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Le guide Noisey de Stereolab, rois de la pop conceptuelle

Alors que le groupe londonien s’apprête à rééditer ses albums studio et à partir en tournée, on vous explique comment vous plonger dans sa discographie innovante et sans pareille.

par Cam Lindsay
28 Avril 2019, 3:37pm

© David Tonge

Au cours des 19 années qui ont précédé l’interruption du groupe en 2009, Stereolab a sorti une série d’albums envoûtants aux sonorités extraterrestres, à la croisée de la pop et de la musique expérimentale. La formation londonienne sonnait différemment d’un disque à l’autre, et parfois même d’une chanson à l’autre. Salués comme « les rockeurs-collectionneurs ultimes » par le critique musical Simon Reynolds, les membres de Stereolab se sont servis de leurs goûts éclectiques pour élaborer une musique hybride, s’aventurant dans l’avant-garde, la noise, la bossa nova, la lounge et le jazz, jusqu’aux musiques de films, la musique concrète, la pop sixties, la brazilica et le krautrock.

Formé en 1990 par Tim Gane, digger piqué de matos analogique, et la chanteuse française Lætitia Sadier, sa compagne de l’époque, le groupe tire son nom de Vanguard Stereolab, une filiale de Vanguard Records, spécialisée dans les effets hi-fi. Leur musique était cérébrale, avec des textes qui faisaient référence à l’imagerie surréaliste, à la philosophie situationniste et de gauche, chantés en anglais et en français. Comme une parfaite illustration de son amour des disques, Tim Gane a également cofondé un petit label, Duophonic, avec le manager du groupe, Martin Pike. Ce label a sorti des singles et des EPs en édition limitée de Stereolab et d’autres groupes à l'état d'esprit similaire.

« Je pense qu’on peut dire que Stereolab a été conçu comme un groupe de pop 'high concept', et je suppose que c’est toujours le cas, a déclaré Tim Gane à FACT en 2009. J’ai toujours aimé cette idée d’être un groupe conceptuel, et d’obtenir certains effets dans le son des disques et leur apparence, jusqu’aux titres des chansons – vous savez, j’essaie toujours de pousser le concept le plus loin possible. »

Des titres d’albums tels que Switched On, Emperor Tomato Ketchup et The Groop Played “Space Age Batchelor Pad Music” font tous référence à différentes sources d’inspiration (à Wendy Carlos, à un film japonais expérimental, et à une fascination pour la lounge et l’exotisme, dans l’ordre). Les titres des chansons, qui étaient régulièrement source d’étonnement et d’amusement pour les fans, pouvaient sembler sibyllins, comme « Puncture In The Radax Permutation » ou « How To Play Your Internal Organs Overnight », mais aussi plutôt simples, citant directement leurs héros : « John Cage Bubblegum », « The Free Design », « We’re Not Adult Orientated (Neu Wave Live) », « Brigitte ».

La seule constante de Stereolab était l’accent français de Lætitia Sadier et sa voix grave et impassible. Bien qu’elle interprétât ses textes avec une fraîcheur décontractée, sa constance en tant que chanteuse, en particulier capable de passer d’une langue à l’autre sans effort, a fait office de repère central dans le chaos musical qui l’entourait. Jusqu’à sa mort prématurée en 2002, sa camarade de chant Mary Hansen était le ying du yang de Lætitia Sadier, leurs belles harmonies à deux voix compensaient la voix plus lourde et plus stoïque de la Française avec son doux falsetto.

Comme beaucoup d’artistes inclassables qui ont tenté leur chance dans le paysage post-Nirvana alternatif du début des années 90, Stereolab s’est construit une fanbase assez importante. En 1993, ils signent un contrat aux États-Unis avec la major Elektra, où ils enregistrent huit albums avant d’aller du côté de 4AD en 2008 pour leur dernier album studio. Le groupe ne s’est que très peu aventuré dans la culture mainstream (musique d’une publicité pour la Volkswagen Coccinelle, référence au nom du groupe dans une réplique du film High Fidelity), mais il a joué un rôle clé dans l’établissement de la scène post-rock de la fin des années 90, avec d’autres groupes comme Tortoise et Mouse On Mars, qui ont coproduit leur album Dots and Loops, sorti en 1997.

