On a parlé à des gens qui étaient à Woodstock en 1969 de Woodstock 2019

« On a tous fait une surdose. Je ne me rappelle pas beaucoup du premier, mais je me rappelle que c’était magique. Celui-là ne me semble pas magique. »
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
woodstock 1969
Festival goers at Woodstock in 1969 (Photo by Ralph Ackerman/Getty Images)

Il est difficile de croire que les baby-boomers ont déjà fait partie de la contre-culture qui a défini les années 60, vivant selon le crédo « sexe, drogue et rock’n’roll », contre lesquels ils ont pesté plus tard dans leur vie. Et s’il y a un événement emblématique de la génération hippie, c’est Woodstock, le festival de trois jours qui a eu lieu dans les montagnes Catskill et où se sont rassemblés 400 000 d’entre eux en 1969.

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Woodstock occupe une place particulière dans l’histoire culturelle américaine, et, depuis que l’industrie des festivals engrange des milliards de dollars, il n’y a rien d’étonnant à ce que ses créateurs aient tenté de reproduire la magie de ce week-end-là à quelques reprises. Alors que le cauchemar de relations publiques qu’a été Woodstock 1999 est tout sauf oublié et que les milléniaux sont fatigués de voir les mêmes artistes sur toutes les affiches, les organisateurs mettent le paquet pour que le Woodstcok du 50e anniversaire, qui aura lieu du 16 au 18 août, soit retentissant. La programmation, avec des légendes comme John Fogerty et des icônes d’aujourd’hui comme Jay-Z, a circulé, et les réactions ont toutefois été mitigées. Est-ce qu’une programmation de toute évidence faite pour attirer à la fois le public de Coachella et celui de « Oldchella » peut s’aliéner les deux générations?

Pour avoir une meilleure idée de l’effet du 50e anniversaire, on a parlé à des baby-boomers qui étaient au Woodstock de 1969. Ils étaient heureux de donner leur opinion sur le choix des artistes, de comparer le Woodstock original à ce que pourrait être le nouveau Woodstock, et de nous dire si cette tentative de susciter la nostalgie les incitera à y participer.

« Je ne sais pas du tout qui sont ces artistes, pour être honnête. J’ai vu que Melanie va être là. Les Dead vont être là et ils n’étaient même pas à l’original. Country Joe y sera, mais sans Fish. Ça va attirer une autre génération.

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« Les installations seront sûrement meilleures. J’espère que les jeunes vont profiter du personnel médical. À l’original, je boitais quand je marchais, et je savais que j’avais quelque chose dans le pied, alors je suis allée à la tente médicale et on m’a enlevé une épine dans le pied qui était déjà en train de former un abcès.

« La nourriture sera sûrement meilleure aussi. Il n’y en avait pas assez à l’original. Joan Baez avait apporté quelque chose au fromage bleu en coulisse et personne ne le mangeait, alors elle l’a lancé à la foule et tout le monde se battait pour les morceaux. Ils étaient affamés.

« Je ne sais pas s’ils vendent des billets VIP pour celui-là. Les gens que je connais vont vouloir y aller avec une roulotte et avoir plus de luxe. Je ne vais pas passer trois jours dans la boue. Je vais passer mon tour. »

-Lois Weiss, New York, New York

« Je suis assez impressionné. Dans cette programmation, il n’y a que quelques noms de mon époque que je reconnais. Il y a Santana, Robert Plant, Fogerty, Melanie. Les plus jeunes artistes? Comme je dis, je suis très versé dans la musique. J’écoute Spotify tout le temps. The Killers, The Lumineers… je connais beaucoup de ces groupes. Maggie Rogers, j’aime ça. On a Portugal the Man, Gary Clark Jr. – je l’adore. Et le troisième jour, qui ne connaît pas Jay-Z, Imaginary Dragons [sic] et Halsey? Encore une fois, ce sont des artistes que j’écoute. J’aime beaucoup de styles différents. Quelques-uns, comme Larkin Poe, je ne sais pas du tout qui c’est.

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« Pour être honnête, aux concerts, il y a toujours un peu de bagarre. Il y avait de l’alcool là-bas [au premier Woodstock] et j’avais juste 16 ans. J’ai essayé le pot et autres choses. Je ne dis pas que j’étais un ange, mais je n’ai pas été plus loin en ce qui concerne la drogue. Les gens vous refilent toutes sortes de choses dans ces concerts, par contre. Mais si vous donniez des billets gratuits, non, je n’irais pas. J’ai plus peur des jeunes d’aujourd’hui. Tu regardes quelqu’un d’une façon qu’il n’aime pas et il va vouloir se battre avec toi.

