Art & Armes à feu

D'Arman à Michael Murphy, petit tour d'horizon des artistes qui se servent de flingues comme médium.

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13 Juin 2017, 10:03am

Objet de fascination pour certains, de dégoût pour d'autres, les armes inspirent les artistes au point de parfois devenir le point central d'une œuvre toute entière. Transformer un engin de mort en création, c'est une façon de se le réapproprier, de le détourner de sa vocation initiale, d'en faire quelque chose de beau et au final de prendre le pouvoir sur lui en annihilant son pendant létal.

Se servir d'une arme pour en faire un œuvre ne peut pas être un geste neutre. Pour certains artistes, c'est un moyen de dénoncer l'absurdité de nos sociétés violentes. Pour d'autres, c'est une solution pour exorciser le passé. En utilisant les armes comme médium, on intrigue forcément, du coup, on vous file un petit tour d'horizon des œuvres réalisées avec des flingues.

ATELIER VAN LIESHOUT

Atelier Van Lieshout, WWIII, 2012, Ventura Lambrate

Ruche créative faisant travailler, près de Rotterdam, une vingtaine d'artistes et de designers qui opèrent sous la direction de Joep Van Lieshout, l'AVL a poussé très loin l'utilisation des armes dans un but artistique. Ne se limitant pas à les collecter pour les peindre ou les assembler en sculptures, ces activistes hollandais de la création tous azimuts sont allés jusqu'à fabriquer leurs propres batteries antiaériennes, leurs propres canons, ainsi que des fusils automatiques. Une démarche extrême qui s'inscrit dans une conception autarcique de l'atelier d'art puisque l'AVL avait rédigé sa constitution, battait sa monnaie et avait même un drapeau, comme une nation à part entière. Et disposait, symboliquement du moins, de ses propres moyens de défense. Pour Josep Van Lieshout, créer des armes permet de parler de la guerre mais aussi de l'héroïsme, de l'éthique, et de la violence.

MICHAEL MURPHY

Afin de dénoncer l'omniprésence des armes aux États-Unis, le sculpteur américain Michael Murphy, pionnier du « Perceptual Art », a composé une carte de son pays avec plusieurs dizaines de pistolets automatiques factices. Le message est fort. Murphy pointe du doigt de façon symbolique et dans une démarche radicale les États-Unis comme étant une société ultra-violente dont la structure même — l'ADN national — de ce qui constitue la nation et la fait tenir debout, est irrémédiablement associée aux armes. Gun Country (2014) est une œuvre militante.

MOHAMED DUMA

Mohamed Duma, Drawing on death, 2014

Artiste syrien ayant directement vécu les horreurs de la guerre, Mohamed Duma a décidé de transformer les bombes qui avaient massacré sa famille et une partie de ses concitoyens en art. En tant que peintre, il a collecté les restes d'artillerie qui jonchaient les rues de sa ville natale de Douma pour les recouvrir de motifs et en faire des « œuvres de résistance au régime syrien ». Montrant ainsi au monde, dans un besoin de conjurer la souffrance subie, sa vision personnelle du conflit. Mohamed Duma fait de son art un moyen de combattre et de dénoncer la barbarie. C'est sa contribution au combat que son peuple livre pour survivre.

GONÇALO MABUNDA

Gonçalo Mabunda, TRONES, 2004

Né en 1975 au Mozambique, le sculpteur Gonçalo Mabunda travaille sur la mémoire de son pays, marqué par une guerre qui a duré trois décennies. À la fin des années 90, il participe à l'exposition « Transformation des armes en objets d'art » aux côtés d'autres artistes africains, Fiel dos Santos, Cristóvão Canhavato et Humberto Delgado. Mabunda insuffle aux AK 47, lance-roquettes, fusils et autres pistolets automatiques des formes anthropomorphiques, pour bien rappeler que c'est avant tout l'Homme qui tue par le biais de l'arme. Extrêmement critique envers le pouvoir, qu'il accuse d'être responsable des conflits et des souffrances que son pays a connus, il a également produit une série de trônes réalisés avec des armes, qui ont contribué à le faire connaître.

ARMAN

Arman, Boum boum ça fait mal, 1960

Arman, dans sa passion dévorante pour l'accumulation d'objets et dans sa créativité hors du commun pour les assembler entre eux, a lui aussi utilisé des armes dans ses œuvres. Dès les années 60, c'est un thème qu'il aborde dans son travail notamment avec la composition Boum boum, ça fait mal, un assemblage de pistolets en plastique dans une boîte en plexiglas. Collectionneur d'armes comme de nombreux autres objets, la guerre et la violence sont des sujets qui le préoccupent. Dans sa sculpture Humphrey Bogart's memorial qui date de 1979, il utilisera de vrais pistolets afin de rendre hommage à la beauté des films noirs tout en dénonçant leur violence.