On peut entendre des traces évidentes de la musique de Stereolab dans le travail d’artistes arrivés après comme Broadcast, Air, Laika, Electrelane, Atlas Sound et plus récemment, Le SuperHomard, et Vanishing Twin. Et du fait de leurs rythmiques singulières et leurs arrangements fantaisistes, ils ont été samplés par des artistes de tous styles, y compris des artistes établis comme Busta Rhymes, Madlib et Brandy, et des artistes plus récents comme Jamilia Woods, le collectif Pro Era et le regretté Mac Miller. Et accessoirement fait dire à Pharrell que c'était « la meilleure musique de fellation. »

En pause depuis 2009, Stereolab est de retour et va enfin rééditer ses albums studio, à commencer par Transient Random-Noise Bursts with Announcements sorti en 1993, avant d’entamer une tournée cet été et cet automne. Pour tous ceux qui n’étaient pas présents lors de la première vie du groupe, voici une introduction à la discographie innovante et inégalée de Stereolab.

Vous voulez vous plonger dans le Stereolab jazzy exotica ?

Il est parfois considéré, à tort, que Stereolab a fait partie du revival lounge du début des années 90. Cette confusion leur était partiellement imputable. Nommer leur disque de 1993 The Groop Played “Space Age Batchelor Pad Music” ne pouvait qu’être trompeur pour les aficionados de la populaire série de compilations Ultra-Lounge de l’époque. Mais si ce disque n’était pas vraiment pensé pour être la bande son d’un cocktail (la version « mousseuse » du morceau « Space Age Batchelor Pad Music » a été décrite par Simon Reynolds comme « une mélodie muzak qui serait tombée dans une piscine »), Stereolab ne parodiait pas seulement des légendes de l’exotica comme Martin Denny et Juan Garcia Esquivel.

Dans un entretien avec le L.A. Times, le groupe a reconnu son rôle dans le revival lounge : « Mais nous avons nos propres interprétations de l’exotica, y déclarait Lætitia Sadier. Par exemple, on a fait un album intitulé Space Age Batchelor Pad Music, qui tournait autour du smooth schmooze des années 50, mais c’était notre propre mutation de celui-ci. C’est le son de Stereolab en fait. »

Une partie de leur musique pourrait être considérée comme de l’easy listening. L’album qui tend le plus vers la muzak est l’ambitieux Dots and Loops. L’intro « Brakhage » est à la fois plutôt up tempo et tout à fait relaxant, avec ses fills de batteries jazzy, ses chaudes nappes de Moog et ses boucles de vibraphone qui dominent le tout. L’album s’assouplit au fil des morceaux, avec le joyeux « Prisoner of Mars », la béatitude orchestrale de l’entraînant « Rainbo Conversation » et le long « Refractions in the Plastic Pulse », qui est, pour faire court, une suite en quatre parties où le groupe exprime une série de pulsions expérimentales.

Il y avait dans cet album une vibe qu’ils revisiteront tout au long des suivants. Des titres comme « Velvet Water » ( Cobra and Phases Group Play Voltage in the Milky Night, 1999), « Hallucinex » ( Sound Dust, 2001), « The Man With 100 Cells » ( Margerine Eclipse, 2004), « Daisy Click Clack » ( Chemical Chords, 2008) et « Laserblast » ( Not Music, 2010) varient entre lounge, bossa nova et exotica.

Playlist: “Brakhage” / “Plastic Mile” / “Nomus et Phusis” / “Prisoner of Mars” / “The Man With 100 Cells” / “Rainbo Conversation” / “Spacemoth” / “Hallucinex” / “Refractions in the Plastic Pulse” / “Daisy Click Clack” / “Laserblast” / “Gus The Mynah Bird” / “Spool of Collusion”

Vous voulez vous plonger dans le Stereolab politique ?

