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Société

Faut-il encore faire son coming-out ?

Un jour, l’hétérosexualité ne sera plus la norme et nous n'aurons plus à nous justifier.

par Benjamin Wirström; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
09 Février 2018, 7:00am

Toutes les photos sont de Benjamin Wirström

Cet article a été initialement publié sur VICE Suède.

L’étape du coming out est différente pour tout le monde. Pour certains, il s’agit d’un événement douloureux mais nécessaire – un mauvais moment à passer qui n’arrive qu’une fois dans la vie. Pour d’autres, il s’agit d’un processus à répéter à chaque nouvelle rencontre pour éviter les maladresses, les regards noirs ou les commentaires déplacés. Pour d’autres encore, le coming out n’est tout simplement pas une option.

Aussi différente que puisse être l'expérience, c'est toujours un moment important dans la vie de quelqu’un. Mais cela est-il voué à changer ? Se peut-il qu’un jour, l’hétérosexualité ne soit plus la norme et que, en tant que personnes LGBTQ, nous ne soyons plus tenus d'expliquer qui nous sommes et qui nous aimons ? Nous avons posé la question à cinq personnes LGBTQ.

William, 26 ans, artiste

« Au cours d'un repas de famille tendu, mes parents m’ont annoncé de but en blanc qu'ils avaient entendu dire que j'étais gay. Ils voulaient savoir si c'était vrai. J’ai répondu : ‘Je suppose que oui.' Je ne sais toujours pas qui leur a dit. Mon père m'a dit qu'il avait des amis gays et que ça ne le dérangeait pas le moins du monde. Quant à ma mère, elle était déçue que je ne l’ai pas mentionné plus tôt.

« J'avais un peu peur de l’annoncer à mes amis. Mes parents m'avaient clairement fait comprendre qu'ils m'aimeraient quoi qu'il arrive, mais je ne savais pas comment mes potes allaient prendre la nouvelle. Un de mes amis proches m'a dit qu'il était complètement d'accord avec ça du moment que je ne tombais pas amoureux de lui. Certains invités à une fête que j'ai organisée ont été choqués de constater que ma maison n’était pas décorée de manière kitsch.

« Un ami m'a récemment dit qu'il se sentait mal à l'aise au travail, parce qu'il n’avait pas encore avoué son homosexualité à ses collègues. Je voyais ce qu’il voulait dire, mais de mon côté, je n'ai jamais ressenti ce besoin de le faire. Je ne vois absolument pas pourquoi on devrait faire un coming out, mais malheureusement, c'est toujours comme ça. Je pense que la société est encore loin de considérer l'homosexualité comme faisant partie de la norme et les gens se sentent encore obligés de faire une annonce formelle. Mais j'ai l'impression que le monde devient de plus en plus ouvert et accepte de mieux en mieux les identités sexuelles des gens – je crois en un avenir où tout le monde sera traité de la même manière. »

Madeleine, 23 ans, étudiante

« Comprendre ma propre sexualité a été un long processus : il y a environ trois ans, j'ai annoncé à mes amis que j'étais aussi attirée par les filles, mais que je ne savais encore très bien où je me situais. Pour moi, cela ne comptait pas vraiment comme un coming out étant donné que je ne pouvais pas dire avec certitude ce que je ressentais.

« Après cela, j'ai commencé à flirter avec des filles et à les ajouter sur Tinder, mais je trouvais ça plutôt difficile, peut-être parce que j’étais toujours sortie avec des mecs jusque-là. Ça me rendait très nerveuse – le fait d’être avec une fille me semblait plus réel et sérieux.

« Je n'ai jamais ressenti le besoin de l’annoncer à ma famille avant d'avoir une relation sérieuse avec une fille. C'était début 2017. J'ai juste lâché le truc à mon père, de manière complètement imprévue, alors qu’il allait se coucher. C'était comme une expérience extracorporelle – sans que je puisse m’en empêcher, je lui ai dit que j'avais longtemps questionné ma sexualité et que j'étais enfin tombée amoureuse. Quand j'ai fini de parler, il m'a dit qu'il m'aimerait toujours quoi qu'il arrive, et qu’il voulait juste que je trouve quelqu'un qui me rende heureuse.

