Illustration : Ruoyi Jin pour VICE

Je suis le chat noir du PSG à l’extérieur

Malgré plus d'une soixantaine de déplacements pour suivre les matches à l'extérieur du PSG, Nenos n'a jamais assisté à la moindre victoire de son équipe.

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18 octobre 2017, 5:00am

Illustration : Ruoyi Jin pour VICE

Supporter du Paris Saint-Germain depuis tout petit, j'ai commencé à vraiment suivre le club au début des années 2000, à l'époque où les têtes d'affiche du club s'appelaient encore Christian et Nicolas Anelka. En 2002, à 14 ans, des potes du collège voulaient aller voir le match entre Paris et l'équipe hongroise d'Ujpest en coupe UEFA (l'ancêtre de l'Europa League) et on s'est motivés à plusieurs pour y aller. On était en tribune A, juste à côté de la tribune Boulogne et j'ai tout de suite bien kiffé l'ambiance du stade.

Ensuite, j'ai été au match PSG-Bordeaux - la demi-finale de Coupe de France où Paris gagne deux buts à zéro - en tribune G à côté du Virage Auteuil, toujours avec un pote du collège. J'ai fait 6 mois dans cette tribune et j'ai fini par m'abonner à Auteuil à 14 ans.

Rapidement, j'ai aussi voulu faire un déplacement pour aller soutenir le PSG à l'extérieur. Et à la fin de la saison 2002/2003, on rencontrait Auxerre chez eux. Ce n'était pas cher, pas loin et faut dire que je n'y connaissais rien, donc je me suis dit que ce serait celui-là.

Je me rappelle encore : on rentre dans la partie basse du parcage, celle réservée aux pensionnaires d'Auteuil, et dès le début du match il y a énormément de pots de fumée et de fumigènes qui sont allumés puis peu de temps après, ça part en bagarre avec des mecs de Boulogne pendant une heure. On finit par être carrément dégagés du stade par les flics à la 50e minute. Je ne vois donc pas la fin du match, mais on perd deux buts à zéro.

La saison suivante, j'enchaîne sur un Gueugnon-Paris en Coupe de la Ligue. Je pensais que ce serait du tout cuit mais pas du tout ; on est éliminé aux tirs au but. Dans la foulée, je me rends à Rennes pour une rencontre contre le Stade Rennais, mais on s'incline encore.

À cette époque là, j'étais encore au collège et je cachais mes déplacements à ma mère. Le plus galère, ça a été à Londres pour Chelsea-PSG en 2004 (match nul 0-0). J'étais censé être en cours et il y avait un rendez-vous parent-professeur, étant donné qu'au niveau des cours, ça n'allait justement plus trop. Ma mère se pointe au lycée à midi et elle questionne mon prof pour savoir si je suis là. Il lui répond que non. À ce moment-là, elle demande s'il y a un match du PSG aujourd'hui et mon professeur lui parle de Londres. Ma mère m'appelle direct et elle me laisse un message où elle me dit de bien profiter de mon dernier déplacement... Bon, ça ne m'a évidemment pas arrêté, je suis rapidement reparti. En tout, j'ai suivi Paris plus d'une soixantaine de fois à l'extérieur entre 2003 et 2010, en France ou en Europe, du Portugal à l'Irlande du Nord.

J'avais déjà une dizaine de « deps » à mon actif et on commençait déjà à me traiter de chat noir. Et comme je suis un peu superstitieux, ça me travaillait sérieusement...

Au début, je ne faisais pas fait attention, mais après un déplacement à Ajaccio, en décembre 2005, je ne pouvais plus ma voiler la face. Je me suis rendu compte que je n'avais jamais vu de victoire. J'avais déjà une dizaine de « deps » à mon actif et on commençait déjà à me traiter de chat noir. Et comme je suis un peu superstitieux, ça me travaillait sérieusement...

Ce qui m'a surtout marqué, au-delà du fait que je n'ai pas vu une seule victoire, c'est que les seuls succès du PSG qu'il y a eu à l'extérieur ces années-là, c'était toujours des matchs où je ne venais pas. Par exemple, sur mes trois « deps » à Marseille en deux ans, j'ai vu deux défaites et un nul. Derrière, il suffit que je ne me déplace pas au Vélodrome en 2008 et là, bien sûr, victoire 4-2. J'y retourne l'année d'après : encore une défaite ! J'ai vite compris que ça se passait forcément mieux pour le PSG quand je n'étais pas là.

Après, même si je ne voyais que des défaites, j'avoue que je m'en battais un peu les couilles. Le PSG réalisait toujours des saisons de merde en championnat donc je ne culpabilisais pas trop vu qu'au fond ça changeait rien. Même au Parc, ce n'était pas terrible. Et le plaisir des déplacements, au-delà de suivre et de supporter son club, c'est de se retrouver entre potes le week-end, de voir des stades qu'on a jamais vus avant, de découvrir des villes...

Mais le problème, c'est que mes potes n'étaient pas tous de cet avis. Ils m'ont carrément « interdit » d'aller à un match. Et pas n'importe lequel. C'était pour la dernière journée de la saison 2007/2008 à Sochaux. Si on ne gagnait pas, le PSG était relégué. Quand j'ai dit que je voulais y aller, on m'a dit : « c'est mort ! ». Je n'ai même pas essayé de négocier, je n'ai pas pris le risque. Et ce jour-là, ils gagnent 2-1 et se sauvent. Ça a donc conforté encore un peu plus cette légende du chat noir...

