Nos Nouveaux Voisins

Quand les Européens et les réfugiés font la fête ensemble

Ou pourquoi les soirées constituent le meilleur moyen de découvrir une autre culture.

par Mahmoud Al Abdallah
29 Mai 2017, 7:00am

Toutes les photos sont de l'auteur

Cet article fait partie de la série « Nos Nouveaux Voisins », pour laquelle des jeunes réfugiés de toute l'Europe ont écrit sur les sujets qui leur tenaient à cœur. Cliquez ici pour en savoir plus.


Mahmoud Al-Abdallah a 18 ans et vient de Damas, en Syrie. Il vit désormais à Vienne, en Autriche.

Je viens d'une grande famille : j'ai huit frères et sœurs. En Syrie, j'étais toujours entouré par ma famille et mes amis. Lorsque la guerre a débuté, ma famille a voulu que je quitte l'école. Ils avaient peur, car tous les garçons d'un certain âge avaient de grandes chances d'être enrôlés. Je ne voulais pas rester chez moi à ne rien faire, alors on a trouvé un compromis : j'ai quitté Damas et j'ai déménagé dans une petite ville au sud de la Syrie ; j'ai habité chez un ami pendant quelques années et je suis allé dans une autre école.

En décembre 2015, j'ai fui en Autriche – où mon grand frère habitait depuis déjà trois ans. La plupart de mes amis ont décidé de rester en Syrie ou de fuir au Liban. Avant que je n'arrive à Vienne, mon frère a essayé de me préparer aux différences culturelles, mais rien n'a changé : je ne m'étais jamais senti aussi seul dans toute ma vie. Je ne connaissais personne, à part mon frère – et mon pays me manquait terriblement.

On m'a rapidement accordé l'asile et j'ai voulu apprendre l'allemand, histoire de m'intégrer plus facilement. Mes professeurs d'allemand étaient des étudiants bénévoles. Ils étaient super sympa et on a fini par passer beaucoup de temps tous ensemble, en dehors des cours. Mon groupe d'allemand est rapidement devenu une deuxième famille. C'était une surprise, et c'était extrêmement réconfortant aussi : ces gens, qui ne me connaissaient que depuis quelques semaines, avaient hâte de m'aider à m'intégrer à leur société.

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Mes deux meilleurs amis sont autrichiens. On s'est rencontré en cours d'allemand et je leur suis reconnaissant de m'avoir appris tant de choses sur la culture autrichienne. L'été dernier, nous sommes tous allés au festival de musique Donauinselfest : je n'avais jamais vu autant de gens au même endroit, en train de danser, chanter, s'amuser.

On va également à beaucoup de soirées. Pour vous, ce n'est peut-être pas grand-chose, mais pour moi, les soirées sont quelque chose d'incroyable : en Syrie, j'étais trop jeune pour aller faire la fête avec les gens de mon âge. Les seules soirées auxquelles j'allais étaient les réunions de famille. Aujourd'hui, quand je suis invité à une fête où je vais pouvoir rencontrer du monde, je me sens accepté, j'ai l'impression de faire vraiment partie de ce nouveau monde qui m'entoure.

Au fait, je suis un musulman pratiquant, je ne bois pas d'alcool, et tout le monde s'en fiche ! Personne ne m'a forcé à boire en soirée ou ne s'est moqué de moi, au contraire : je pense que nos différences renforcent nos amitiés. Lorsqu'on cuisine quelque chose tous ensemble, on fait attention à ce qu'il n'y ait pas de porc sur la table. Et, en contrepartie, je leur apprends à cuisiner des spécialités syriennes.

L'année dernière, pour Pâques, un de mes amis m'a invité chez ses parents. Ils m'ont donné un lederhose, une chemise à carreaux et m'ont appris les danses traditionnelles autrichiennes. Sans surprise, c'était la première fois que je portais l'habit traditionnel autrichien, et j'ai adoré ! On a même caché des œufs en chocolat dans le jardin pour aller faire la chasse aux œufs après.

En retour, je leur ai parlé de ma culture : Eid al-Fitr et Eid al-Adja, deux fêtes qui sont aussi importantes pour les Syriens que Noël et Pâques sont importants pour les Autrichiens. On a célébré les deux tous ensemble, et c'était génial de voir tout le monde participer : lorsque vous célébrez des fêtes de différentes cultures, la vie devient tout de suite plus gaie !

Ma vie a radicalement changé depuis que je suis arrivé en Autriche. Ça n'a pas toujours été facile, et je me fais beaucoup de souci pour ma famille et mes amis syriens. Mais, grâce aux nouveaux amis que je me suis faits ici, le fait de changer de pays a été moins traumatisant et stressant. Je ne pourrais jamais assez les remercier.

Pour signer la pétition de l'UNHCR qui vise à assurer la sécurité des réfugiés, cliquez ici.

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