En écoutant distraitement les morceaux de Stereolab, on pourrait occulter le fait que leur musique contienne autant de petits manifestes politiques. Mais le groupe ne prônait pas son anticapitalisme avec la même belligérance que Public Enemy ou Rage Against the Machine. Au lieu de cela, le groupe a intégré ses points de vue radicaux dans les paroles poétiques de Lætitia Sadier, qui se sont mêlées aux mélodies persuasives de leur musique.

Bien sûr, les opinions politiques de Stereolab faisaient pâle figure par rapport au groupe précédent de Tim Gane, McCarthy, qui apparaissait comme l’un des groupes les plus dogmatiques de la scène C86, surnom donné au boom de l’indie pop britannique du milieu des années 80. Le chanteur Malcolm Eden était un fervent communiste qui utilisait la pop orientée jangle du groupe comme plate-forme pour ses revendications anti-Thatcher et anticapitalistes. Lætitia Sadier s’était jointe au chant pour leur dernier album, Banking, Violence And The Inner Life Today sorti en 1990, avant qu’elle et Tim Gane ne forment Stereolab.

On peut néanmoins toujours sentir l’empreinte de McCarthy dans ce qui a suivi.

Leur single de 1994, « Ping Pong », contient le message politique le plus net de Stereolab, à l’intérieur d’une chanson pop entraînante. Avec ses cuivres vibrants, son orgue principal entêtant et la voix de Mary Hansen dans les chœurs, Lætitia Sadier s’en prend à la fois au capitalisme et à l’armée : “There’s only millions that lose their jobs / And homes and sometimes accents / There’s only millions that die / In their bloody wars, it’s alright.” (Ce ne sont que des millions de personnes qui perdent leur emploi / Ainsi que leur maison et parfois leur accent / Ce ne sont que des millions de personnes qui meurent / Dans leurs foutues guerres, c’est pas grave).

Comme Tim Gane l’a déclaré au Washington Post en 1999, Stereolab n’a jamais fait de la politique son cheval de bataille. Mais, comme l’explique Lætitia Sadier dans une interview accordée à Westword en 2012 : « La musique et la politique vont parfaitement de pair. […] Je suis surprise qu’il n’y ait pas plus de politique dans la musique de nos jours. Cela donne simplement du sens à ce que je fais, et je vois que beaucoup de groupes dans la période post-punk étaient extrêmement politisés… C’était une façon de se battre. On vit un peu dans un système où il faut se battre. »

Playlist: “Ping Pong” / “Crest” / “Brakage” / “Motoroller Scalatron” / “Eye of the Volcano” / “Contronatura” / "The Man with 100 Cells"

Vous voulez vous plonger dans le Stereolab krautrock ?

Des petits accords de synthé cosmique aux récurrents rythmes motorik 4/4, la musique de Stereolab est pleine de références au krautrock. Souvent, cette affinité pour la musique expérimentale allemande s’est traduite par de longs jams ou des improvisations soudaines. Mais à la différence de tout autre groupe de leur époque, Stereolab pouvait transformer même les sons les plus tordus en une musique pop hypnotique. C’était le plan depuis le début.

« Au début des années 80, j’étais un grand fan de musique krautrock comme Faust, Neu! et Can, dira Tim Gane à Tape-Op en 2013. J’avais fait partie de deux groupes, et je ne voulais pas former “juste un autre groupe”. Je cherchais un moyen de combiner l’expérimental avec le commercial. L’idée était de combiner des mélodies pop naïves avec le minimalisme d’un rock très épuré. »

À ses débuts, Stereolab utilisait beaucoup de rythmes 4/4 et des murs de sons hypnotiques. Mais sur « Metronomic Underground », le titre phare de leur magistral album de 1996 Emperor Tomato Ketchup, le groupe a fait passer son inspiration au niveau supérieur, ouvrant le disque le plus accessible et le plus célèbre de son catalogue avec un marathon envoûtant de huit minutes. Comme « Spoon » de Can avant eux, il s’agissait ici de maintenir un groove funk stable et apaisant, tout en l’entourant de désordre. Malgré sa longueur, la chanson est devenue une des préférées de leurs fans, en partie grâce à ses harmonies vocales à deux voix.