Le match légendaire au cours duquel le PSG a frôlé la relégation, évitée grâce à Amara Diané

Après, je suis reparti en déplacement normalement. Ça a été des meilleures années au niveau sportif, j'ai enchaîné pas mal de deps mais toujours pas de victoire, que des résultats de merde. En 2010, j'ai pris 5 ans d'interdiction de stade. J'ai donc dû mettre les déplacements entre parenthèses pendant un moment, même si, de toute manière, je n'y serais pas retourné avec le plan Leproux qui a banni les supporters actifs du Parc.

Je me dis que c'est vraiment la merde et que si je veux casser la malédiction, il faut que j'aille voir un vieux déplacement face à une équipe pétée ou c'est sûr qu'il y a moyen de gagner.

Mon retour en déplacement, c'est à Madrid en 2016 pour la rencontre de Ligue des Champions contre le Real. On a une grosse équipe, on va battre le record des 30 matchs sans défaite ou quelque chose comme ça donc je me dis que la malédiction est terminée. Et là, défaite un but à zéro à cause d'un loupé du gardien alors qu'on a bien joué tout au long des 90 minutes... Je me dis que c'est vraiment la merde et que si je veux casser la malédiction, il faut que j'aille voir un vieux déplacement face à une équipe pétée ou c'est sûr qu'il y a moyen de gagner. Mais je ne souhaite que faire des déplacements en Europe, la France ne m'intéresse plus.

La boulette de Trapp et le bijou de Nacho qui vaut au PSG une défaite rageante 1-0 au Bernabeu

Alors je me rends à Londres la saison dernière pour la rencontre face à Arsenal. Au final pas de défaite, mais pas de victoire non plus puisqu'on fait un match nul deux buts partout. Et malheureusement, ce résultat nous fait perdre la première place, ce qui nous oblige à nous taper Barcelone en huitième de finale...

Contre le Barca, on remporte le match aller 4-0. Pour la rencontre retour, je décide de m'y rendre avec mes potes. Comme les histoires de chat noir remontent à plus de cinq ans, à aucun moment on envisage le fiasco. Et moi, je me dis que même si je suis le chat noir, quoi qu'il arrive, même une défaite 3-0, ça nous permettrait quand même de nous qualifier pour les quarts de finale.

Ce jour-là, on arrive au stade et dès les premières 15 secondes dans le parcage je me dis que quelque chose ne va pas

Ce jour-là, on arrive au stade et dès les premières 15 secondes dans le parcage je me dis que quelque chose ne va pas. Le match n'a pas commencé, mais je ressens quand même un truc particulier. Il y a une atmosphère, quelque chose qui sort de l'ordinaire… On se prend un but dès la troisième minute et à la mi-temps il y a déjà 3-0. En arrivant à Barcelone, j'avais mis une photo de chat noir sur Facebook, pour rire. Mais du coup, à la mi-temps, j'enlève la photo direct et j'en mets une de chat blanc histoire conjurer le sort. Malgré tout, le scénario qui allait suivre restait inimaginable...

En seconde période, Cavani marque. Je me dis que c'est bon, c'est plié. Le 3-1 donne du souffle. Plus les minutes passent plus on se dit que c'est bon. En tribune, les gens redeviennent confiants. Moi je fais des calculs dans ma tête, du genre « si on se prend un but toutes les 20 minutes ça passe etc. ». Et là, le quatrième but, le coup franc de Neymar à la 88e minute. Moi là, je sais que c'est terminé. Même si dans le parcage ça va, les gens sont sereins, ça chante « Adios la remontada ». Ensuite il y a le penalty, le 5-1, toujours de Neymar, à la 91e. Au péno, les gens commencent à avoir chaud, tous se rendent compte de ce que moi je pressentais. Et à la 95e, le but de Sergi Roberto...

L'acmée de la carrière de Nenos, chat noir officiel du PSG

Franchement, c'est un choc. Un coup de massue comme je n'en avais jamais vécu dans aucun déplacement. Tout le monde refait le match, les gens sont énervés, ils pestent contre l'arbitre… Moi je suis isolé, mon âme est comme sortie de mon corps.

Les portes s'ouvrent et commence la longue descente. C'est tellement haut, on met peut-être 15 minutes à sortir du stade. Autour, tous les gens sont dégoûtés. Je n'attends pas mes potes, je me barre, je vais à la voiture seul. Il se passe peut-être une demi-heure entre le moment où on quitte le stade et le moment où j'arrive à la voiture et c'est là que je me rends compte que j'ai une quinzaine d'appels en absence. Je suis seul et à côté de moi il y a Roberta, une prostituée transsexuelle barcelonaise en train de bosser.

C'est la première personne à qui je parle, elle me demande si ça va. C'était mystique, complètement déconnecté de toute réalité ou de toute rationalité. Un moment vraiment très particulier. Elle voyait juste que j'étais mal et me demandait pourquoi. Je lui parle du match. Elle comprenait sans comprendre. En fait, personne ne peut comprendre ce qu'on ressent. Mais après, même de façon générale, aucun passionné ne peut expliquer la raison de sa passion, et ce peu importe sa passion. La mienne est compliquée à comprendre. Toutes les thunes que j'ai dépensées pour tous ces déplacements, les transports, les hôtels, tous ces kilomètres que j'ai faits... Tout ça pour zéro victoire ! Et pourtant, aujourd'hui je pourrais recommencer. Mais bon là, j'ai l'impression que mes potes ne veulent vraiment plus y aller avec moi...

*Nenos est un pseudo.

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