Si vous jetez parfois un œil à notre site Internet et aux bouquins qu’on sort, vous avez probablement déjà vu le travail de Peter Beste. C’est le mec qui a shooté l’intégralité du bouquin True Norwegian Black Metal, le recueil de photos le plus complet sur la scène black metal jamais sorti. Il a aussi pris plein de photos de la scène screwed de Houston qui, accompagnées d’un texte de l’écrivain Lance Scott Walker, seront publiées dans un livre qui devrait sortir courant 2012. Son dernier projet en date est une série de photos baptisée Chemtrails, sur les traînées de condensation que les avions laissent dans le ciel. Il n’aime donc pas que le maquillage noir et blanc et le sirop qui ralentit.
VICE : Salut Peter. Tes principaux travaux sont centrés sur les scènes musicales de l’underground, j’imagine qu’il y a un truc qui t’attire dans ce genre d’ambiances particulièrement viriles ?
Videos by VICE
Peter Beste :Ouais, j’ai toujours été attiré par l’underground en général. Les projets sur le black metal et Houston étaient importants pour moi parce que les deux univers me fascinaient quand j’étais gamin. J’ai grandi près de Houston, donc j’ai un peu vécu tout le truc de loin. C’était vraiment deux mondes que je voulais observer. Je me suis un peu tourné vers d’autres types de photographie maintenant, qui n’impliquent pas forcément des gens, mais ouais, j’ai toujours été intéressé par les contre-cultures.
Donc, la scène rap de Houston, c’était comment ?
Et bien, je crois que c’était finalement plus facile de se faire accepter de l’autre côté de l’Atlantique, en Norvège, que dans mon propre voisinage à Houston. Ça a pris du temps. Je veux dire, les gens voient un blanc avec un appareil photo dans le ghetto et il a l’air un peu suspect, tu vois. Comme pour le black metal, ça a été un long processus pour y arriver.
Une fois que t’y es parvenu, est-ce que t’as remarqué des usages un peu particulier ? Genre un truc que tous les mecs portaient ?
Pas vraiment, en réalité. Il y a certaines scènes à Houston qui promeuvent un style de vie très matérialiste. Tu sais, le genre de trucs que tu vois sur MTV, etc. Et donc, au sein de cette même communauté, il y a des symboles très précis qui représentent le statut des mecs. Puis, à côté, il y a une toute autre communauté bien plus intéressante, à mon avis, qui voit plus loin que la connerie et la façade de cette image traditionnelle du rap et qui se préoccupe beaucoup moins des bijoux et des voitures. Ils essaient juste de faire de la vraie musique et d’être des gens authentiques.
Qu’est-ce qui différencie ces groupes là, en terme de style ?
On est dans le Sud, donc il y a des grills partout. Et il y a la « piece and chain » comme ils l’appellent, un médaillon incrusté de diamants avec ton nom dessus et attaché à une chaîne en platine. Ça, c’est deux standards du rap MTV de Houston. Puis il y a le « slab », qui est généralement une vieille voiture américaine recouverte de plusieurs couches de peintures super brillantes aux couleurs acidulées, avec des jantes et ce genre de trucs. Un guide existe pour ceux qui voudraient le suivre.
Le screwed and chopped est partout là-bas.
Il n’y a pas une seule personne qui critique DJ Screw à Houston. Il a été une véritable force unificatrice et a calmé beaucoup d’embrouilles entre les groupes des différents quartiers de la ville. Beaucoup de gens disent qu’il a aussi participé à l’explosion de la drogue, mais bon, peu importe. Tant que les gens s’unissaient au lieu de s’entretuer, il a été une grande force, et il a créé un style de musique qui a abouti sur un mode de vie. Houston est une ville immense, étendue, chaude et tout a un peu ralenti avec lui. Alors la codéine qu’ils boivent, l’herbe qu’ils fument, et le rythme très lent de la musique correspondent très bien à la ville.
Et les filles ? J’adore cette photo là, « Look Fabulous at Ghetto Prices ».
Oh mec, les filles dans les clubs sont toutes sapées de manière impossible ; elles montrent autant de peau qu’elles peuvent et ont des tatouages hauts en couleurs. Toutes mes photos « After Hours » illustreront probablement mieux ce dont j’essaie de parler. Les mecs aussi au final, ils sont tous dressed to impress.