Emperor Tomato Ketchup offre bien d’autres inspirations de l'ingénierie allemande. Le morceau éponyme ressemble à Neu!, un groupe dans lequel Michael Rother et Klaus Dinger ont déconstruit le modèle de la musique rock dans le Düsseldorf d’après-guerre des années 70 et 80. Tim Gane étant un fan avoué, il n’est donc pas surprenant que le rythme crépitant et les bruits de battements du morceau rappellent l’intemporel « Hallogallo » du LP Neu! sorti en 1972.

Le krautrock ne se résume évidemment pas seulement à Neu! et à Can, et Stereolab avait certainement fait preuve de sa compréhension du mouvement pour en repousser les limites. La face B « Ulan Bator » sortie en 1994 gargouille et fredonne comme un morceau issu de l’album Sowiesoso du groupe pré-krautrock Cluster, et le bourdonnant « We’re Not Adult Oriented » est le travail d’un groupe qui a passé d’innombrables heures dans une chambre à étudier les jams psychédéliques d’Amon Düül, qu’ils ont samplé plus tard sur « Diagonals » de Dots and Loops.

Playlist : « Metronomic Underground » / « Jenny Ondioline » / « Op Hop Detonation » / « Emperor Tomato Ketchup » / « The Long Hair Of Death » / « Silver Sands (Emperor Machine Remix) » / « French Disko » / « Wow And Flutter » / « Les Yper-Sound » / « Ulan Bator » / « We’re Not Adult Oriented »

Vous voulez vous plonger dans le Stereolab rétro 60's ?

Au milieu des années 90, Stereolab n’avait plus grand-chose en commun avec le groupe qui faisait du drone rock quelques années auparavant. Tim Gane avait commencé à ajouter une nouvelle couche de complexité à la musique de Stereolab. Cela semblait faire ressortir son amour pour la musique pop des années 60, y compris la sunshine pop (Harpers Bizarre, Beach Boys), le yéyé (Françoise Hardy, Jane Birkin) et la pop baroque (The Left Banke, The Zombies). En 2009, il racontait à FACT : « À partir de 1993 environ, il y a eu une espèce de changement dans ma façon d’écrire ; j’en avais vraiment marre de faire les choses de la même façon. C’est alors que s’est éveillé mon intérêt pour la répétition. Pour la répétition en elle-même et pour la révélation de quelque chose grâce aux superpositions. »

Grâce au chant bilingue de Lætitia Sadier, Stereolab était déjà étiqueté « pop française ». Mais avec les arrangements de cordes radicaux et les harmonies vocales à plusieurs voix de « Cybele’s Reverie » dans Emperor Tomato Ketchup, sans parler des bonnes vibrations dans des morceaux comme « You Used To Call Me Sadness » et « Fluorescences », Stereolab s’est transformé en un élégant groupe de pop orchestrale.

Avec John McEntire, le percussionniste de Tortoise et The Sea & Cake en tant que producteur sur la plupart des morceaux de Dots and Loops, Stereolab poussait le jazz, la bossa nova et les influences électroniques du groupe encore plus profondément au cœur de leur musique. Mais des titres comme la valse « The Flower Called Nowhere » et l’entraînant « Miss Modular » devaient clairement beaucoup au romantisme des années 60 porté par des artistes comme Burt Bacharach, Wendy & Bonnie ou encore The Association.

Cette influence a continué jusqu’à Cobra and Phases. « The Spiracles » ressemblait à quelque chose sorti de l’album Surf’s Up des Beach Boys, « The Emergency Kisses » était ce qui se rapprochait le plus du yéyé chez Stereolab et « With Friends Like These » pourrait même impressionner Jean-Claude Vannier. Sound Dust est arrivé ensuite avec la pop douce et aérienne de « Nought More Terrific Than Man » et l’effervescent « Captain Easychord », un mélange de country cosmique et de musique inspirée du groupe Tijuana Brass avant de changer d’ambiance en milieu de morceau et de rappeler les étranges expériences pop de Joe Meek & The Blue Men.

