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Les djihadistes ont publié leur première nouvelle de science-fiction

Le texte a été publié dans Kybernetiq, un magazine djihadiste germanophone spécialisé dans la technologie.
19.1.16
Capture d'écran de Kybernetiq.

La propagande des groupes djihadistes, qu'il s'agisse de s'accaparer des hashtags populaires sur Twitter ou de produire des films de qualité quasi-hollywoodienne, est l'une des plus efficaces et sophistiquées qui soient. Mais désormais, certains djihadistes s'essayent à une nouvelle forme de propagande : la science-fiction.

« Les caméras de surveillance et les canons à détecteur de mouvements nécessitent leur propre centrale électrique », peut-on par exemple lire dans le premier récit de science-fiction djihadiste, intitulé « L'Unité ». « Après l'énorme explosion, la construction s'est déroulée à une vitesse incroyable. Les puissances de l'OTAN ont mis une forte pression sur le nouveau gouvernement laïque de l'Anatolie. Ils sont parfaitement conscients que nous finirons par balayer Constantinople comme s'il s'agissait d'un simple fétu de paille. »

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Le texte est inclus dans « Kybernetiq », un magazine germanophone consacré essentiellement à la technologie et à la cybersécurité édité par des djihadistes autoproclamés, bien que leur affiliation ne soit pas claire. Kybernetiq a été diffusé par des comptes Twitter de djihadistes, selon SITE Intelligence, une entreprise spécialisée dans la surveillance des réseaux terroristes.

Signé par quelqu'un qui se fait appeler « Prof. Dr. Yuito Abdillah », commandant du « 3ème Régiment Cyborg », le texte se veut une sorte de propagande futuriste qui « devrait donner aux musulmans à travers le monde de la motivation et de quoi réfléchir. »

« Les auteurs de Kybernetiq s'attachent à publier une nouvelle dans chaque numéro. Les protagonistes varient, mais chaque histoire se déroule au même endroit », explique la préface.

Cet endroit, c'est la « République Socialiste du Kurdistan », qui, dans l'univers fictionnel des auteurs, s'étend sur 270.000km2. « Son territoire s'est élargi de façon exponentielle au cours des dernières décennies, grâce notamment à l'aide étrangère », précisent les auteurs, même s'ils ne disent jamais clairement en quelle année se déroulent les événements qui sont relatés.

« L'utopie kurde est devenue réalité. Mais quelque chose de terrible se prépare dans la région, qui pourrait bien mettre un terme à la paix », poursuit le texte.

Si le Kurdistan a beaucoup enflé, la Turquie, elle, a considérablement rétréci, et elle en est désormais séparée par une immense douve artificielle remplie de mines et de pièges mortels, créant ainsi « une sorte de no-man's land entre la Turquie occidentale et les régions kurdes », détaille le récit.

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Les Kurdes, un groupe ethnique partagé entre la Turquie et une région autonome du nord de l'Irak, continuent à se battre pour leur indépendance, particulièrement ces dernières années alors que l'État islamique autoproclamé s'est emparé de vastes régions en Irak et en Syrie.

Dans ce récit de science-fiction, les Kurdes sont parvenus à obtenir l'indépendance. Dans le même temps, « nous, les moudjahidines, contrôlons de larges étendues du Levant jusqu'à Damas », peut-on lire. Autrement dit, ce groupe s'imagine contrôler le Liban, la Jordanie, Israël et une partie de la Syrie (même si le « Levant » est un terme général et souvent contesté, et qu'il n'est donc pas simple de situer précisément les régions dont il est question).

Bien qu'il affirme haut et fort que ce texte est un texte de propagande, on peine à saisir quel message l'auteur veut faire passer. L'affiliation du groupe n'est pas très claire, mais l'un de ses porte-parole a assuré à Radio Free Europe qu'ils ne font « pas partie de l'État islamique. »

En tant qu'œuvre de science-fiction, le récit manque de détails concernant la technologie ou les questions éthiques susceptibles de se poser, se concentrant plutôt sur l'aspect politique. Les illustrations sont impressionnantes, montrant un petit convoi de chevaux accompagnés d'un pick-up se dirigeant vers ce qui ressemble à une base, tandis que d'immenses tours industrielles peuvent être aperçues au loin dans le brouillard.

On ignore pour l'heure si Kybernetiq (ou un autre magazine djihadiste) continuera à publier régulièrement de la science-fiction, mais sa simple existence constitue déjà un tournant pour le moins étrange dans l'univers de la propagande djihadiste.