Passons au black metal — c’est marrant parce que, en tant qu’outsider, le metal extrême m’a toujours semblé très viril, un truc de mecs, mais l’image, les fringues et le maquillage font partie intégrante du mouvement.
Ouais, l’image est très importante au final, à la fois pour la scène black metal norvégienne et pour les thugs de Houston. Ils voient tous ça comme un symbole du pouvoir, tu sais, les costumes dans le black metal et les chaînes brillantes dans le rap. Ils font un véritable effort pour se saper, se montrer sous un certain jour. Ça ne veut pas dire que l’image est la seule chose qui compte, hein. Bien sûr il y a quelques groupes qui privilégient la forme au fond, mais la raison pour laquelle le black metal m’intéresse depuis aussi longtemps, c’est qu’il y a plein de gens vrais. L’image fait partie du truc, mais c’est surtout une histoire de mode de vie. L’image est juste la manifestation de ce style de vie et de cette musique, tu vois ?
Et du coup, d’où vient leur esthétique ?
Si tu leur demandais ça, ils te diraient que c’est la manifestation d’une énergie diabolique. Je ne sais pas si « diabolique » est le mot qui convient, mais, tu sais, ils vivent submergés par les ténèbres et la solitude, en marge. Si tu veux voir ça sous un angle sociologique, ils utilisent les habits et le maquillage pour se placer délibérément le plus loin possible de la norme. Le corpse-paint fait aussi largement partie du truc. Pour les mecs des 90s, c’était un rituel qui les aidait à entrer dans leur personnage, ou dans la dimension, ou dans je ne sais quel endroit depuis lequel ils faisaient toutes sortes de trucs.
Y avait-il un mec qui était plus obsédé que les autres par tous ces trucs ?
Ouais, Nattefrost. D’ailleurs, c’est lui qui est sur la couv’ et la quatrième de couv’ du livre, et il est aussi vrai que nature. Les nuits où je le photographiais, il commençait à se préparer à 22h et ne voulait pas shooter avant que le soleil ne se lève. Bien sûr, plein d’autres trucs fous avaient lieu en même temps, mais il voulait que tout soit parfait – les os humains suspendus aux bâtons, son maquillage, sa hache, et plein d’autres trucs. Mais généralement les mecs se préparaient très rapidement. Ils ont pris l’habitude de le faire vite en partant en tournée,et maintenant ils peuvent le faire en, genre, une demi-heure.
Cool. Les deux photos qui sortent du lot pour moi, ce sont celles de Kvitrafn de Gorgoroth debout dans la rue, et celle de King Ov Hell, dans sa voiture. Ce sont des situations vraiment banales et pourtant, les mecs sont hyper apprêtés. Ils sortent souvent comme ça ?
Non. C’est ce qui est bizarre avec ces photos, parce que ces mecs, en particulier, sont très discrets et ne mélangent jamais ça avec leurs vraies vies. Ils sont tous les deux profs en fait. La plupart de ces mecs ne rêve pas de sortir dans la rue comme ça. Contrairement à ce que certains doivent penser, je ne crois pas qu’ils cherchent à attirer l’attention du grand public.
Ils veulent être dans leur monde, même lorsqu’ils deviennent leur personnage metal.
Ouais. Enfin, peut-être qu’ils cherchent l’attention de leur propre scène, mais définitivement pas du grand public.
King Ov Hell montre son côté sensible.
Il y a des tabous de style dans la communauté black metal ? Comme Attila Csihar qui utilise parfois du néon pour ses corpse-paint, ou des trucs du genre ?
Le black metal est une musique très traditionnelle. Il y a pas mal de gens qui en repoussent un peu les limites, mais les passionnés de hardcore l’aime d’une certaine manière, et quand ça s’écarte un peu trop de ça, ça les dérange. C’est le cas pour plusieurs genres musicaux, ceci dit. Le punk fonctionne de la même manière, peut-être même avec des codes encore plus tranchés que le black metal. Mais qui peut critiquer Attila, l’un des précurseurs de la scène ? C’est l’un des meilleurs en son genre.
Est-ce que tu as dû te saper comme eux pour acquérir leur respect ?
Ah, ah, non. Ce n’était pas une histoire de fantasme refoulé, je n’ai jamais fait ça. J’ai pris une photo de moi où je portais la veste de l’un des métalleux, avec une hache à la main. Mais juste parce qu’on était dans une ville qui s’appelait « Hell in Norway », donc il fallait que je prenne une photo de moi à la gare de l’enfer avec une hache, tu comprends ?
JAMIE CLIFTON
More
From VICE
-

A24 -

Screenshot: Epic Games -

Mega Gyarados in Pokemon UNITE