Dans une interview accordée à Wired en 2008, Tim Gane expliquait sa fascination pour la musique des années 60 : « Pour moi, [elle] fait partie des musiques les plus compliquées ou les plus complexes parce qu’elle a tellement de sonorités qui vous frappent. Cette musique est en elle-même souvent simple, mais la façon dont je l’interprète, ou la façon dont je pense qu’elle est interprétée culturellement, est très complexe. » À l’époque, il faisait la promotion du dernier album studio du groupe, Chemical Chords sorti en 2008, qui est sans doute l’hommage le plus clair du groupe à la pop des années 60, grâce en partie aux arrangements de Sean O’Hagan, son collaborateur de longue date aux cordes. Le résultat est un ensemble cohérent de chansons où l’on retrouve le côté bouncy Bacharachesque de « Self Portrait With “Electric Brain” » et « Silver Sands », et l’élégance baroque présente dans le morceau éponyme ainsi que dans « The Ecstatic Static ».

Playlist: “Cybele’s Reverie” / “Fluorescences” / “Miss Modular” / “The Spiracles” / “Chemical Chords” / “Nought More Terrific Than Man” / “The Flower Called Nowhere” / “You Used To Call Me Sadness” / “The Emergency Kisses” / “Long Life Love” / “Allures” / “Captain Easychord” / “With Friends Like These” / “The Ecstatic Static”

Vous voulez vous plonger dans les side projects de Stereolab ?

Stereolab a toujours été un groupe pour les collectionneurs de disques, et vu que tous ses membres ont été actifs en dehors du groupe, il y a beaucoup de choses à explorer. Le meilleur point de départ serait le premier groupe de Tim Gane, McCarthy. Au début, ce n’était qu’un groupe de pop indie londonien parmi d’autres, mais les velléités révolutionnaires du chanteur Malcolm Eden les a largement distingués de leurs pairs de la jangle pop. Comme Stereolab, McCarthy était un des groupes favoris du DJ de la BBC John Peel, et était vénéré par les autres rockeurs activistes Manic Street Preachers, dont Nicky Wire avait salué le premier album de McCarthy, I Am A Wallet, comme « le disque le plus parfait, un manifeste communiste mis en musique ». Et bien que cet album constitue probablement l’apogée de la carrière de McCarthy, les fans de Stereolab devraient peut-être écouter d’abord leur dernier album, Banking, Violence and the Inner Life Today, où on retrouve Lætitia Sadier.

Tim Gane a travaillé sur un certain nombre de projets avec Sean O’Hagan, ancien membre du Stereolab, et dont le groupe, The High Llamas, partage une esthétique pop similaire. Tim Gane a participé au mixage de l’album Talahomi Way du groupe sorti en 2011, après que le duo ait composé la bande originale pop orchestrale du film La Vie d’artiste de Marc Fitoussi en 2007. Ils ont également enregistré un album en 1997 sous le nom de Turn On, qui incluait aussi le percussionniste de Stereolab Andy Ramsay. L’album éponyme est le disque qui ferait typiquement saliver un collectionneur de claviers Moog, avec ses synthés analogiques pétillants et ses rythmes fluides et jazzy. Il ressemble plus à un regroupement d’essais studios de Stereolab qu’à quoi que ce soit d’autre, en particulier le titre « Re Tenone », avec Lætitia Sadier au chant, qui aurait très bien pu être sur Emperor Tomato Ketchup.

