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Ce que les festivaliers du Woodstock de 1969 pensent du Woodstock de 2019

« Je ne me souviens pas beaucoup du premier festival parce qu'on avait pris trop de drogues, mais il était magique. Le nouveau n’a pas l’air magique, il a l’air trop planifié. On dirait Coachella. »

par Justin Caffier; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
15 Avril 2019, 7:56am

Festivaliers à Woodstock en 1969 (Photo de Ralph Ackerman/Getty Images)

Il est difficile de croire que les baby boomers ont fait partie de la contre-culture qui a défini les années 60 et participé à la libération sexuelle et à l’expérimentation des substances contre lesquelles ils ont milité plus tard. Et s’il y a bien un événement qui représente la quintessence du passé hippie de cette génération, c’est Woodstock, le festival de trois jours qui a rassemblé 400 000 personnes dans les montagnes de Catskill en 1969.

Woodstock occupe une place particulière dans notre histoire culturelle. Aujourd’hui, l’industrie du festival représente des milliards de dollars. Il n’est donc pas surprenant que ses créateurs aient essayé de recréer sa magie plusieurs fois au fil des années. Maintenant que le fiasco de 1999 est presque oublié et que les millenials s’ennuient, fatigués de voir toujours les mêmes artistes en têtes d’affiche, les organisateurs de Woodstock mettent tout en œuvre pour rendre le 50e anniversaire du festival épique. Débordante de noms légendaires comme John Fogerty et d’icônes contemporaines comme Jay-Z, la programmation de l'événement qui se tiendra du 16 au 18 août 2019 a été dévoilée la semaine dernière et a suscité des réactions mitigées. Une liste d’artistes de toute évidence sélectionnés pour séduire à la fois le public de Coachella et d’« Oldchella » peut-elle vraiment séduire les deux générations ?

Afin de mieux évaluer l’intérêt du 50e anniversaire de Woodstock, nous avons discuté avec des baby-boomers qui ont assisté au festival initial en 1969. Ils nous ont donné leur avis sur les artistes de la programmation, ont comparé les deux éditions et nous ont dit s’ils envisageaient de participer ou non à ce petit voyage nostalgique.

« Pour être honnête, je n'ai aucune idée de qui sont la plupart de ces artistes. J'ai vu que Melanie passait. The Grateful Dead aussi, alors qu’ils n’ont même pas joué à l’édition originale. Country Joe sera là, mais sans les Fish. Cela va parler à une génération différente.

Les installations seront probablement meilleures. J'espère qu’il y aura assez de médecins. Lors du festival initial, je boitais et je savais que j'avais quelque chose dans le pied, alors je suis allé à la tente médicale et on m'a enlevé une épine qui avait déjà provoqué un abcès.

La nourriture sera probablement meilleure aussi. Il n'y en avait pas assez à l'original. Joan Baez avait apporté un morceau de bleu dans les coulisses, mais personne n’en voulait. Alors, quand elle est montée sur scène, elle l'a jeté dans la foule et tout le monde a commencé à se battre pour en avoir un bout. Les gens étaient affamés.

Je ne sais pas s’ils vendent des pass VIP pour celui-ci. Des personnes que je connais aimeraient venir avec une caravane et vivre une expérience plus luxueuse. Personnellement, je n’ai pas envie de passer trois jours dans la boue. Je passe mon tour. »

Lois Weiss, New York, NY

« Je suis assez impressionné. En parcourant le line-up, je ne reconnais que quelques noms de mon époque. Il y a Santana, Robert Plant, Fogerty, Melanie. Des artistes plus jeunes ? Je suis très branché musique. J'écoute Spotify tout le temps. Killers, Lumineers, je connais beaucoup de ces groupes. Maggie Rogers, j'aime bien. Il y a Portugal the Man, Gary Clark Jr – lui, je l’adore. Et le troisième jour, qui ne connaît pas Jay-Z, Imaginary Dragons [sic] et Halsey ? Encore une fois, ce sont des artistes que j'écoute. Je m’intéresse à beaucoup de genres différents. Il y en a certains… Larkin Poe, je ne sais pas qui c’est.

Pour être honnête, pendant les concerts, il y a toujours beaucoup de bagarres. Il y avait de l’alcool là-bas [au Woodstock original] et je n’avais que 16 ans. J'ai essayé la weed et tout le reste. Je ne dis pas que je suis un ange, mais c’est aussi loin que je sois allé en matière de drogue. Les gens vous filent toutes sortes de trucs pendant ces concerts. Mais même si vous me donniez trois billets gratuits, je n’irais pas. J’ai un peu peur des gamins d’aujourd’hui. Vous les regardez de travers et ils démarrent au quart de tour.

