Comment gérer l’angoisse face au week-end qui arrive

Je suis constamment tiraillé entre l’envie de m’amuser et le besoin de me reposer.

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22 Février 2019, 8:46am

Photo : The Creative Exchange/Unsplash

Vous avez travaillé dur toute la semaine et le vendredi semblait ne jamais approcher. Maintenant, il ne vous reste plus que 48 heures avant de commencer à redouter le lundi. Vous devez vous détendre, mais aussi faire des trucs cool, comme passer à cette fête qu’un collègue a mentionnée. Mais vous ne pouvez pas rester tard, car vous avez prévu une randonnée avant le brunch du samedi matin – c'est ce qu'a fait un ami le week-end dernier et ses posts Instagram étaient incroyables. Le samedi soir, vos amis veulent aller voir un spectacle de stand-up. Et si c’était nul et que vous gâchiez votre soirée ? Vous pourriez aller courir le dimanche matin, mais s’il fait trop froid, vous pouvez opter pour un cours de spinning à quelques pâtés de maisons.

Bien que ce ne soit pas un terme médical officiel, le syndrome d’anxiété du week-end paralyse mon week-end, chaque week-end. J’avais besoin de comprendre pourquoi. « Parce que les gens travaillent si dur et tant d’heures, ils ressentent la pression de rendre leur week-end parfait », déclare Catherine Cook-Cottone, chercheuse en méditation consciente et en yoga à l’université de Buffalo, et spécialiste des troubles psychosociaux. « Est-ce que leurs activités sont assez amusantes ? Est-ce qu’elles sont assez excitantes ? Il y a beaucoup de pression sociale, peut-être perçue, pour que le week-end soit formidable. »

Ces brefs moments de temps libre stressent les gens pour plusieurs raisons. Les réseaux sociaux perturbent souvent notre capacité à vivre dans le moment présent et augmentent notre peur de passer à côté de notre vie. Je vois constamment des amis afficher leurs bons moments passés dans un filtre flatteur. Cela me donne l’impression que je ne fais jamais rien d'amusant, pendant que mes potes font du ski dans le Colorado ou de la randonnée en Amérique du Sud. Le problème, bien sûr, c’est que je me fie à une norme qui n’est pas réelle.

Mary Helen Immordino-Yang, professeure d'éducation, de psychologie et de neurosciences à l'université de Californie du Sud, explique : « Les gens postent des photos d'eux à des moments précis. Cela donne la fausse impression que la vie de chacun est remplie de ces moments. »

Ce n'est pas étonnant. Mon temps libre, quand bien même il est relaxant, me paraît gâché si je ne m’adonne pas à des activités dignes d’Instagram. Je dois faire du vélo. Boire un verre dans une brasserie. Aller à un concert. Et je dois faire tout ça avant le coucher du soleil, sinon je suis nerveux.

Les réseaux sociaux ne sont pas le seul facteur de l’anxiété du week-end. Si, par exemple, votre travail vous consomme et que vous ne prenez pas soin de vous (si vous ne mangez pas de manière équilibrée et que vous dormez moins de sept heures par nuit), vous pouvez considérer le week-end comme votre seul moment de détente. Cela met beaucoup de pression sur ces deux jours. D’autant plus qu’un week-end ne saura défaire vos négligences de la semaine, selon Cook-Cottone. « Notre système nerveux ne fonctionne pas de cette façon. »

L'inquiétude pèse particulièrement sur les gens à la fin du week-end. Le blues du dimanche soir touche les gens du monde entier (d'ailleurs il existe des bonbons gélifiés au CBD conçus pour l'apaiser, mais je ne les ai pas encore essayés). Bien que la phobie du lundi matin joue un rôle majeur, la dépression du dimanche soir est également liée à l'anxiété du week-end. Si vous considérez le week-end comme étant le seul moment où vous pouvez vous amuser, il est difficile de ne pas se sentir déprimé et menacé une fois qu’il est terminé.

Le blues du dimanche soir ne veut pas nécessairement dire que vous détestez votre boulot ou votre vie en général. Il pourrait tout simplement s'agir d'une crise existentielle qui remonte à la surface à la fin du week-end. Il est fréquent de se sentir enfermé dans un cycle de surmenage, explique Cook-Cottone. « Le week-end, soit je marche 50 km, soit je bois énormément, et je ne sais jamais trop où tout cela va mener. » Ainsi, votre vie n’est pas forcément nulle, mais vous ne devriez pas ignorer cette anxiété, plutôt la voir comme un messager. Examinez ce qui manque dans votre vie et ce qui vous fait redouter le début de semaine. Aussi, le fait d’éviter les réseaux sociaux peut faire toute la différence. « Si votre téléphone portable vous rappelle sans cesse le monde extérieur, éteignez-le le temps du week-end », conseille Immordino-Yang.

Petite remarque tout de même : si vous vous énervez facilement contre vos proches, si vous avez du mal à vous concentrer au travail ou si vous vous sentez stressé la majeure partie du temps, cela signifie que le problème dépasse l'anxiété du week-end. Selon Cook-Cottone, cela peut être le signe d’un trouble anxieux et, dans ce cas, il faut consulter un professionnel de la santé mentale.

Metta McGarvey, chargée de cours en éducation et présidente du corps professoral du programme Mindfulness for Educators de la Harvard Graduate School of Education, évoque un autre mécanisme permettant de surmonter les inquiétudes du week-end, qui consiste à « être » au lieu de « faire ». « Il est important de développer une approche plus consciente dans notre routine quotidienne », dit-elle. Votre week-end devrait inclure un rituel simple. « Buvez du thé ou du café, prenez un bain, accordez toute votre attention à un être cher, ou exécutez vos tâches plus lentement et soyez pleinement présent. »

Nous pouvons également soulager notre anxiété de fin de semaine en nous amusant davantage pendant la semaine. Si vous prenez le temps de faire plus de choses que vous aimez pendant la semaine (y compris le soir après le travail), le week-end n'aura plus l’apanage des bons moments. Cooke-Cottone conseille à ses patients d’envisager leur journée par cycles de trois heures. Pendant ces trois heures, vous devez prendre le temps de manger quelque chose, de boire de l'eau et de faire une pause. Lorsque la fin de semaine s'annonce, programmez des événements abordables que vous appréciez réellement avec des personnes que vous aimez vraiment.

Un dernier conseil : passer du temps dans la nature permet de réduire le stress. Prendre de grandes respirations, écouter de la musique et passer du temps avec des amis peut également vous aider à profiter du moment présent. Mais faites-vous une faveur et gardez l'expérience pour vous. « Oubliez Instagram », dit Immordino-Yang. Si vous publiez toutes vos expériences, vous les comparerez toujours à celles de vos amis. « Calmez-vous et ne ressentez pas le besoin de partager tout ce que vous faites. »

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