« C’était génial, par contre, et j’espère que les gens pourront vivre ce que j’ai vécu. »

- Chuck Iasillo, West Chester, New York

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Woodstock 1969. Image : Arthur Edelmann

« En regardant ces noms, je vois qu’il y a bien sûr des artistes comme Miley Cyrus qui sont célèbres maintenant. Pour ce qui est des plus vieux noms, je me dis : « Wow, ils vont vraiment y être? Ils donnent encore des concerts? » Country Joe, Canned Heat étaient là. Il y a beaucoup d’artistes que je ne connais pas, par contre. C’est vraiment bien qu’il y ait beaucoup d’artistes qui font partie de la vieille génération avec les jeunes, parce que la musique a beaucoup changé en 50 ans. Ça, c’est sûr.

« Ce qui est le fun dans ces concerts, c’est en partie qu’on voit beaucoup d’artistes qu’on ne connaît pas. Disons que tu vas voir David Crosby and Friends, mais que tu restes pour voir les groupes qui suivent, Dawes ou Edward Sharpe and the Magnetic Zeroes. J’ai l’impression que si on aime la musique, on va aussi aimer d’autres artistes.

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« Notre génération, les baby-boomers, on est nombreux, et c’est la première fois qu’on est tous sortis pour quelque chose, alors c’était une surprise totale. Personne ne savait à quoi s’attendre. Je me rappelle que j’étais assis dans mon auto et que je regardais la foule, et que c’était incroyable quand on a annoncé à la radio que Woodstock était temporairement la deuxième ville la plus populeuse de l’État et qu’elle était déclarée zone sinistrée. J’ai du mal à imaginer que ça se reproduise, autant de gens qui campent quelque part.

« Je suis sûr qu’au nouveau il y aura des installations qu’on n’avait pas, surtout des installations sanitaires. Il n’y avait pas grand-chose. Après deux ou trois jours, on commençait à avoir besoin de prendre une douche. J’ai demandé autour de moi s’il y en avait une, et quelqu’un m’a dit : « Non, il n’y a pas de douche, mais il y a un étang là-bas où on peut se baigner tout nu. » Alors on est allés à l’étang, et je dirai juste que j’aimerais avoir cet étang au paradis. Je n’ai jamais vu autant de femmes nues dans ma vie et je ne reverrai jamais ça.

« Je ne pense pas qu’ils donnent des drogues aujourd’hui comme dans le temps. Je me rappelle que j’étais assis dans un autobus scolaire, la moitié des sièges avaient été enlevés et il y avait des matelas à l’arrière, et un gars est passé dans l’allée en énumérant ce qu’il y avait à son menu, mescaline, LSD et tout le reste. Ç’a été mon premier trip. »

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- Arthur Edelmann, Eugene, Oregon

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Woodstock. Image : Arthur Edelmann

« C’est une programmation impressionnante, mais je dois confesser que je ne connais pas tous les artistes. On dirait que les organisateurs ont voulu plaire à un large public.

« J’ai l’impression que c’est important d’écouter de la musique en concert, pas en streaming, alors je suis en faveur des artistes qui donnent des concerts et du soutien du public.

« Lors du Woodstock original, c’était une époque et un lieu musicalement absolument explosifs. Je ne pense pas que ça peut être reproduit, et on fait honneur à cette époque en n’essayant pas de la reproduire. À la place, on peut réfléchir à la magie que ç’a été, et soutenir les nouveaux artistes qui ont quelque chose à dire à propos de nos vies et notre époque.

« Et donc, je n’irai pas à ce 50e anniversaire, mais j’affectionne mes souvenirs de mon séjour à Woodstock. J’étais une jeune fille canadienne de 14 ans qui se retrouvait sans le savoir sur cette ferme, qui se baladait seule, qui se sentait en sécurité dans l’univers de la musique et des personnes qui étaient tellement amoureuses de la vie, et de l’espoir que le monde soit prêt pour le changement. »

- Brenda Stevenson, Sturgeon Point, Ontario

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Woodstock. Photo : Jeanne Bertsch (à droite)

« Je ne connais aucun de ces nouveaux artistes, et je suis quelqu’un qui écoute toujours de la musique! Portugal, en voilà un. Janelle Monae, je l’aime. Beaucoup sont des rappeurs, non? Je connaissais chacun des groupes au premier concert. Je les aimais tous. Là, je n’en connais peut-être même pas la moitié. J’ai 71 ans. Ce n’est pas ma génération.

« Je suis allée à l’original parce que j’étais une hippie. J’étais avec Wavy Gravy à la Hog Farm. Je vois que celui-là est prévu longtemps d’avance, alors que pour le premier, j’y suis allée avec Wavy et les Merry Pranksters à deux jours d’avis.

« Si j’y allais, ce serait le premier jour. Le deuxième, il y aura The Dead, et j’ai vécu avec The Grateful Dead et je n’étais pas une grande fan. Ils ne sont plus parmi nous de toute façon. On a été à la tente des surdoses pendant un moment. On a tous fait une surdose. Je ne me rappelle pas beaucoup du premier, mais je me rappelle que c’était magique. Celui-là ne me semble pas magique. Ça a l’air trop planifié. Ça me fait penser à Coachella, contrairement à Woodstock. »

- Jeanne Bertsch, Los Angeles, Californie

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