Ce fut une sacrée expérience, cela dit, et j'espère que d’autres personnes auront la chance de la vivre. »

Chuck Iasillo, West Chester, NY

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Photo fournie par Arthur Edelmann.

« Parmi les noms, il y a bien sûr les célébrités d’aujourd’hui, comme Miley Cyrus. Mais les plus anciens… Wow, ils seront là ? Ils jouent encore ? Qui l’eut cru ? Country Joe, Canned Heat… Il y a beaucoup de gens que je ne connais pas, en revanche. C’est très bien qu’il y ait des artistes des deux générations, car la musique a beaucoup changé en 50 ans, c’est sûr.

Dans ce genre de festival, le plaisir réside en grande partie dans les découvertes. Vous allez voir David Crosby and Friends, par exemple, puis vous finissez par rester pour le groupe d’après, Dawes, ou Edward Sharpe and the Magnetic Zeroes. Je pense que si vous aimez la musique, vous allez vous intéresser à divers genres.

Nous, les baby boomers, nous étions nombreux, et c'était la première fois que nous participions tous ou presque à un événement. C'était donc une surprise totale. Personne ne savait à quoi s'attendre. Je me souviens que je suis resté assis un moment dans ma voiture à observer la foule. J’étais abasourdi quand la radio a annoncé que Woodstock était temporairement déclarée deuxième plus grande ville de l’État et classée zone sinistrée. J'ai du mal à imaginer que cela se reproduise, que tant de personnes campent dans un même endroit.

Je suis sûr que le nouveau festival aura des installations que nous n’avions pas, notamment en matière d’hygiène et d’assainissement. C'était assez précaire. Après deux ou trois jours, j’ai commencé à avoir besoin d’une douche et j’ai demandé où je pouvais en prendre une. Quelqu'un a répondu : ‘Non, il n’y a pas de douche, mais il y a un étang, là-bas.’ Je suis allé me baigner et c’était le paradis. Je n’avais jamais vu autant de femmes nues dans ma vie et je n’en reverrai jamais autant.

Je ne pense pas que les drogues circulent autant aujourd’hui qu’à l’époque. Je me souviens que j’étais dans un bus scolaire, où la moitié des sièges avaient été retirés et où des matelas avaient été installés ; un mec récitait son menu dans l’allée : mescaline, LSD, etc. C’était mon premier trip. »

Arthur Edelmann, Eugene, Oregon

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Photo fournie par Arthur Edelmann.

« Un line-up impressionnant, même si je dois avouer que je ne connais pas tous les artistes. On dirait que les organisateurs ont voulu satisfaire un large public.

Je pense qu'il est important d’écouter de la musique en live et pas seulement en streaming. Je suis pour la performance artistique et le soutien du public.

Le premier Woodstock est arrivé à une époque et à un endroit qui explosaient musicalement. Je ne pense pas qu’il puisse être reproduit, et je pense que nous pouvons l’honorer non pas en essayant de le reproduire, mais en soutenant de nouveaux artistes qui ont quelque chose à dire sur notre vie et notre époque.

Je n’irai pas à cette nouvelle édition, mais je repense avec beaucoup d’affection à la première, lorsque j’étais encore une jeune canadienne de 14 ans qui, sans le savoir, s’est retrouvée à la ferme, errant là-bas seule, embrassant la musique et les gens qui aimaient tant la vie et espérant que le monde était prêt pour le changement. »

Brenda Stevenson, Sturgeon Point, Ontario

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Photo fournie par Jeanne Bertsch (à droite).

« Je ne connais aucun de ces types et pourtant j’écoute de la musique en permanence ! Ah si, Portugal. Janelle Monae, je l'adore. Il y a beaucoup de rappeurs, non ? Lors du premier festival, je connaissais tous les groupes. Je les aimais tous. Là, je n’en connais même pas la moitié. J'ai 71 ans maintenant. Ce n’est pas mon monde.

Je suis allée au premier parce que j'étais hippie. Je me déplaçais partout en bus. J'y suis allée avec Wavy Gravy et la Hog Farm. Je vois que celui-ci est prévu pour le mois d’août, donc dans longtemps, alors que pour le premier, avec Wavy et les Merry Pranksters, on s’est organisés deux jours à l’avance.

Si je devais y aller, ce serait pour le premier jour. Le lendemain, il y a The Dead. J’ai vécu à l'époque de The Grateful Dead et je n’étais pas une grande fan. Ils sont tous morts de toute façon. On a tous pris beaucoup trop de drogues. Je ne me souviens pas beaucoup du premier festival, mais il était magique. Le nouveau n’a pas l’air magique. Il a l’air trop planifié. Il me rappelle Coachella – rien à voir avec Woodstock. »

Jeanne Bertsch, Los Angeles, Californie

Cet article a d'abord été publié sur Noisey US.

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