en Europe et en Amérique, mais selon mon interprétation, tout se passe dans l'instant, dans un huis-clos en pleine nuit. J'ai exposé cette interprétation et l'ai mise dans un bouquin. Ça s'appelle « De nos nuits certains rêvent encore ».

« Il m'a semblé très heureux, et bien sûr je l'étais aussi, parce que que pour le même prix, il m'envoyait son poing dans la tronche »

Comment Stef a-t-il réagi lorsqu'il a vu le livre ?
Viktor : Il est resté sans voix. Moi aussi, en fait. Puis il a appelé sa petite amie et on s’est retrouvés à trois dans le salon, la bouche ouverte. Il semblait très heureux et évidemment, je l'étais aussi, car pour le même prix il m’aurait foutu un poing dans la gueule. Il a pris son temps et a apprécié mon travail. Je pense qu’il a trouvé ça cool que j’édite les images de manière aussi trash, avec une esthétique vraiment punk.
Stef : C'était vraiment bizarre de voir qu'il avait fait une exposition complète avec ces photos, mais en même temps j’ai trouvé ça très audacieux. Un truc pareil, ça ne vous arrive pas tous les jours.

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Viktor a-t-il correctement interprété les photos ?
Stef : Son récit est vrai d'une certaine manière. Ca me rend un peu mélancolique et nostalgique. Les photos ont été prises il y a longtemps, c'étaient de très bons moments.

Au fait Viktor, comment as-tu retrouvé Stef ?
Viktor : Sur la clé USB, il y avait aussi un fichier avec des informations de facturation et un numéro de téléphone, que j'ai appelé après avoir fait l'expo. La mère de Stef a répondu, mais elle n'avait plus vu son fils depuis deux ans et ne savait pas où il se trouvait. Elle m'a donné son nom et son adresse mail, mais il n'a pas répondu à mes e-mails. J'ai ensuite été faire un tour sur son profil Facebook. Et au final, il s’est avéré que c’était juste un citoyen gantois qui vivait près de chez moi. Je l’ai contacté sur Facebook et il y a un an, je lui ai rendu visite.

« Son intérieur ressemblait exactement à ce que j'avais imaginé: une atmosphère punk gothique pleine de bouteilles de bière vides. Tout ça m'a semblé si familier, comme si je le connaissais depuis des années »

Comment s'est passée votre rencontre ?
Viktor : Je lui ai dit que j'avais trouvé une clé USB avec son nom, mais je n’ai rien dit de plus sur mon projet. À l’époque, je voulais le surprendre. Le livre sous le bras, j'ai sonné chez lui. J'étais nerveux. Quand il m’a ouvert, toutes ces images m'ont traversé l'esprit. J'ai demandé si je pouvais entrer. Ca a dû lui sembler un peu louche, parce que vous ne faites normalement pas ça si vous voulez seulement rendre une clé USB. Son intérieur ressemblait exactement à ce que j'avais imaginé : une atmosphère punk gothique pleine de bouteilles de bière vides. Tout ça me semblait si familier, comme si je connaissais cet homme depuis des années.
Je lui ai rendu la clé USB et lui ai dit que j'avais une autre surprise. À l'époque, il ne savait plus quelles photos se trouvaient sur cette clé car il ne s'était pas rendu compte qu'il l’avait perdue. Je lui ai rafraîchi la mémoire et lui ai dit que j'avais quelque chose pour lui.

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Quand les photos ont-elles été prises, Stef ?
Stef : En 2011 et 2012. Quelques mois plus tôt, j'avais rencontré mon ex-petite amie, une Texane, lors d'un festival à Londres. Je suis allé lui rendre visite à Amarillo, au Texas. Normalement, j’y allais pour quelques semaines, qui se sont transformées en quelques mois. Les gens sur les photos sont principalement ses amis, des mecs qui ont trop de temps libre. Il n’y avait presque rien à faire à Amarillo; c’est une ville très chrétienne et remplie de rednecks. On passait notre temps affalés chez l’un ou l’autre pour boire et faire la fête. On n’avait pas beaucoup d'argent et on vivait un peu la low life.

« À Amarillo, au Texas, il n'y avait presque rien à faire. C'est une ville très chrétienne pleine de rednecks. On passait notre temps affalés chez l’un ou l’autre pour boire et faire la fête »

Sur les photos, on peut voir des égratignures et un couteau. Que s’était-il passé ?
Stef : Celle avec le couteau, je n'étais pas là, c’est ma copine qui a fait ces photos à l'époque. Je ne sais pas trop. Il était tard et on était bourrés. Il n'y avait jamais rien à faire dans cette ville. Dans ce genre d’endroit, vous devez créer votre propre plaisir. Beaucoup de ces types étaient dans l'art, la photographie et le skate. Ils avaient un style de vie alternatif et se dressaient contre les normes. C'est pourquoi ils comprennent le projet de Viktor et n'ont aucun problème avec ces photos explicites. « Fonce", qu'ils m’ont dit.

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Vous êtes toujours amis ?
Stef : Nous ne nous sommes plus aussi fusionnels qu'avant, mais on s’écrit toujours des lettres. J'ai l'impression qu’on vit tous encore le même mode de vie. Certaines personnes y vont un peu plus doucement pour des raisons de santé, mais la majorité d'entre elles continuent à mener leur propre vie alternative, à l’encontre des attentes de la société. Aucun de mes amis ne suit le chemin prescrit : étudier, puis trouver du travail, puis avoir une femme. Pas même les gens que je fréquente en Belgique. Je viens d'avoir 30 ans et je suis un peu plus mature, plus intelligent et plus sage, mais au fond de moi, je suis encore un gosse. Pourquoi s’ennuyer si on peut s’amuser ?

« Van onze nachten dromen sommigen toch » et d'autres travaux de Viktor Van Hoof sont disponibles sur son site Web et sur Instagram.

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Cet article a été préalablement publié sur VICE BE.