Le sang des nouveau-nés pourrait avoir des vertus anti-âge

Quand la science vient à la rescousse de la littérature macabre, les rituels beauté des vampires se dotent de fondements biocellulaires.

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15 Novembre 2016, 8:00am

L'idée selon laquelle le sang des jeunes humains pourrait servir d'élixir magique anti-âge est l'un des thèmes de prédilection de la littérature macabre. Incarné entre autres par la comtesse hongroise Elizabeth Barythory, soupçonnée d'avoir pris des bains dans le sang de jeunes vierges après les avoir égorgées, le trope s'étend aujourd'hui au personnage du vampire qui cherche à se maintenir en forme grâce à une routine beauté à base de sang frais. L'entrepreneur Peter Thiel lui-même ne fait pas de mystère sur son désir de s'injecter le fluide de vie prélevé sur de jeunes êtres frémissants.

L'idée selon laquelle le jeune sang aurait des vertus régénératrices est assez répandue, et pourtant, elle n'est pas aussi folle et malsaine qu'elle apparait dans la culture populaire. Dans la transcription d'une communication intitulée « Young Blood for Old Brains », le neurologue de Stanford Tony Wyss-Coray dévoile les résultats d'années de recherche sur la transfusion chez la souris.

La communication mise à disposition en intégralité sur Youtube. Si vous avez le cœur sensible, prenez garde : le chercheur évoque entre autres la parabiose, une technique expérimentale qui consiste à souder deux organismes entre eux.

« En général, nous apparions une souris de 3 mois (l'équivalent de 20 ans chez l'homme) et une souris de 18 mois (l'équivalent de 65 ans chez l'homme) » explique Wyss-Coray. « Nous les laissons vivre soudées pendant cinq semaines, et observons les changements moléculaires, cellulaires, subcellulaires, etc. »

Il faut avouer que la fusion artificielle entre deux corps d'âges différents ressemble déjà suffisamment à un mélange entre de la magie noire et un flirt déraisonnable avec les frontières de l'éthique. C'est pour cette raison que la parabiose est fortement décriée par les militants pour les droits des animaux, qui estiment qu'il s'agit là d'un acte de pure cruauté.

Même si cette pratique est très controversée, elle existe depuis 150 ans déjà, et suggère que les individus âgés tirent de grands bénéfices du partage de sang et de plasma avec leur jeune moitié parabiotique. Les chercheurs ont ainsi découvert que grâce à la parabiose, le cerveau des vieilles souris voyait augmenter son activité synaptique, sa neurogénèse et sa plasticité.

Les mécanismes sous-jacents de ces effets n'ont pas encore été découverts par les chercheurs, mais plusieurs équipes travaillent actuellement à éclaircir ce mystère et à reproduire ces résultats chez l'homme. En tant que codirecteur du Centre de recherche sur la maladie d'Alzheimer de Stanford et directeur adjoint du Centre de régénération, de réparation et de restauration des tissus, Wyss-Coray s'intéresse de près aux bénéfices potentiels du sang jeune et à ses applications en prévention des maladies neurologiques associées au vieillissement.

Dans ce but, il a déjà commencé à traiter des sujets humains touchés par la maladie d'Alzheimer en utilisant des infusions de plasma prélevés à des individus jeunes. Nous aurons les résultats de ces tests cliniques dans les prochains mois, selon la revue Science.

De toute évidence, les scénaristes de films d'horreur vont bientôt avoir de nouvelles idées charmantes à exploiter à l'écran.