Sur la trace des dernières Motobécane de Guadeloupe
Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation de Gilles Elie-Dit-Cosaque.
Culture

Sur la trace des dernières Motobécane de Guadeloupe

Gilles Élie-Dit-Cosaque est parti à la recherche de la « grena' », la mobylette préférée des Guadeloupéens des années 60.
28 avril 2017, 4:21pm

« Ça roule, c'est robuste, fiable, simple d'utilisation et surtout, ça brille ! » C'est avec cette évidence désarmante que Gilles Élie-Dit-Cosaque explique l'engouement des Guadeloupéens pour la Chaudron, modèle de Motobécane très prisé sur l'île antillaise dans les années 60. Surnommé « grena' » en raison de sa couleur chaude, il était carrément devenu un marqueur social, traduisant une certaine aisance chez ses possesseurs, qui parcouraient aisément les terres plates sur son dos. Aujourd'hui, bien que la mobylette soit un peu tombée en désuétude, elle est toujours transmise de génération en génération et conserve une certaine aura.

Le photographe et réalisateur Gilles Élie-Dit-Cosaque, Parisien né de parents martiniquais, a pris pour prétexte cet ancien symbole de réussite sociale pour dresser un portrait de la vie sur l'île et de ses habitants. Sa série de fiers portraits en 6x6, Ma grena' et moi, est complétée par un documentaire éponyme — le tout est exposé au Garage, à Pantin, où se situait justement l'usine de production de ces fameuses Motobécane. Pour en savoir un peu plus sur cette histoire de mobylettes, j'ai contacté l'auteur en question.

Creators : Bonjour Gilles. Pouvez-vous commencer par m'expliquer l'importance de la « grena' » en comparaison avec les autres modèles de Motobécane ?
Gilles Élie-Dit-Cosaque : Disons qu'elle simplement arrivée au bon moment au bon endroit. En fait, elle a connu en Guadeloupe le même succès que dans d'autres régions de France et du monde. Mais l'engouement a duré plus longtemps.

Comment avez-vous rencontrés vos modèles : les avez-vous croisés au hasard sur votre route ou les avez-vous recherchés spécifiquement ?
Les rencontres se sont faites au hasard des déambulations. On m'a prêté une grena', avec laquelle j'ai parcouru les routes de Grande-Terre. Chaque fois que je croisais une personne qui roulait en grena', je l'arrêtais et je lui demandais si elle voulait participer au projet. Et quand je voyais une grena' garée, je partais à la recherche de son propriétaire.

J'ai cru comprendre que la possession d'une Chaudron était indicatrice d'un certain rang social : est-ce toujours le cas ?
Non, ceci était valable à son arrivée dans les années 60. Bien souvent, elle était, notamment pour les ouvriers agricoles, la matérialisation, après la terre et la maison, d'une première richesse.

Qu'est-ce qui remplace la grena' aujourd'hui, du coup ?
Autre époque, autres usages. La grena', dans ce qu'elle a de symbolique, n'a pas, à mon sens, trouvé de remplaçante. S'il fallait trouver un équivalent « véhicule d'actif », ça serait plus à chercher du côté de la voiture. Maintenant dans le rapport à l'objet, la manière dont on s'investit dedans et la façon dont il peut nous représenter, peut-être que les smartphones remplissent ce rôle ?

Qu'avez-vous voulu raconter finalement avec ce projet ?
C'est un constat sur une époque, une société. Indirectement, les thèmes abordés sont universels. Il peut s'agir de la place des individus dans la société — et, en élargissant, la place de cette même société (la Guadeloupe/les Antilles) dans un ensemble plus grand (la France, l'Europe) — ou le rapport au progrès, à la jeunesse et la transmission d'une culture. Ces thèmes transparaissent plus dans mon film.

Enfin, quel rapport entretenez-vous avec les Antilles ?
Les Antilles sont un vivier à sujets. Un cercle vertueux fait que chaque histoire en appelle une autre — prétexte à un travail photographique, cinématographique ou plastique.

OK. Merci, Gilles.

Retrouvez le travail de Gilles Élie-Dit-Cosaque sur le site de la boîte de production La Maison Garage.

« Ma grena' et moi » est à voir au Garage, à Pantin, jusqu'au 30 avril 2017. Toutes les infos ici.

Cette exposition est inscrite au programme du Mois de la Photo du Grand Paris — programme que vous pouvez consulter ici.