Manger comme un batteur en tournée

Hôtel miteux, camion fatigué et poulet à toutes les sauces : le régime alimentaire mouvementé d'un groupe sur la route.
B
par BRDR

Aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours voulu jouer de la batterie. Ça tient sans doute à l’aspect imposant de l’instrument. Quand on est môme, on rêve plus de conduire une grosse Cadillac que la Mégane de son daron. Il doit en être de même pour les tambours et les trompettes.

Avec Deputies, l'affaire remonte à 6 ou 7 ans. Le boulot m’amène sur Paname où je retrouve mes vieux potes Thomas et Hugues. Avec ces mecs, ça fait 15 piges qu’on parle de musique 24 heures sur 24. Genre que de ça. À l’époque, on n’a pas de meuf, pas de thune et pas mal de temps à revendre. Alors pourquoi pas s’y mettre ?

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Un soir chez Jeannette – un rade du Xe arrondissement ambiance bobo chic (sic) – on fait, un peu par hasard, la rencontre de Sharif. Avec son collier de coquillages autour du cou, il débarque tout juste d'un groupe skate-punk de la Réunion. Il enchaîne les pintes deux par deux. On tient notre chanteur.

En vrai, l’aliment numéro 1 du musicien en tournée, c’est le poulet. Pas cher et apprécié de (presque) tous, le volatile est une valeur sûre des cantines de festivals.

Comme souvent, les premiers concerts sont un peu chaotiques. On essaie quand même de pas trop regarder nos pompes et de mouiller le polo Fred Perry. Ça plaît aux potes et, sans faire de zèle, on tient finalement le rythme d’une quinzaine de dates par an ; du bistrot pourlingue au festival de 5 000 kids. Un printemps, Hugues doit retourner à Lyon pour rejoindre sa petite famille. Tout le monde est un peu triste. Finalement Richard le relaie à la basse. Lionel, notre fidèle manager, ressort les clés du van et on reprend la route.

Quand on débute dans la musique, le concept de la tournée s’apparente un peu à la vie rêvée. On s’imagine jouer dans des bleds paumés, tester tous les alcools les plus douteux et, surtout, finir en after avec des types ivres morts et/ou semi-déments. En vrai, c'est exactement ce qu’il s’y passe. À la différence près que le palace 5 étoiles et le tourbus chromé sont remplacés par des hôtels d’autoroute un peu miteux et des camions bien fatigués. Forçat du rock oblige.

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Concrètement, en tournée, une journée s'organise autour de trois moments ; les balances, le concert et le casse-croûte. Le reste du programme consiste soit à attendre, soit à rouler. D’où l’importance de la bouffe. Et là encore, il faut revoir ses prétentions à la baisse. Ce ne sont pas des homards bleus ou des poulardes au vin jaune qui attendent ceux dont le nom est à peine mentionné sur l’affiche. À la place, pensez plutôt au meilleur de la gastronomie de stations-service ; sandwich triangles, chips goût pizza et sodas tièdes.

En vrai, l’aliment numéro 1 du musicien en tournée, c’est le poulet. Pas cher et apprécié de (presque) tous, le volatile est une valeur sûre des cantines de festivals. Poulet-basquaise, poulet pané, salade de poulet, chicken burger, pâtes au poulet, sans compter l’incontournable poulet rôti… Rien que pour 2017, on a compté pas moins d’une quinzaine de recettes de poulet sur une vingtaine de dates. Même le resto U offre plus de surprises.

On notera quand même une variante locale aux abords de la Garonne où le poulet est irrémédiablement remplacé par du canard. Ce qui peut laisser de délicieux souvenirs comme lors d’un Kiosq'nRock où, depuis quatre ans, dans cette mégalopole gersoise de 3 527 âmes, l’équipe se démène pour organiser un bête de petit festival. Question cuisine, les organisateurs misent sur les classiques du coin : foie gras, confit de canard, vin rouge et Rockamagnac – un cocktail sucré à l’armagnac, de leur invention, qui se déguste dès 10 heures du mat. Parfait pour une longue séance de balances au soleil.

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Mais pas question de faire la fine bouche devant le tropisme volailler. D'abord parce que les cuistots gardent toujours une bonne bouteille de rhum dans leurs placards – il serait con de se fâcher. Surtout parce qu’ils doivent souvent composer avec le budget d’un étudiant en fin de mois pour nourrir toute une armée de gaillards affamés. Il s’agit donc de rivaliser d’inventivité, quitte à déconcerter les convives. Est-ce que cela autorise pour autant à mettre des tomates dans les croques monsieur ? Les spécialistes trancheront.

Autre incontournable, le Bosphore de Belfort. Le plat signature de la maison ? Une insolente brochette de bœuf cuite au feu de bois surnommée « le bras d'enfant »

Au palmarès des meilleures adresses croisées, on retiendra notamment le Lolly Papaye dans la commune de Lancieux, à 30 minutes de Saint Malo. Une cabane de plage qui accueille des concerts et une foule d’habitués en haute saison. L’attachant patron, « Boucq », mériterait un article à lui tout seul. Sa crêpe au caramel beurre salée (100 % locale) ferait presque oublier l’existence du Nutella. Prends ça, Pietro Ferrero.

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Autre incontournable, le Bosphore de Belfort ou le « catering » officieux du festival FIMU et des Eurockéennes. L’endroit se démarque avec sa déco sobrement composée de posters et d’écharpes de Sochaux mais aussi par ses grillades gargantuesques. Le plat signature de la maison ? Une insolente brochette de bœuf cuite au feu de bois surnommée « le bras d'enfant ». Un cauchemar pour végétarien.

Enfin, on reste dans la bidoche avec une mention spéciale à l’équipe toujours inspirée du Laryrock Festival (à Chevanceaux en Charente-Maritime) pour l’invention du fabuleux concept : « Entrecôte + concerts = 12 euros ». L’idée marketing du siècle pour remettre d’aplomb l’industrie musicale française. On laisse les professionnels potasser le business plan, en attendant, Deputies reprend la route en 2018. Préparez les rôtissoires, on s’occupe du reste.


Deputies a sorti un nouveau clip en septembre 2017. Vous pouvez également les suivre sur Facebook.