« C'est probablement la seule fois où j’ai fait un coming out officiel. J'espère qu'un jour, les homosexuels n'auront plus à le faire. »

Agri, 22 ans, DJ

« En tant que musulman et personne de couleur, la plupart des gens supposent qu'il m’a été plus difficile que les autres de faire mon coming out, alors qu’en réalité, ça ne s’est pas si mal passé. J'avais 18 ans quand je l’ai dit à ma mère, devant un supermarché. On venait de finir de faire les courses quand la question a été soulevée. Même si, à mon avis, elle s’en doutait depuis longtemps, elle ne l’a pas très bien pris au début – elle semblait un peu déçue. Mais au bout d’une semaine ou deux, elle s’est un peu faite à l’idée et m’a dit que je restais son fils quoi qu'il arrive. Finalement, mon père a également commencé à s’intéresser au sujet – il m’a demandé si j'avais un partenaire et, si oui, s'il pouvait le rencontrer. C'était un très bon moment.

« Faire son coming out, c’est difficile, peu importe votre race et votre religion. Il est impossible de prédire la réaction des gens. Je pensais que ma famille allait réagir de la pire des façons – en réalité, c’était tout le contraire.

« Mon expérience m'a appris que personne n'a l'obligation de faire son coming out – personne ne devrait avoir à expliquer son identité à qui que ce soit. Mais il faudra probablement attendre quelques décennies avant que la société n’ait plus de préjugés. Espérons que le coming out sera moins dramatique dans un proche avenir, car nous sommes tous plus à l'aise avec l'idée que l'identité est un concept fluide. »

Robin, 23 ans, gestionnaire des logements

« J’ai fait deux coming out – le premier en tant que gay, le deuxième en tant que trans. Ma famille est géniale – je ne me suis jamais sentie obligée de me conformer à des rôles spécifiques. J’avais le droit de faire ce que je voulais et de m’habiller comme je le voulais, de sorte que je n’avais même pas compris que j’étais un garçon avant la maternelle. Soudainement, j’ai eu l’impression d’être rangée dans une boîte avec beaucoup de restrictions.

« À partir de là, je essayé de réprimer mon identité du mieux que je le pouvais, jusqu’au moment où j’en ai eu marre. J’avais 22 ans quand j’ai fait mon coming out en tant que trans. Je l’ai d’abord annoncé à mes amis, avant d’appeler ma mère ce même jour – elle a très bien pris la nouvelle. Encore aujourd’hui, j'ai l'impression que le coming out est un processus constant, et c'était ennuyeux au début. Mais, au final, cela joue beaucoup dans la façon dont vous naviguez dans votre vie sociale et dont vous gérez les conversations de sorte à ce que tout le monde soit à l'aise.

« Il est difficile de dire s’il faudra toujours faire un coming out. Certains jours, j’ai l'impression que nous faisons de grands progrès en matière de droits LGBTQ, et d'autres fois, j’ai l'impression qu’on va à reculons. Je ne peux qu'espérer qu'un jour dans le futur, les autres se ficheront de savoir comment vous vous identifiez. »

Björn, 26 ans, artiste de production

« Je crois que j'ai toujours su que j'étais gay, mais j'ai réprimé mes sentiments jusqu'à l'âge de 17 ans. À ce moment-là, j'ai commencé à en parler à quelques personnes – ma mère étant l'une des premières. J'ai simplement laissé échapper la nouvelle alors que je m’apprêtais à partir en soirée. Je pensais qu'elle allait se mettre en colère et le prendre personnellement, mais elle m’a juste demandé si j'avais un petit ami. Donc c'était un peu une douche froide, mais une douche froide très agréable.

« Je me sens obligé de faire mon coming out dans chaque nouvel environnement dans lequel je m'installe – travail, école, groupes d'amis… Quand je dis aux gens que je suis gay à titre préventif, ça m’évite de faire face à des commentaires déplacés. J'ai entendu des collègues faire des remarques homophobes alors même qu’ils ne connaissaient pas mon orientation sexuelle – ce qui m'a poussé à les confronter et à leur demander de fermer leur gueule. Je pense que les personnes LGBTQ devront toujours faire leur coming out – nous serons toujours en minorité, en dehors de la norme. Donc pour l’instant, le coming out fait toujours partie de notre quotidien. »

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