Récemment, Tim Gane a concentré son énergie sur Cavern of Anti-Matter, un groupe qu’il a formé avec le batteur de Stereolab Joe Dilworth et le magicien du synthé Holger Zapf. Basé à Berlin, l’actuel lieu de résidence de Tim Gane (évidemment), ce trio de fanatiques de matériel vintage est l’un des exemples les plus sincères de vénération du krautrock et de la kosmiche à l’heure actuelle. Les fans de Stereolab entendront peut-être des traces de l’ancien groupe de Tim Gane sur des morceaux comme « Phase Modulation Shuffle », issu d’ Hormone Lemonade sorti l’an dernier, ou sur « Insect Fear », issu de Void Beats/Invocation Trex sorti en 2016. Mais la majorité des trois albums de COAM sont de profondes plongées immersives dans un tout autre monde de musique synthétique.

Lætitia Sadier n’a pas chômé non plus. Bien qu’elle eût terminé son projet parallèle, Monade, la même année où Stereolab s’était interrompu, il y a beaucoup de choses à fouiller de son côté. Basé en France, le groupe a sorti trois albums studio – Socialisme ou barbarie (The Bedroom Recordings), 1996, A Few Steps More, 2005 et Monstre Cosmic, 2008 – s’appropriant le côté pop plus orchestral de Stereolab. Après Monade, Lætitia Sadier a continué en solo, sortant quatre albums de style pop-art globe-trotter chez Drag City, travaillant avec des collaborateurs comme John McEntire, le regretté auteur-compositeur-interprète et producteur Richard Swift, Sam Prekop de The Sea & Cake, Jeff Parker de Tortoise et enfin Julien Gasc et Joe Watson de Stereolab.

D’autres membres de Stereolab ont sorti leurs propres projets. Le seul album d’Europa 51 (Abstractions, 2003) est l’œuvre des membres Andy Ramsay et Simon Johns, et convie également Mary Hansen et les membres de The High Llamas Dominic Murcott et John Bennett. Tout comme Stereolab, Europa 51 était un projet hybride qui combinait des genres comme la lounge, le jazz, le bluegrass et la folk pour un beau résultat, même si parfois inégal. Dans un style plus similaire à celui de Stereolab, il y a Imitation Electric Piano, le groupe formé par Simon Johns avec le guitariste britannique Andrew Blake, qui s’est d’abord lancé dans l’exploration du post-rock cosmique et jazzy, avant de devenir un groupe d’avant-pop téméraire sur Blow It Up, Burn It Down, Kick It ’Till It Bleeds sorti en 2006. Les fans de shoegaze et de Britpop apprécieront le premier album de Snowpony, The Slow Motion World of Snowpony, produit par John McEntire, où l’on retrouve Katharine Gifford, qui a joué sur Mars Audiac Quintet, Debbie Googe (My Bloody Valentine), Debbie Smith (Echobelly, Curve) et Kevin Bass (Rollerskate Skinny, Quickspace).

En tant que groupe, Stereolab a collaboré avec d’autres artistes. Leur musique enregistrée en 1997 avec le groupe post-industriel Nurse With Wound vaut clairement la peine d’être écoutée ; des titres comme « Animal Or Vegetable [A Wonderful Wooden Reason...] » et « Simple Headphone Mind » sont de longs voyages psychédéliques à travers l’inconnu. Il y a eu aussi Uilab, fusion entre Stereolab et Ui, le groupe de rock expérimental qui incluait le critique musical Sasha Frere-Jones. Ils n’ont sorti qu’un seul EP (Fires, 1997) qui propose principalement des versions intrigantes de « St. Elmo’s Fire » de Brian Eno.

Playlist: McCarthy “Red Sleeping Beauty” / Cavern of Anti Matter “Phase Modulation Shuffle” / Monade “Sensible Et Extensible” / Stereolab/Nurse With Wound “Animal Or Vegetable [A Wonderful Wooden Reason...]” / Imitation Electric Piano “Energy Is Beautiful” / McCarthy “Take The Shortest Way With The Men Of Violence” / Laetitia Sadier “Dry Fruit” / Tim Gane & Sean O’Hagan “Champagne!” (from La Vie d’Artiste) / Europa 51 “Europa 51”

Cet article a d'abord été publié sur Noisey US.

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